HYMNE
Le divin composé , qui brille en s'approdhant , Se reflète sur nous : eneore, encore un ehant !
Oui , mieux que la prêtresse et l'antique délire , Si dans les temps prochains la science a su lire ,
Qu'elle déroule en paix ses vers sentencieux
Avec grâce voilés, mais clairs pour tous les yeux. —
C'est rheure : les oiseaux ont fui vers les nuées , Tant la hache en tous lieux fait de larges trouées.
Partout le jour, partout de saints rapprochements , Des hymens amoureux suivis d'enfantements.
Quel est le val sans nom ? quelle est l'île déserte ? Partout le blé nouveau couvre la plaine verte.
Pourquoi devant ta porte élever ce rocher, Ermite , si la foule entre et vient te chercher ?
11 faut voir tomber Farbre et germer la semence , Voir tout ce qui finit, voir tout ce qui commence.
fleurs du Sunium , fleurs voisines du ciel ,
Quel parfum vous mêliez aux lys blancs du Carmel !
Mais , silence ! voici l'Orient qui s'allume
Et de l'Ouest obscurci colore au loin la brume.
Tout se cherche. Le Nord vers le Sud est allé , Et la matière en feu vers l'esprit a coulé.
L'électrum ! l'électrum! fusion idéale , Alliage splendide, œuvre que rien n'égale;
Métal complexe et simple , et sans pareil encor, Et dont le monde entier aura composé Tor;
Métal plus précieux que l'airain de Corinthe, Au foyer du savoir fonte prudente et sainte :
le pur électrum où Tesprit et le corps Parviendront à s'unir en de justes rapports ,
Quand elle apparaîtra la fusion bénie ,
Tous les cœurs aimeront cette œuvre d'harmonie!.
Oui, c'est l'heure : voyez s'émouvoir à la fois Et la terre et le ciel qui lui donne ses lois ;
Voyez dans les hauteurs l'alliage mystique Reluire en dévoilant son rapport sympathique !
Triangle composite et d'argent et d'or fin
Et d'un autre métal comme eux simple et divin
troisième métal , que nul encor ne nomme , Pour finir son travail c'est toi que cherche l'homme !
N'es-tu pas la soudure et l'intime lien , Le nœud intelligent d'où résulte le bien ?
Viens donc , flux désiré , savant intermédiaire , Avec l'or et l'argent viens finir le ternaire !
Esprit, nous sommes prêta , nous appelons ton jour : Esprit , viens féconder la Puissance et rÂmour.
LES' TROIS POKTES.
Absorbé dans le Tout il rappelait son dieu.
Force invisible , étber ou feu , Ce qui donne son âme à la nature entière L'animait ; sur les monts , h Tombre des grands bois ,
Les choses l'attiraient par leurs secrètes lois ; 11 parlait au torrent, il comprenait la pierre , Et son art composait de ces milliers de voix Un hymne où se mêlaient Fesprit et la matière.
Masse, sans cercle et sans milieu , Le grand Tout l'absorbait, lui l'appelait son dieu.
Les yeux levés au ciel où sont les belles choses ,
Le poète attendait qu'enfin son astre eût lui ,
Lorsque les trois Vertus descendirent vers lui
Et leurs longs vêtements étaient blancs, verts et roses.
Elles avaient les bras l'un à l'autre enlaéés ,
Mais leur front était chaste et leurs regards baissés ;
D'en haut elles disaient : «Je crois! — ^J'espère !— J'aime ! » Le poète écouta les trois mots à genoux :
De là viennent ses chants et mystiques et doux : Dans ce monde terrestre il chante un divin thème.
11 l'a voulu le barde , et , par un libre effort ,
Son cœur et son esprit , ses sens , tout est d'accord.
Extase libre ! extase pure !
Dans la triple unité du poète penseur , .
Tout ce qui lui répond : Dieu , l'homme et la nature. Harmonieusement retentit et murmure ; Chaque voix est distincte et se fond dans un chœur.
O barde sage ! extase pure !
Replié sur lui-même, il écoute enchanté Les modulations de cette trinité.