SCENE PREMIERE
UNE SOUBRETTE, puis UN VALET DE CHAMBRE, ?;»/s LA BARONNE et DAMON. Au lever du rideau la soubrette achève d'allumer les flambeaux de la cheminée. Elle va au fond, ouvre la fenêtre. Un valet de chambre, venant du fond avec un flambeau à deux branches allumé, se place sur le seuil de la porte d'entrée. La baronne et le chevalier, en costume de gala sous les manteaux, entrent ensuite et descendent au milieu de la scène. Le valet de chambre sort.
DAMON". - — A la fin, je vous en conjure, baronne, daignez m'apprendre où je suis, et quel jeu vous voulez faire de moi, et jusqu'à quand me mènera la plaisanterie qui vous a fait m'enlever tout à l'heure, en plein Opéra ?
LA BARONXE. — Vous êtes ici dans un très beau séjour, mon cher Damon, ainsi que vous pourrez vous en rendre compte, par l 'environ, demain matin...
DAMON, aguiché. — Mais chez qui est-ce que vous m'avez conduit?
LA BARONNE. — Chez mon mari...
DAMON, aussitôt déçu. — Ah!
LA BARONNE. - — Le connaissez-vous ?
DAMON. • — Pas du toiit !
LA BARONNE. — Eh bien, moi, je le connais un peu... Et j'espère que vous en serez content. On nous réconcilie pour des raisons de famille qui ne vous intéresseraient pas. Il y a six mois que cela s'arrange, et il y en a un que nous nous écrivons. C'e-;t, je pense, assez galant à moi de l'alier trouver?...
DAMON. — Certes oui!... Mais, s'il vous plaît, que fais-je là, moi? A quoi puis-je être bon ?
LA BARONNE. — C'est mon affaire. J'ai craint l'ennui d'un tête-à-tête : je vous sais aimable ; et l'inspiration m'est venue de vous enlever à la solitude dans laquelle vous végétiez, ce soir. Au surplus, vousmême, n'éprouveriez-vous pas cjuelque honte à être d'aussi bonne heure au spectacle? Je vous ai sauvé du ridicule... Voici bientôt neuf heures. Je gagerais que c'est à T:)eine si la comtesse entre maintenant dans sa petite loge.
DAMON, modestement. — J'ignore, ■d'ailleurs, si clic devait ou non s'y rendre.
LA BARONNE, ovec une petite mine de moquerie. — Très bien. La discrétion est votre vertu favorite. Vous m'avez même confié que vous lui deviez bien des instants ■de bonheur.
DAMON. — Mi.is i^rendre le jour d'un raccommodement pour me présenter à votre mari!... Vous me feriez croire que je suis sans conséquence, si, à mon âge, on pouvait l'être... Ajoutez à cela l'air d'embarras qu'on apporta à une première entrevue... En vérité, je ne vois rien de plaisant, pour aucun des trois, à la démarche où vous nous avez engagés.
LA BARONNE. — Ail ! point de morale, je vous en conjure : vous manqueriez l'objet de votre emploi. Il faut m 'amuser, me distraire, et non me prêcher.