SCENE YIII
Les Mêmes, FERGAN.
FERGAN. — Voilà donc la belle machination que vous me prépariez avec votre sœur !...
PAULINE. — Nous n'avons rien machiné.
FERGAN, à Irène. — C'est à cette pi'oposition piteuse que vous avez compté faire aboutir vos sournoiseries, vos efforts blessants de tant de semaines !
IRÈNE. — Vous savez bien que je n'ai jamais fait de diplomatie avec vous. Depuis que je souffre d'êti'e votre femme, je ne vous l'ai pas dissimulé. Je vous l'ai dit très loyalement, très haut. Aujourd'hui je vous dis de même que je suis à bout de pouvoir souffrir. Et comme cela dépend de vous, je vous ai fait demander, je vous demande de bien vouloir que je ne souffre plus.
FERGAN. — Ouais! Vous me demandes, à moi qui représente la défense du droit et le respect des mœurs, de vous céder, à vous qui représentez la révolte contre la société !
PAULINE, intervenant. — Ecoutez, Robert, ne vous drapez pas dans les principes. Il ne s'agit plus de savoir si vous avez raison ou tort...
FERGAN. — Vraiment !
PAULINE. — Quant à moi, j'ai tout tenté pour empêcher cette crise suprême d'éclater...
FERGAN. — Mes compliments.
PAULINE. — • Mais maintenant, au nom de ma tendresse jDour ma sœur et de ma très affectueuse estime pour vous, je vous adjure de vous montrer généreux. Soyez bon, soyez faible même, si c'est cela qu'il vous faut, à cette heure, pour être grandement humain.
FERGAN. — Ma chère Pauline, votre sœur a jugé convenable de vous prendre comme intermédiaire. Pour mon compte, je n'ai besoin de personne. Et je désire régler notre débat, une fois pour toutes, entre elle et moi.
IRÈNE, à Pauline. — Ne me quitte pas!
Les TciKiilles
IRENE. — Et si la révolte fmsait dk moi une femme qu'un homme d'honneur
NE PUISSE PAS garder?
FERGAN", à Irène. — Ne craignez rien.
Je ne vous battrai pas. Du reste, cela ferait trop votre affaire. (.1 Pauline.) Mais je vous répète, ma chère amie, que si ce n'est pas moi que vous écoutez tout d'abord, vous en coinpliquei'cz encore ma tâche de faire comprendre à votre sœur que c'est moi seul qui commande ici.
PAULINE. — Vous êtes bien dur.
IRÈNE, ht (U'tournnnt de passer far le jardin d'Iiirer. — Va m'attendre dans ma chambre.
PAULINE, Vemhrassant. — Pardon !
pardon de ne pouvoir rien pour toi ! {Pauline sort.)