FES
On peut compléter le tableau précédent des transgressions et régressions, à la
fin des temps primaires, de la manière suivante :
ÿ \ Gs. Ct.
Stéphanien Plateau Central Permien inférieur + — Poudingues, grès el schis- Autunien et tes à plantes (charbon, Saxonien. boghead).
ThuringienetTrias —— ++ 2es mouvements Lacune inférieur hercyniens Trias moyen — + Lagunaire
à myophories
Evolution des magmas éruptifs. — L'étude stratigraphique m'a permis, dansle Morvan, d'établir l'existence de plusieurs séries pétrographiquesdistinctes. Des éruptions famenniennes ont donné des albitophyres, accompagnés de tufs, contenant des débris organiques. Au Tournaisien, des orthophyres et des rhyolites, plus ou moins obsidienniques et perlitiques, sont venus au jour ; une formation considérable de brèches orthophyriques, épigénisées et silicifiées par les actions secondaires, s’est produite en même temps. L’intensité des phénomènes éruptifs ne cessant de s’accroître, les éruptions de microgranulites et de porphyres pétrosiliceux du Viséen ont couvert de leurs produits éruptifs et tuffacés des surfaces très grandes. Enfin les roches lamprophyriques du Permien inférieur (basaltes orthosiques et labradoriques épanchés sur la bordure Nord du bassin d’Autun, filons minces d'orthophyres micacés, si abondants au milieu de toutes les formations anciennes) sont les compléments naturels des roches acides précédentes.
Il ressort nettement de cette étude que la seule série pétrographique antérieure au granite et qui ne paraisse pas due à son influence, la série albitophyrique du Famennien, est persodique. Toutes les autres roches éruptives ou tuffacées, sauf les variétés endomorphes, sont mégapotassiques, comme le granite, et leur étude chimique permet de supposer qu’elles ont pris naissance grâce à la différenciation . d’un seul magma granitique.
Tectonique. — L'étude tectonique détaillée conduit à distinguer trois faisceaux paléozoïques : celui du Morvan qui comprend cinq synclinaux hercyniens ; celui de Blanzy-Bert, en grande partie caché sous un vaste synclinal houiller et permien ; celui de la Loire, comprenant quatre synclinaux hercyniens. Ces trois faisceaux sont séparés par des massifs graniliques, correspondant à des aires anticlinales hercyniennes que l'érosion à aujourd’hui complètement décapées. Ce sont, du Nord au Sud : le granite de Luzy, celui du Charollais et celui du Beaujolais, prolongement de la chaîne du Pellerat.
Le faisceau de la Loire, comparé au faisceau du Morvan, présente une particularité qui frappe au premier regard, jeté sur une carte synthétique (fig. 50).
Les décrochements N. O., dûs principalement aux mouvements épirogéniques post-hercyniens et qui ont joué à nouveau lors des mouvements alpins, y appa-
raissent très considérables, de telle sorte que les bandes paléozoïques présentent sur la carte des contours brusquement zig-zagués. Le faisceau du Morvan, au contraire, quoique traversé par de nombreuses failles N.0 ., montre des bandes paléozoïques très continues dans le sens de leur allongement ; les contre-coups des mouvements alpins n’y sont parvenus que très atténués, comme si le petit géosynclinal permien de Blanzy-Bert en avait amorti la transmission.
Les jeux combinés du métamorphisme, des plissements, des décrochements et de l'érosion ont donné des caractères particuliers à chacun des anticlinaux et synclinaux étudiés. Par exemple, dans l’anticlinal de Moulins-Engilbert, Château-Chinon, Manlay, au Nord du faisceau du Morvan, les formations sont réduites à l’état de lambeaux disloqués, isolés les uns des autres au milieu du granite qui les a largement digérés. Malgré la dislocation, il est aisé de suivre, dans le granite, l’axe dévonien bien aligné et entièrement transformé en diorites et cornes vertes.
Au contraire l’anticlinal de Diou au Mont Beuvray, très continu en bordure du granite, n’est profondément métamorphique qu'à sa partie Nord-Est, laissant apparaître encore, au Sud-Ouest, le Dévonien fossilifère.
Dans la Loire, l’enfoncement géosynclinal, antérieur aux plis hercyniens, paraît avoir été plus considérable ; tout le Dévonien et presque tout le Tournaisien sont constamment très métamorphiques, et le Viséen seul estencore fossilifère.
Diverses apparitions de gneiss, celles d'Avallon, de Marmagne sous le pläteau d’Antully, de Palinges au Sud du synclinal Blanzy-Bert, enfin les formations de gneiss et de micaschistes du Lyonnais au Sud du faisceau de la Loire, jalonnent les parties les plus profondes du grand géosynclinal qui à précédé les mouvements hercyniens.
Les granites, lentement élaborés au fond du géosynclinal, sont évidemment en contact avec les sédiments les plus modifiés, c'est-à-dire les gneiss ; au contraire, les granites qui se montrent actuellement à nous comme n'ayant eu, au moment de leur mise en place, qu'une mince couverture paléozoïque, incomplètement modifiée, sont souvent, à leur partie supérieure, transformés en microgranites et se sont élevés dans les fractures des parties faibles du géosynclinal primitif.
Ce sont précisément ces derniers granites dont le magma, encore fluide à fai. ble profondeur, a donné naissance aux grandes éruptions microgranulitiques du Morvan et de la Loire.
Comparaison avec les régions limitrophes. — Il est peut-être utile de rechercher si dans les régions limitrophes du Plateau Central, à l'Ouest et à l'Est, les mêmes gradations se retrouvent dans le métamorphisme.
Les plis armoricains se prolongent en Vendée et en Bretagne et le croquis de la fig. 51, montre, avec évidence, que le faisceau synclinal de la Loire se poursuit vers le bassin d’Ancenis, comme l'a fait remarquer M. Michel-Lévy dès 1890 (68, p. 690, pl. XXIT, f. 1]. Le faisceau Blanzy-Bert se suit vers l'Est par les affleurements de la Serre et le bassin de Ronchamp [2]. Si nous ajoutons, au Nord, à ces lignes directrices, celle des bassins houillers franco-belges et anglais,
nous aurons énuméré les seules assimilations certaines. Cependant elles emportent, par interpolation, un certain nombre de probabilités : ainsi le Morvan
parait devoir se prolonger par le bassin de Laval, à l'Ouest, et par un des synclinaux transversaux des Vosges à l'Est.
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Fig. 51. — Prolongations des faisceaux synclinaux de Blanzy-Bert et de la Loire.
Westphalien,
Dinanten LD ne on il an-
En Stéphanien, Permien.
Faisceau synclinal Blanzy, Ronchamp.
Faisceau synclinal Loire, An-
DR eat ed CNE es CPPTTETET EE cenis,
En Armorique, le métamorphisme intense qui a affecté dans le Sud de la Vendée tous les terrains paléozoïques, à l'exception du Stéphanien et de quelques pointements de marbre dévonien ou dinantien (calcaire de la Villedé [107]), correspond bien à celui qui se manifeste dans le Plateau Central, au Sud du faisceau synclinal de la Loire.
Mais dès le bassin d’Ancenis, le métamorphisme monte moins haut et laisse subsister des niveaux plus profonds que dans la Loire. Le Silurien, le Dévonien, y compris le Frasnien (calcaire de Cop-Choux) et le Famennien (schistes à Dechenella de St-Julien de Vouvantes [65}), s'y rencontrent. Le Dinantien (Viséen) y existe sous forme de schistes, de grauwackes, de psammites et de tufs orthophyriques. Il n’est nulle part calcaire.
Dans le bassin de Laval, les nombreux travaux de M. D. P. Oehlert ont montré l'existence du Silurien et du Dévonien inférieur et moven, fossilifères ; par con-
tre, le Frasnien et le Famennien y sont absents; le Dinantien (Viséen) paraît transgressif sur le Dévonien moyen et débute par des grès et poudingues, au-dessus desquels se rencontrent les lentilles calcaires (souvent oolithiques) de Sablé, Changé, Bourgon, puis des schistes et des grès à anthracite, ou, comme au centre du bassin, de nouveaux calcaires (calcaire de Laval).
Dans les environs de Brest etdans le bassin de Châteaulin. M. Barrois a établi l'existence de la série complète, comprenant le Silurien et le Dévonien ; les schistes, avec nodules de calcaire bitumineux à Cypridines et à Goniatites de Rostellec, représentent en effet le Famennien et il est intéressant de rencontrer, sur la prolongation du faisceau du Morvan, des schistes famenniens ressemblant en somme à ceux que j'ai découverts dans le Morvan. Le Dinantien s’y rencontre sous la forme de schistes ardoisiers avec lentilles calcaires, reposant sur un cordon de poudingues et de tufs orthophyriques. Les granites du Bassin de Châteaulin sont, en grande partie, dinantiens, d'après M. Barrois.
Dans le Cotentin, M. Bigot a démontré que le Silurien existe en entier, mais que le Dévonien est en lacune à partir du Coblentzien. Le Dinantien réapparaît en un point seulement, à Régneville, près Montmartin-sur-Mer, où il est calcaire. Il semble y avoir dans la région des contacts anormaux.
Les Vosges, situées au Nord du faisceau synclinal Blanzy-Bert, La Serre, Ronchamp, échappent aux lignes directrices de la Loire mais sont traversées par celles du Morvan. Le métamorphisme y a laissé subsister des témoins de terrains paléozoïques profonds, comme l’ont démontré les travaux de MM. Vélain, Kilian, Bleicher et Mieg, Tornquist. Le Silurien s’y trouve en galets à Wonograptus dans le Trias du Donon [87]. De même, le Dévonien inférieur a fourni au grès vosgien des galets de quartzites à Spirifères, analogues à ceux du Hunsrück et du Taunus. Le Dévonien moyen a déposé des calcaires aux environs de Schirmeck, des arkoses dans la vallée de la Bruche, des schistes près de Chagey, à l'Ouest de Belfort. Le Dévonien supérieur y existe probablement : M. Vélain [54] signale des Goniatites dans un calcaire de Vackembach près du granite du Champ du Feu, dans la vallée de la Bruche.
Le Dinantien (à faune mélangée tournaisienne et viséenne) est formé par des grauwackes à végétaux (Bourbach), des schistes (Plancher), des tufs porphyritiques. Pas plus ici que dans les autres régions françaises, n’existe le faciès culm allemand à Posidonia Becheri (Hesse-Nassau).
Ainsi, le métamorphisme a atteint son action maximum dans le Plateau Central et plus particulièrement au Sud du faisceau synelinal de la Loire ; le long des mêmes faisceaux synclinaux vers l'Ouest et vers l'Est, cette action est moindre. On peut en conclure que l’enfoncement géosyncelinal a été particulièrement prononcé dansle Sud du Plateau Central, avant les premiers plissements hercyniens.
Au point de vue éruptif, on trouve dans le Massif Armoricain des tufs à la base du Viséen ; mais on ne peut les assimiler avec les roches du Morvan, en particulier avec les tufs microgranulitiques ; les filons de diabases ophitiques
abondent dans la région profonde de la Bretagne occidentale (pays de racines d’après M. Barrois).
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