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L'HOMME PENDANT L'AGE DE LA PIERRE POLIE

Cai'actères des silex trouvés à la surface du sol, analogues à ceux des dolmens et des cités lacustres. — Moyens de subdiviser l'époque récente des géologues. — Ses formations géologiques et sa faune. — Action destructive de l'homme sur la faune durant les derniers siècles

Rareté des restes de l'âge de la pierre polie dans nos cavernes.

— Le trou de Pont-à-Lesse. — Les cavernes de Montaigle. — Les cavernes de Chauvaux. — La thèse du cannibalisme, — La caverne de Gendron, sépulture probable du même âge.

— Rareté des dolmens en Belgique. — Contrastes dans l'habitat , les mœurs et l'industrie de l'homme de cet

âge et de ses prédécesseurs. — Insuffisance des données recueillies en Belgique sur les mœurs des peuplades de l'âge de la pierre polie. — Camps retranchés datant de cette époque. — Le silex employé provenait surtout de Spiennes , ' . . . .

Pages.

L'âge du bronze et l'âge du fer en Belgique. — La légende des Nutons. — On ne peut y voir un souvenir de l'existence de nos peuplades de l'âge de la pierre. — Cette légende existe dans un grand nombre de pays 2.39

État de nos connaissances sur l'antiquité de l'homme en Europe. 240

Tableau synoptique des gisements qui ont fourni en Belgique des ossements d'hommes et de mammifères des âges de la pierre, ainsi que des indices de la présence simultanée de l'homme 250

Position geogra.pîiiqiie des Cavernes explorées dans les environs d.e Dmant ,

Oufiûni Homme ht'fn.s-loruiut .

(' .Uucf'iarâl

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Bien que la présente publication traite de populations qui ne se révèlent que par des vestiges matériels et dont la tradition ne nous laissait point soupçonner l'existence, son objet peut être considéré comme la matière d'une première page de notre histoire nationale.

Ces populations sont, en efïet, les plus anciennes dont nous ayons trouvé la trace sur le sol belge. Elles remontent assez haut dans le temps pour avoir vécu avec le mammouth, les hyènes, les grands ours spéléens, animaux qui firent partie d'un ordre de choses bien différent de celui que nous avons actuellement en partage. Elles occupèrent le pays pendant une durée qui ne comprend pas moins de trois époques

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géologiques, marquées par des modifications considérables dans les manifestations de la nature.

Restreintes à leurs seuls efforts et à leur propre impulsion, elles vivaient dans les conditions de la vie sauvage. Tant qu'elles habitèrent les cavernes, elles présentaient le spectacle de l'homme à l'état de nature. La chasse leur fournissait leurs aliments et leurs grossiers vêtements ; l'os et sartout la pierre-à-feu leur donnaient des outils et des armes, sans qu'elles eussent pu arriver à produire des métaux ou seulement à en soupçonner l'existence. Aussi a-t-on désigné, sous le nom à' âges de la pierre, ces époques lointaines et de longue durée.

Nous verrons à quels progrès purent parvenir nos populations dans cet état d'isolement. Nous chercherons à les suivre dans les détails de leur vie de chaque jour. Les restes qu'elles nous ont laissés nous révéleront certaines faces de leurs mœurs, de leur industrie, de leurs usages, de leurs coutumes, de leur manière de vivre, de même que de leur savoir-faire. Nous pourrons, dans quelques cas, esquisser leur parenté avec les races actuelles. De cette étude, il ressortira aussi que, pendant un certain temps, les mœurs furent si analogues à celles des Esquimaux actuels qu'on peut dire avec vraisemblance que l'état social d'une de ces

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époques de notre âge de la pierre persiste encore de nos jours dans les régions glacées du pôle. Nous verrons enfin les métaux et une civilisation étrangère s'introduire dans notre pays, sous l'influence de peuples qui seraient, de l'avis de plusieurs archéologues éminents, les navigateurs de Tyr et de Sidon.

La reconstitution d'un passé si éloigné ne se fait ni en réunissant les données des anciens historiens, ni en déchiffrant des insci^iptions dont l'alphabet et la langue sont perdus. S'il en était ainsi, elle serait du domaine historique proprement dit. Les débris matériels de leur existence sont les seuls monuments qui puissent mettre en lumière la manière de vivre des antiques occupants de notre sol ; l'observation de ces débris et l'induction sont les procédés que nous pouvons y employer. Ainsi les faits accidentels de leur existence, leurs exploits ou leurs désastres nous échappent, mais nous pouvons reconnaître leurs caractères et leurs moeurs. En d'autres termes, ce n'est pas leur histoire telle que la comprend ce mot pour les peuples plus avancés en civilisation, c'est leur ethnographie, l'essence même de leur état social que nous cherchons.

Les études de cette nature, qui puisent leurs éléments dans les sciences géologiques, sont donc du ressort

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exclusif des sciences naturelles. Par ces investigations, la géologie donne la main à l'iiistoire et l'aide à restaurer le passé de l'humanité.

Les reclierclies dont je vais exposer succinctement les résultats sont loin d'être les premières qui aient été faites en Belgique. Antérieurement, notre pays a joué à deux reprises dans l'étude de cette question un rôle capital dont il peut à juste titre s'enorgueillir.

En 1829, commencèrent les mémorables travaux de Schmerling sur les cavernes de la province de Liège.

Ces recherches ne se signalaient pas seulement par la découverte d'une quantité considérable d'ossements dans les souterrains naturels de cette région et par le sens scientifique que l'éminent professeur de l'université de Liège apportait dans leur réunion et dans leur étude : l'existence de l'homme , contemporain des hyènes, du lion, des ours d'espèce perdue, des rhinocéros, du mammouth, du renne, y était afiîrmée à la fois par des restes du squelette humain, notamment par le célèbre crâne d'Engis, et par des objets d'une industrie rudimentaire, tels que des ossements et des éclats de silex portant la trace du travail de l'homme. Il avait surtout reconnu avec une remarquable netteté l'origine artificielle de ces éclats de silex.

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Schmerling appuyait la haute antiquité de l'espèce humaine en Belgique sur des preuves extrêmement sérieuses. Ces ossements d'hommes, ces objets d'un travail si primitif, il les avait recueillis, mélangés aux restes d'animaux d'espèces perdues, dans les dépôts évidemment non remaniés des cavernes ; quelquefois même, des ossements humains étaient soudés dans la même agglomération stalagmitique avec des ossements de ces animaux. « Dans toutes les cavernes de notre « province où j'ai trouvé des ossements fossiles en « abondance, dit-il, j'ai aussi rencontré ime quantité K plus ou moins considérable de ces silex. » [Rech. sur les ossements foss. t. II, p. 178). Il ajoute à la page suivante : « Les exemplaires, dus à l'industrie humaine, « dont je viens de donner les dessins et la description, « n'auraient pas exigé un chapitre particulier, si le gîte « de ces os et de ces silex avait laissé matière à quelque « doute, c'est à dire, si un accident quelconque avait « pu ramener ces pièces dans les cavernes après leur « remplissage, s»

La caverne d'Engis^ celle d'Engihoul lui avaient

1 J'ai pu explorer récemment les cavernes d'Engis. On y a recueilli de nombreux silex taillés, de la poterie grossière, quelques ossements d'hommes et d'animaux dans les petits amas de couches qui semblent avoir été laissés intacts par Schmerling pour permettre de vérifier ultérieurement ses découvertes. Un cubitus humain était entre autres

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fourni des ossements humains. Il dit quant à leur enfouissement simultané avec les débris des espèces perdues, recueillis dans les cavernes : « J'ai déjà fait « observer que la couleur, le degré de décomposition « et le gisement de ces ossements humains, ne se dis- « tinguent point des autres restes d'animaux fossiles « de nos cavernes, j' [IMcl., t. I, p. 65).

Il n'y avait donc ni réserve ni équivoque dans le langage de Schmerling.

Deux volumes in-4° et un atlas in-folio de 74 planches furent publiés par notre illustre compatriote. La faune des cavernes y est passée en revue avec tous les détails et les soins que pouvaient comporter les découvertes qu'il venait de faire. Soixante-dix espèces ou variétés principales y sont décrites et figurées. C'est une des plus belles oeuvres scientifiques que notre pays ait produites et certainement la plus considérable sur

au jour, attaché à la brèche. Les silex sont taillés dans une forme triangulaire, analogues à ceux figurés page 75 de la présente publication. Cette forme caractérise les restes de l'industrie dô l'homme dans la partie connue la plus reculée de la période quaternaire de la province de Namur et du Périgord. Nous devons donc considérer le crâne d'Engis, comme de même âge que les silex et les ossements d'animaux de Montaigle, et par conséquent comme notablemeùt plus anciens que les crânes de Furfooz qui sont de l'âge du renne. La mâchoire de la Naulette, trouvée dans une caverne à 28 mètres au dessus du niveau de la Lesse, serait à peu prés contemporaine, la caverne de Montaigle étant de 33 mètres plus élevée que le fond de la vallée.

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l'ostéologie paléontologique, tant par l'importance des révélations que par le talent de son auteur.

Par elle, Schmerling s'est posé comme l'un des fondateurs de l'ethnographie ancienne et comme l'un des plus remarquables ostéographes de la faune quaternaire.

Le principe que l'illustre savant émettait avec tant d'assurance et de précision, ne reçut point l'accueil qu'il méritait. Un tout autre ordre d'idées avait alors cours dans la science. Un des premiers génies de l'époque, Cuvier, avait dit : « Tout porte à croire que l'espèce « humaine n'existait point dans les pays où se décou- « vrent les ossements fossiles, à l'époque des révolu- « tiens qui ont enfoui ces os. » [Disc, sur les révolutions du globe, Ed. in-8°, Paris, 1851, p. 99).

Cette déclaration, malgré la réserve avec laquelle elle est présentée, fut généralement considérée comme l'expression d'un fait acquis, et chacun sait quels efforts il fallut pour déraciner ce préjugé.

Les travaux de Schmerling, apparaissant au moment où la renommée du grand anatomiste était à son apogée, ne purent contrebalancer l'influence de la parole du maître. Cuvier avait surtout été formel pour les découvertes des vestiges de l'homme dans les cavernes, ainsi qu'il résulte du passage suivant : « On a fait grand

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« bruit, il y a quelques mois, de certains fragments « humains trouvés dans des cavernes à ossements de « nos provinces méridionales, mais il suffit qu'ils aient « été trouvés dans les cavernes pour qu'ils rentrent « dans la règle, w [Ihicl., p. 89). C'en était assez pour que les observations du genre de celles de notre compatriote n'obtinssent pas crédit.

D'autres considérations, quoique erronées dans leurs conclusions, vinrent bientôt renforcer les arguments de Cuvier et mirent la question quasi au rang des choses jugées.

Un savant distingué, M. Desnoyers, fit observer vers la même époque que les silex taillés des cavernes sont les mêmes que ceux des constructions cyclopéennes, si nombreuses en Bretagne et connues sous le nom de dolmens. Il en tirait la conclusion que les ossements humains, associés dans les cavernes à des objets travaillés de cette nature , doivent appartenir non à une période géologique , mais à un peuple arrivé au même état de civilisation que ceux qui ont élevé ces grandes constructions. En même temps que ces produits de l'industrie, on ne trouve en eiFet dans les dolmens que des ossements d'animaux sauvages et domestiques, d'espèces habitant encore la même région européenne. Mais dans aucun de ces monuments, on n'a trouvé des os

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d'éléphants, de rhinocéros, de lions ou d'autres animaux des cavernes. On les y aurait évidemment rencontrés, disait-il, si ces espèces avaient continué à prospérer à l'époque où l'homme habita cette partie de la Gaule.

L'observation du savant bibliothécaire du Muséum est exacte dans ce qu'elle a de général, puisque les dolmens datent réellement de l'âge de la pierre. Mais si on y trouve des éclats de silex aussi grossiers que ceux des cavernes, on en rencontre d'autres d'un travail beaucoup plus perfectionné, car ces dolmens sont de la fin de l'âge de la pierre qui ne s'est terminé que pendant la période géologique actuelle. Ils caractérisent le terme le plus avancé de l'évolution de nos populations pendant la longue durée des âges de la pierre , et ces âges de la pierre remontent certainement aux époques géologiques dites âge du renne et âge du mammouth, probablement même à des époques plus anciennes.

Il ne pouvait venir à l'esprit de personne de faire remonter ces vastes tombeaux à l'époque du mammouth. Tous les faits eussent protesté contre une telle assertion. On était ainsi presque forcément amené à rejeter toute observation sur l'antiquité géologique de l'homme. Il semblait inadmissible que la population qui sut édifier les dolmens, eut la même industrie du

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silex dès l'époque du mammoutli, du grand ours, de l'hyène, etc.

Le rapprochement, fait dans ces conditions par M. Desnoyers, devait avoir une action décisive, même sur les esprits les plus distingués et les moins accessibles aux idées préconçues. On ne rechercha point si la déclaration de ce savant pouvait avoir le caractère absolu qu'il lui donnait. On accepta le fait comme démontré ; il fallut les découvertes et la ténacité de Boucher de Perthes, les travaux des géologues anglais et les explorations de Lartet et Christy pour ramener l'attention sur une question entourée de pareilles difficultés. 11 y a seulement une dizaine d'années que la contemporanéité de l'homme et des animaux des époques géologiques qui précédèrent la nôtre, fut admise sans contestation sérieuse. Aujourd'hui personne ne songe plus à la nier. La lutte, pour établir cette antiquité de notre race, constitue certainement une des pages les plus curieuses de l'histoire de la science.

Mais il ne suffisait pas que cette antiquité fut reconnue pour que la science de l'ethnographie ancienne eut les bases et les principes qui devaient assurer son existence. Il fallait des données précises et rigoureusement établies sur lesquelles cette science put asseoir sa

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méthode : ce problème n'était autre que la détermination du mode d'introduction des ossements et des silex taillés dans les cavernes.

Schmerling croyait que tous les débris de l'homme et des animaux qu'il découvrait en si grande abondance, avaient été introduits dans ces cavernes par dos eaux torrentielles. Cette croyance fut très fâcheuse. 11 est évident en effet que tout objet qu'il y rencontrait, y étant, selon lui, arrivé par hasard, n'avait qu'une im portance intrinsèque et sans liaison déterminée avec les objets enfouis à côté. Il ne pouvait songer par conséquent à rechercher, au moyen de ces éléments et par leur coordination, les mœurs des anciennes peuplades dont ils révèlent l'existence.

Nous ne devons pas trop nous étonner que notre illustre compatriote ait versé dans cette erreur. Je me rappelle la peine que j'ai eue, durant le premier mois de mes recherches, à me convaincre que ces ossements d'animaux et ces silex taillés qui gisaient pêle-mêle au milieu de pierres et de terres évidemment apportées par les eaux, étaient les indices laissés par des hommes troglodytes et que ces débris fournissaient le moyen d'arriver à la connaissance des mœurs de ces peuplades. Les circonstances ne semblent pas du reste avoir favorisé Schmerling à ce sujet. 11 n'a pas observé

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des quantités considérables de silex taillés comme quelques cavernes des environs de Dinant en ont offert. Ces quantités de petits éclats artificiels dont la présence ne peut s'expliquer par un transport par les eaux, sont, au début des explorations, une des meilleures démonstrations de l'habitation de la caverne par l'homme. Et, ce point admis, l'explorateur établit forcément une corrélation entre la présence de ces pierres taillées et celle des ossements d'animaux auxquels elles sont mélangées ; il reconnaît ensuite que beaucoup de ces ossements ont été brisés intentionnellement, qu'ils sont les restes des repas des peuplades troglodytes comme les éclats de silex sont des témoins de leur industrie. Une fois engagé dans cette voie, il suffit de se livrer à une observation lente et minutieuse sur ces débris pour être en mesure d'esquisser la manière de vivre et de faire de l'antique tribu.

Quelques années après ces mémorables travaux, M. Spring, dont nous avons aujourd'hui à déplorer la perte, commença à réaliser le principal desideratum des recherches de son illustre prédécesseur par la remarquable interprétation qu'il donna à la présence des ossements dans le trou du Chauvaux. Pour le savant professeur, ils y avaient été apportés par l'homme

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et on devait y voir les restes des repas des peuplades qui s'y étaient établies.

C'était, comme on le voit, ouvrir la voie à la véritable méthode qui nous permet de reconstituer avec certitude l'ethnographie de ces époques géologiques.

Malheureusement cet explorateur, absorbé par d'autres travaux, ne put continuer ses recherches. Un tel début devait cependant faire espérer qu'elles nous eussent doté d'un ensemble de faits que nous avons dû attendre plusieurs années encore , c'est à dire, jusqu'à l'apparition du magistral travail de Lartet sur la caverne d'Aurignac.

Quoiqu'il en soit, l'université de Liège eut la rare fortune d'introduire dans la science, par des observations précises, les deux principes fondamentaux de l'ethnographie des hommes des cavernes :

La contemporanéité de l'homme et des grandes espèces éteintes de la dernière période géologique ;

Le véritable mode d'introduction dans les cavernes des ossements associés à des indices de l'industrie humaine,

A la fin de 1863, sur l'initiative de M. le professeur Van Beneden, l'Académie royale de Belgique proposa au Ministre de l'intérieur de me charger d'explorer les

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cavernes de la province de Namur. L'étude de l'antiquité de l'homme prenait dans les pays voisins un essor considérable, et il importait que notre pays, après avoir pris une si grande part à l'érection des premiers principes de cette science, ne restât pas étranger au mouvement qui se produisait, tandis que les nombreuses cavernes de ses provinces méridionales promettaient à l'exploration des éléments d'un puissant intérêt.

En 1864, je reçus de M. Alph. Vandenpeereboom la mission que l'Académie lui avait proposé de me confier.

Je débutai par le trou des Nutons de Furfooz, après avoir organisé le personnel et le matériel nécessaires à ce genre de travaux.

J'explorai successivèment les cavernes du cours inférieur de la Lesse et celles de quelques ravins situés dans le voisinage de la Meuse en amont de Dinant. Les recherches furent poursuivies sur la Molignée, rivière qui traverse les plateaux de la rive gauche delà Meuse. Elles furent continuées en 1868, en aval de Namur, où les cavernes de Goyet notamment ont fourni une riche moisson. Une soixantaine de ces souterrains furent ainsi fouillés pendant l'espace de sept ans et ont produit une grande quantité d'ossements et de restes de l'industrie humaine de ces anciennes époques.

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Près de quarante mille cle ces ossements ont pu être l'objet d'une détermination zoologique ; d'autres, plus nombreux encore, étaient trop mutilés pour pouvoir être dénommés spécifiquement avec précision. On peut estimer à non m-oins de quatre-vingt mille le nombre de pierres taillées par l'homme et trouvées, simultanément.

Je cherchai tout d'abord à introduire, dans des recherches qui devaient être pratiquées sur une pareille échelle, la méthode géologique, en reliant les terrains ossifères des cavernes aux dépôts meubles qui recouvrent la région et dont je venais, dans ce but, d'entreprendre l'étude encore peu abordée par les géologues. On avait employé jusqu'alors, pour déterminer l'antiquité des restes qu'on découvrait dans les cavernes, la nature des espèces animales dont on exhumait les débris. Quelquefois même les caractères des formes que revêtaient les objets d'industrie, étaient le principal élément de classification.

Ce n'est pas que l'application de ces méthodes paléontologiques ne soient susceptibles d'une remarquable précision, surtout quand elles sont maniées avec la supériorité que sut y apporter Edouard Lartet. Mais la manière d'opérer en géologie repose sur des principes plus incontestables,, et les observations qu'elle fournit

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ont un caractère de plus complète évidence. En effet, l'époque à laquelle se rapportent les restes découverts dans chacun de ces souterrains, lorsqu'elle est établie par la nature des terrains qui se formaient simultanément dans le pays, est déterminée d'une manière très concluante. Les données chronologiques de ce genre sont souvent d'une exactitude mathématique, et avec ce point de départ, on pouvait être certain de délimiter nettement la faune et les restes ethnographiques de chacune de ces époques.

Je mis donc tous mes soins à relever les coupes géologiques que les explorations mettaient au jour et à les raccorder aux dépôts extérieurs de la même période, souvent appelés « terrains diluviens Plusieurs d'entre elles ont été publiées dans les bulletins de l'Académie. Ces opérations ont été la base de toutes mes recherches.

Mais la direction géologique donnée à ces études devait conduire à aborder, dès le début, un problème d'une grande difficulté. Une relation de cause à effet s'établit entre la configuration des vallées et le dépôt des terrains diluviens qui en recouvrent les abords et les flancs, de sorte que le creusement des vallées et la formation de ces couches, sont évidemment des phénomènes simultanés et dépendant l'un de l'autre. Ces

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terrains, constituant les principaux dépôts des cavernes, la coordination de ces actions géologiques devenait une question tributaire du problème dont je poursuivais la solution. Les recherches se compliquaient dès lors beaucoup. De même que l'étude de nos terrains primaires doit comprendre l'examen des nombreuses et profondes perturbations mécaniques dont ils ont été l'objet, la question de la constitution des terrains quaternaires se combine à des éléments orographiques extrêmement complexes, d'autant plus difficiles à aborder qu'ils ont pour causes des actions réduites dans la nature actuelle à des manifestations sans proportion avec le phénomène ancien. Cet important phénomène occupe une place prépondérante dans la question de la formation des cavernes et de leur remplissage. Aussi peut-on dire qu'il est la clef de leur interprétation.

L'étude de la population animale qui se développait dans le pays a pu être faite au moyen de l'accumulation d'ossements citée plus haut. Ces ossements se rapportent aux diverses classes des vertébrés. Les grands carnassiers, le lion, l'hyène, les ours, dont les repaires étaient des cavernes, y sont souvent représentés par toutes les parties de la charpente osseuse

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au point qu'on a pu reconstruire des squelettes de plusieurs de ces animaux. Mais les herbivores, ayant servi à la nourriture de nos indigènes ou de proie aux carnassiers, n'y présentaient, surtout ceux de grande taille, que des débris généralement trop mutilés pour donner, malgré leur nombre, une représentation suffisante de l'animal.

J'eus la bonne fortune de pouvoir bientôt combler cette lacune.

Les travaux publics, entrepris à Anvers, à Lierre et dans d'autres localités de la Basse-Belgique, ont mis au jour beaucoup d'ossements de ces [colosses que les marécages avaient enfouis. Ils ont été déposés au Musée dont ils ornent aujourd'hui l'une des salles. C'était le complément de la faune des cavernes ; ils forment avec les collections de celles-ci, un ensemble presque complet de notre population animale pendant la période quaternaire.

Mais, parmi les résultats de ces explorations, il en est un d'un attrait spécial. C'est la mise en lumière du passé géologique de l'homme dans notre pays. Nous ne possédions pas encore un ensemble d'observations qui permît de se rendre un compte exact de l'état dans lequel vivaient ces antiques occupants de notre sol.

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L'etlinographie de notre âge de la pierre était à établir, La présente publication, contient l'exposé sommaire des résultats de mes recliercbes sur ce sujet.

Elle a aussi un autre but. Les produits de ces fouilles, dont l'étude et la mise eu ordre ont exigé une longue élaboration , viennent de prendre place dans les galeries publiques du Musée. Il devenait dès lors nécessaire de développer les méthodes à suivre pour en interpréter et en coordonner les données. C'est ce que je me suis principalement attaché à établir, en indiquant les éléments sur lesquels on peut asseoir la détermination de la chronologie relative de ces époques et les termes de comparaison dont il y a lieu de faire usage pour définir rationnellement les mœurs de nos primitifs indigènes, si profondément différentes de la manière de vivre de leurs successeurs.

L'HOMME

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