A ces temps nébuleux ne s'arrête cependant pas le
passé de l'homme : une longue phase de son existence a précédé celle-là, et elle est si éloignée de nous que paiéonioiQsie. géologio dolt à son tour intervenir. Le rôle de l'historien est terminé; l'archéologue ne peut plus s'appuyer pour nos régions sur les lumières vagues et incomplètes que lui a léguées la tradition. Ce sera dans les phénomènes physiques et biologiques qu'il retrouvera ses repères pour rétablir la succession des populations dans la contrée.
Le passé d'une nation a donc eu trois phases qui se fondent insensiblement sur leurs limites : une phase préhistorique, une phase de transition, une phase historique.
Nous ne possédons l'histoire suivie de notre pays qu'à partir de l'époque carlovingienne. De l'invasion de César à celle-ci, l'histoire nous renseigne d'une manière fort insuffisante. Les fouilles archéologiques sont appelées à y suppléer.
Mais les temps antérieurs à l'invasion romaine sont du domaine de l'inconnu. A peine les historiens nous donnent-ils quelques renseignements de plus en plus vagues et confus sur les époques les plus voisines de leurs temps , et encore ces renseignements concernentils réellement la Belgique? Quoiqu'il en soit, ils se taisent complètement sur la majeure partie de l'immense période préhistorique.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
Pour déchirer ce voile, il a fallu recourir aux méthodes combinées des géologues et des archéologues.
On a reconnu dans les contrées voisines des nôtres '^'^
l'âge du broijze
que l'homme ne connut le fer qu'à une époque relative- et l àge de la pierre.
ment très rapprochée, mais cependant antérieure à
l'histoire ; qu'avant de connaître le fer, il ne se servait
que du bronze; mais que plus anciennement encore, il
ignorait entièrement l'art de réduire les métaux. La
pierre, principalement la pierre-à-fusil, lui fournissait
ses outils.
Les périodes préhistoriques pendant lesquelles l'homme employa le bronze seul, puis le fer, ont été appelées âge du bro7îze et âge du fer. On a désigné sous le nom ^âge de la 'pierre la période plus reculée pendant laquelle les ustensiles usuels étaient, à l'exclusion totale des métaux, fabriqués surtout en pierre.
L'âge de la pierre a été le début de l'humanité dans Antiquité l'Europe occidentale. Les recherches aussi minutieuses " ^"ITvk^T "
-, T , • ^ ± ^1 1 <i9 la pierre.
que nombreuses, disséminées sur cette vaste étendue, sont unanimes à cet égard et ont fourni des preuves dont le nombre et la qualité ne laissent rien à désirer. Avec non moins d'unanimité, elles assignent à la même période une durée qui sans doute dépasse de beaucoup la durée de la période s'étendant chez nous depuis l'apparition du métal jusqu'à nos jours. Il était donc bien important de chercher à reconstruire un âge perdu pour l'histoire, qui joint, à l'intérêt de marquer en Europe le premier passé de l'homme, celui d'en occuper une portion si notable.
32 l'homme pendant les âges de la pierre.
Ainsi que nous le verrons plus loin, la Belgique eut aussi ses âges préhistoriques du bronze et du fer. Mais elle possède surtout des éléments d'études pour lage de la pierre. Grâce aux nombreuses cavernes des provinces de Namur et de Liège, les débris de cet âge primitif s'y présentent en abondance et dans les meilleures conditions pour tenter de le reconstruire.
L'objet de cette publication sera l'exposé des principaux résultats acquis par les études entreprises, sous les auspices de notre gouvernement, dans une partie de la province de Namur, sur cette période qui, on peut le dire à si juste titre, est plongée dans la nuit des temps.
GÉOLOGIE & PALÉONTOLOGIE La géologie constate, dans l'histoire de la terre, La géologie et
, riiistoiro,
la succession des phénomènes qui se sont produits depuis l'origine du globe jusqu'à nous.
Le géologue n'étudia d'abord que les principaux événements, ceux qui se rattachent aux grandes périodes de l'évolution terrestre; puis, descendant aux événements d'une importance moindre, il arriva à "établir exactement, par l'observation des couches et de leur contenu, une chronologie relative que les efforts actuels tendent à révéler dans les moindres détails.
Ainsi est l'étude de l'histoire même de l'humanité. Ce n'est certes pas la connaître que de savoir qu'aux temps de l'antiquité ont succédé le moyen-âge et les temps modernes. On ne se contente pas non plus de distinguer les principaux événements qui eurent lieu durant chacune de ces époques : on veut connaître la filiation des faits et, par leurs rapports exacts, apprécier le caractère de chaque époque.
De même en géologie, à la division globale des terrains sédimentaires en terrains primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire qui comprennent chacun une longue suite d'événements, firent bientôt place des subdivisions nombreuses marquant chacune une épo-
l'homme
que et des circonstances spéciales dans l'histoire de la terre. On cherche à analyser l'évolution des phénomènes par lesquels chaque partie du globe a passé jusqu'à nos jours, et à établir également leur filiation.
En somme donc, on arrive au même but par la géologie et par la tradition : à la connaissance de la succession des temps.
Mais nous ne connaissons pour les temps géologiques que la succession même des phénomènes, l'ordre dans lequel ils se sont suivis, sans que nous sachions encore déterminer leur durée. L'ordre et la durée exacte des événements ne nous est donnée que par la tradition écrite et, conséquemment, pour les âges les plus récents de l'humanité. Non seulement l'apparition de l'homme n'a eu lieu qu'aux dernières époques géologiques, mais aussi l'homme de chaque région est loin d'avoir légué les souvenirs écrits de ses actions depuis sa venue.
Nous allons nous occuper ici des habitants de notre pays les plus oubliés par l'histoire : nous ne pourrons par conséquent fixer que leur succession dans le passé de la terre et non la durée exacte de leur règne. Comment Les plus anciennes traces de l'existence de l'homme
on peut établir une ^ ■,. t->i' Ijjih'
succession dans la quo nous possodious OU Bclgiquo datent de 1 époque ou ^Vntquau°naf,T^ lôs glaclcrs do la Scandinavie, des Alpes et des Pyrénées prirent une si grande extension. D'immenses calottes de glace se formèrent sur plusieurs points de l'Europe, autour des grands massifs montagneux. Les glaciers des Alpes , notamment , s'étendirent jusqu'à 100 kilomètres au delà de leurs extrémités actuelles ;
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
les plaines de la Suisse et du Piémont furent enfouies sous la glace.
Cette époque, dite époque glaciaire, eut lieu après le dépôt des dernières couches tertiaires, telles que les célèbres sables à ossements de cétacés d'Anvers. Elle commence la période quaternaire.
Mais nos montagnes n'étaient pas assez élevées pour donner naissance à des glaciers. Elles étaient le siège d'un phénomène qui, quoique très différent dans ses manifestations, dépend des mêmes causes générales.
Ce phénomène fut moins grandiose sans doute que celui dont les Alpes furent témoins, mais il a laissé des traces plus profondes et plus durables : nos vallées se creusaient sous l'action de vastes courants fluviaux
Tels sont l'origine et l'âge des vallées de la Meuse, creusement, de la Molignée, de la Lesse et de toutes les vallées du """^ pays dans l'état où nous les voyons aujourd'hui.
Quand on examine attentivement les flancs de ces vallées, la manière dont elles furent formées est évidente. On voit l'amplitude et le pouvoir du courant, sa marche, les progrès de son action érosive, ses phases de recrudescence et de ralentissement, sa diminution progressive, la perte de sa puissance enfin quand,
1 M. Prestwish, dans son mémoire Theorical Considérations on the Conditions under which the Drift Deposits cojitaining the Remains of Extinct Mammalia and Fiint Implements were accumidated {Philosophical transactions — part. II, 1864, p. 247), a fait le premier, par ses recherches sur le bassin de la Seine et de la Tamise, l'étude rationnelle des vallées et des dépôts qui en recouvrent les flancs. C'est l'un des travaux les plus remarquables d'analyse géologique que la science possède.
36 l'homme
réduit aux minces cours d'eau qui, sous le nom de Meuse, de Lesse ou de Molignée, coulent aujourd'hui entre des berges terreuses, il n'eut plus la force d'entamer le roc. On voit en même temps, sous la forme de cailloux roulés et de limon , les sédiments abandonnés successivement par ces grands fleuves à mesure qu'ils approfondissaient leurs lits.
L'étude du phénomène qui donna naissance à nos vallées et de ces phénomènes collatéraux est, pour ■ ainsi dire, la clef de cette époque. C'est elle qui sert de fil conducteur dans une recherche où il semblait que l'explorateur ne pouvait compter que sur le hasard.
Lorsque les vallées furent formées, d'autres phénomènes physiques importants affectèrent encore la contrée, et on peut facilement en reconnaître les effets.
De sorte qu'en établissant la succession exacte de ces divers événements, nous pouvons assigner l'ordre d'après lequel se sont produits tous les changements qu'on peut constater dans la race de l'homme contemporain de ces événements, dans son industrie et ses mœurs, aussi bien que dans les espèces d'animaux qui habitèrent nos régions.
Voici la série des sédiments formés par ces phénomènes pendant l'époque quaternaire dans notre province.
Dépôts Les n°^ 1 et 2 sont des dépôts fluviaux produits
flavlaux ; leur
ancienneté pendant le creusement des vallées.
Les eaux auxquelles ces actions sont dues, déposèrent par conséquent sur les plateaux leurs alluvions, avant d'en déposer dans les vallées. C'est une conséquence
relative.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
du creusement de haut en bas — et un amas de ces alluvions est d'autant plus ancien qu'il est plus élevé au dessus de Vétiage de la rivière.
Dépôts actuels, tourbe, éboulis,alluvions, etc. Limon homogène ou terre-à-binques.
Dépôt à cailloux anguleux.
Limon stratifié ou fluvial.
Dépôt à cailloux roulés.
i^&^gMMM Roches anciennes.
Fig. L
Pour la même raison, les cavernes qui se trouvent sur les escarpements des vallées ont été ouvertes d'autant plus anciennement qu'elles sont plus élevées au dessus du même étiage. Des alluvions les comblent en partie et sont naturellement soumises à la loi que nous venons de voir pour les alluvions situées à ciel ouvert.
Une caverne est une poche creusée dans le rocher, origine
, ^ . I K -li , I • 1 des cavernes.
antérieurement a 1 époque quaternaire, par des sources hydrothermales ou minérales. Les courants fluviaux, ouvrant un vaste et profond sillon dans les mêmes rochers, ont naturellement rencontré bon nombre de ces poches qui sont fort nombreuses ; mais quand ils n'entamaient pas assez profondément le roc pour enlever toute la poche, il en résultait une cavité à ouverture béante sur le flanc de la vallée.
Telle est l'origine des cavernes dont nous nous occuperons.
l'homme
Comme conséquence directe de ces faits, il est évidemment inutile de chercher dans ces cavernes la trace d'hommes ou d'animaux plus anciens que le creusement des vallées, c'est à dire, que le commencement de l'époque quaternaire. Les fleuves y déposaient leurs alluvions quand, après avoir mis le souterrain en contact avec la vallée, ils le remplissaient de leurs eaux. Ils le quittaient en faisant de nouveaux progrès d'approfondissement et y revenaient à plusieurs reprises pendant quelque temps, lors de leurs crues.
Voici la coupe géologique de l'une de ces cavernes. On observera qu'elle contient les principaux termes de la série de terrains indiquée sur la figure 1 . Nous en verrons plus loin l'étude archéologique dans la seconde partie de cet article.
La terre végétale Lcs dépôts 1 et ^ dc la fîg. 1, ct 2 do la fig. 2 sont notre terre végétale. Elle s'étend sur tout le pays, quelle que soit l'altitude des lieux. Il est difficile d'admettre qu'elle a une origine fluviale, mais la cause qui l'a formée n'est pas encore connue. Phénomènes Au dessus, on trouve, soit de la tourbe, soit les allu-
qul ont succédé à
vions actuelles, soit des éboulis, etc., suivant les lieux.
Nous constatons donc chez nous, depuis le commencement de la période quaternaire, trois époques distinctes au point de vue des phénomènes physiques qui affectèrent la contrée :
Une première époque durant laquelle l'excavation des vallées et le dépôt des sédiments fluviaux élevés eurent lieu.
Une seconde époque qui prit fin par le dépôt de
est due â un phénomène postérieur.
celui-là.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 39
notre argile des campagnes et de notre terre-à-briques ^
1 Cette dénomination industfielîe du limon hotiiOgéfle qvTÎ, assez t-ai'e dans noti'e province, recouvre toute la Hesbaye, lui vient de ce que c'est le dépôt superficiel préféré chez nous pour la fabrication des briques. Le limon fluvial se prête moins bien à cette fabrication.
l'homme
Une troisième époque, qui est la nôtre, durant laquelle les phénomènes que nous voyons chaque jour se produire, ont seuls agi.
Les dépôts des trois âges, ainsi distingués dans le terrain quaternaire de notre province, renferment de nombreux débris d'animaux que nous chercherons à classer d'après leurs relations mutuelles dans Vespace et dans le temps.
Nous remarquerons d'abord que l'ensemble des animaux ou faune de cette période fut d'abord bien plus considérable que la faune dont notre pays est aujourd'hui doté. Elle était même si nombreuse et surtout formée de types à tempéraments si disparates que, sans les preuves incontestables que nous possédons, nous ne pourrions que croire à quelque événement qui aurait accidentellement réuni chez nous, comme à un rendezvous commun, les restes des êtres répandus dans les La faune dlvcrs climats de notre hémisphère. '""TnTouS""' Nous voyons que les espèces actuelles de l'Europe comprenant les tempérée faisalcut partie de cette faune. Mais, parmi
espèces éteintes, ^ JL ' i.
lesespècesémigrèes d'autrcs cspèccs cu graud nombre qui nous ont quittés,
et les espèces x o x x
habitant encore plusicurs out subl unc cxtlnction radicale sur le globe
le pays.
entier, tandis qu'une partie d'entre elles ont été seulement reléguées par les phénomènes naturels dans différentes régions, les unes sous les latitudes polaires, d'autres sur les Alpes et sur les Pyrénées , d'autres encore vers le centre du continent, quelques unes au Midi. Il en est encore qui n'existent plus que dans l'Amérique du Nord. Nous y voyons enfin une caté-
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
gorie d'espèces qui vivaient jadis en Belgique, il y a peu de siècles, mais que le développement de la civilisation y a anéanties récemment.
Le tableau suivant de la faune des mammifères quaternaires est établi d'après ces considérations :
1 Elephas prîmigeniiis ou mammouth.
2 Elephas antiquus.
3 Rhinocéros tichorinus.
4 Hippopotamus major.
5 Cervus megaceros.
6 Ursus spelœus.
7 Felis antiqiia.
En f 8 îJj'sus /erox (ours gris).
Amérique | g Qervus canademis.
1 10 Renne, vers la \ H Lemming.
zôae / 12 Lagomys.
glaciale. ^3 j^^^^^^,^ ^^^^-^^^
( 14 Glouton.
vers [ 15 AntilopeSaïga(RussiecentraleetTartarie). l'Est. I 16 Hamster (à partir des régions rhénanes).
sur les / ^7 Chamois.
Alpes et les\ ,n -n ,• Pyrénées, '^^ Bouquetm.
etc. ( ^9 Marmotte.
dans I 20 Felis spelœa (var. du felis leo). afriïafneï ^1 Hyœjia spelœa (var. de VH. crocuta ? ') •
^ E. Lartet indique avec doute l'assimilation. Mais MM. Dawkins et Sandfortla considèrent comme certaine. L'Auteur n'a pas pu se servir de matériaux suffisants pour se ranger définitivement à cette opinion.
l'homme
Détruites chez nous récemment ' par l'homme.
Vivant encore en
Belgique.
22 Bœuf urus.
23 Aurochs {Bison europœus)
24 Elan.
25 Castor.
26 Lynx.
27 Ours brun.
28 Chevreuil.
29 Cerf commun.
30 Sanglier.
31 Rat d'eau {Arvicola amphibius).
32 Arvicole agreste.
33 Mulot {Mus sylvaticus).
34 Écureuil.
35 Lièvre.
36 Chat sauvage.
37 Loup.
38 Renard.
39 Blaireau.
40 Fouine.
41 Putois.
42 Hermine.
43 Belette.
44 Loutre.
45 Taupe.
46 Hérisson i.
Cette riche association est presque paradoxale.
^ Nous n'avons pas cité ici la faune ornithologique ; mais nous avons mentionné dans la liste des animaux dont les restes ont été découverts dans les principales cavernes, les oiseaux qui ont pu y être spécifiés jusqu'à présent. On y remarque surtout les espèces qui fréquentent encore nos latitudes et aussi deux espèces {Lagopus albiis et St7nx nivea] qui, à l'instar du renne et du glouton, sont aujourd'hui réléguées au Nord.
On y a aussi découvert les restes de la couleuvre â collier; les
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
L'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, l'hyène, le i/association
^ , de ces anlmauj
lion, hôtes par excellence des tropiques, y paraissent dans une à côté du renne, du glouton, du renard bleu, du cha- semble
- . , , T M 1 • contradictoire,
mois, de la marmotte que les pôles ou les neiges perpétuelles des hautes montagnes connaissent seuls de nos jours.
L'éléphant et le renne sont de véritables antithèses dans la nature actuelle.
D'un autre côté, que notre pays soit aujourd'hui contraire à l'organisation de ces animaux étrangers, cela est clair devant les expériences que nous voyons dans nos jardins zoologiques, où ils meurent rapidement malgré les soins dont ils sont entourés. On a tenté récemment d'introduire le renne dans les Alpes où il vivait à l'époque quaternaire. La tentative a été infructueuse.
Mais le caractère étrange de cette réunion change d'aspect quand on remarque que presque toutes les espèces des genres tropicaux sont différentes de celles qui se développent sous la zône torride.
On est porté à se demander : Puisque ces éléphants, ces rhinocéros, ces hippopotames ne sont pas spécifiquement les mêmes que ceux de notre temps, n'étaientils pas organisés pour vivre sous des climats plus froids que ceux où leurs congénères vivent aujourd'hui?
débris de batraciens n'ont pu être rapportés qu'aux genres grenouille et crapaud et ceux de poissons n'ont pas été spécifiés.
Les mollusques ne se rapportent qu'à des espèces qui habitent encore les mêmes localités, et, comme végétaux de l'époqne-quaternaire découverts en Belgique, nous ne pouvons citer que le bouleau blanc, le noisetier et le cornouiller.
l'homme
On peut y répondre, preuves en main, pour plusieurs de ces animaux.
UElephas primigeniiis ou mammouth, et le Rhinocéros tichorinus ont été conservés en chair et os dans les glaces de la Sibérie, et on a constaté qu'ils portaient une fourrure épaisse. Or, les éléphants et les rhinocéros de l'Inde et de l'Afrique ont tous la peau nue. Les uns étaient donc constitués pour supporter un certain froid, les autres le sont pour vivre dans les pays chauds.
Ce mammouth et ce rhinocéros n'ont d'ailleurs jamais laissé de leurs restes au sud de la latitude des Pyrénées (43* degré), mais on les trouve abondamment jusqu'au cercle polaire.
On ne peut aller cependant jusqu'à prétendre que ce groupe d'aspect tropical puisse dénoter un climat presque polaire.
Plusieurs espèces, La préseuce de l'hippopotame et du lion, celle de congénères l'hyène qui, de l'avis de plusieurs ostéologistes, serait
sont confinées i>i • j i /i , \ ij.ii-
sous les tropiques, 1 hyène australe (hyœna crocuta), excluent des hivers des'^wvers aussi rigourcux que ceux que nous avons génépeu rigoureux. YsXemQYii OU partage. L'organisation de ces animaux est absolument opposée à des froids intenses et prolongés.
Nous pouvons raisonner de même sur le reniie, le chamois et les autres espèces émigrées en altitude et dans les latitudes boréales : ces espèces sont les mêmes que celles de notre faune quaternaire. Ces animaux ne supportent que des températures peu élevées, et c'est en vain qu'on essaierait de les acclimater aujourd'hui
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
non seulement en Belgique, mais dans le sud de la Scandinavie et dans les plaines de la Suisse.
Quand il est prouvé qu'ils ont habité les bois de la Belgique et même du midi de la France à l'époque quaternaire, nous sommes dans la nécessité d'admettre que la Belgique et la France avaient alors des étés moins chauds qu'actuellement, de même que l'existence du groupe d'espèces éteintes nous a conduit à admettre des hivers moins froids.
Enfin, comme les animaux actuels de nos bois vivaient déjà dans notre région, en compagnie de ces nombreux êtres qui exigeaient les uns l'abolition des froids trop rigoureux de l'hiver, les autres l'abolition des chaleurs excessives de l'été, nous voyons que si la température ne subissait généralement ni en été, ni en hiver, de grands écarts, la température moyenne était cependant au moins aussi basse que la nôtre ou, pour employer des termes plus scientifiques, notre ligne isotherme de l'époque quaternaire devait être à peu près de même ordre que celle dont nous jouissons aujourd'hui.
Les causes du climat que nous avons en partage, cumats doivent être recherchées principalement dans la position cod\Î de notre pays relativement à la répartition des terres et des mers dans la partie que nous occupons dans l'hémisphère septentrional.
La température des mers subit de moindres inégalités que celle des continents. Aussi les vents produisent-ils sur le thermomètre des écarts moins grands,
Vent alizé et vent contre-alizé
lorsqu'ils soufflent d'une région maritime que lorsqu'ils viennent d'une surface continentale. C'est ce qui fait que le climat des îles et souvent celui des côtes diffère essentiellement de celui de l'intérieur des terres. Les climats maritimes ont des saisons presque uniformes, tandis que d'autres qu'on désigne sous le nom de climats excessifs, offrent à l'égard de leurs températures d'hiver et d'été des différences considérables ^
Or, on sait qu'au Nord du tropique du Cancer, il y a lutte constante entre les vents qui vont du Pôle vers l'Equateur ou vents alizés et les vents contre-alizés qui vont de l'Equateur vers le Pôle.
Ces vents, par suite de la rotation de la terre, ont une direction oblique ; notre alizé souffle du Nord-Est, et le contre-alizé souffle du Sud-Ouest.
On conçoit donc que le vent du Sud-Ouest, ayant à traverser l'Océan atlantique, outre qu'il provient des régions équatoriales, nous donnera une température qui ne sera jamais très basse, mais elle sera sujette à des écarts relativement faibles. Le vent du Nord-Est sera dans des conditions tout opposées, car il doit parcourir obliquement le continent européen pour nous arriver. De sorte que le contre-alizé tend à nous donner un climat maritime, tandis que l'alizé tend à nous donner un climat continental.
Fréquence L'éminent directeur de notre Observatoire a suivi, "^'""dervents"' duraut tronto ans, la direction du vent d'après la mar-
Kous notre latitude.
' Voyez les ouvrages de De Humboldt et Lyell, Principes de Géologie; éd. franç., t. I, p. 263.
che des nuages et a formulé, par les chiffres suivants, la fréquence proportionnelle des vents rapportés à 1,000 observations :
N. NNE. KE. ENE. E. ESE. SE. SSE. S.' SSO. SO, OSO. 0. ONO. NO. NNO. 35 37 66 52 43 17 19 19 36 78 156 151 127 69 56 39
2* maximum 1" maximum
L'observation par la girouette sur les vents inférieurs lui fournit des chiffres un peu différents de 1843 à 1862 :
N. NHE. HE. ENE. E. ESE. SE. SSE. S. SSO. SO. OSO. 0. ONO. KO. NNO. 28 36 42 49 61 46 29 31 54 104 170 158 66 52 46 28
2" maximum 1" maximum
M. Quetelet conclut de la comparaison de ces données que le vent souffle, dans son maximum de fréquence, du SO en inclinant un peu vers l'OSO; qu'un second maximum de fréquence qui n'est avec le précédent que dans le rapport de 1 à 3 , se prononce vers l'Est et le Nord-Est. .
Les deux minima tombent, l'un vers le N et le NNO et l'autre, plus accentué, vers le SE
C'est la démonstration matérielle de la lutte entre notre alizé et notre contre-alizé.
De 1842 à 1846 [Météorologie précitée, p. 88.) :
Les vents NNE à E ont soufflé 19,002 fois,
Les vents ESE à S — 14,392 fois,
Les vents SSO à 0 — 45,566 fois,
Les vents ONO à N — 14,588 fois.
Les changements de vents, c'est à dire le passage
1 Ad. Quetelet, Météorologie de la Belgique comparée à celle du glohe, p. 75 à 82. 1867.
l'homme
d'une de ces quatre régions dans une autre, sont de 15 par mois
De 1842 à 1850, la durée de chaque vent est indiquée par les chiffres suivants [Ihid, p. 172.) :