GÉNÉRALITÉS
Avant d'entrer dans le détail des descriptions stratigraphiques locales, il me paraît utile de présenter au lecteur un exposé succinct de la succession des terrains et des roches que nous allons rencontrer.
Le substratum est composé par un granite à grands cristaux, blanc grisâtre ou rosé; il est remplacé sur d'assez grandes surfaces par de la granulite rose et passe souvent sur la bordure de contact à un microgranite assez finement grenu; partout il est séparé des terrains sédimentaires non modifiés par une zone de terrains métamorphisés, formés à leurs dépens et dans lesquels se rencontrent de nombreuses variétés de schistes durcis, micacés et maclifères, de quartzites micacés et tachetés, de poudingues métamorphisés, de calcaires à minéraux passant aux cornes vertes, aux diorites et diabases.
Dévonien supérieur. — On ne connaît pas dans le Morvan de terrains antérieurs au Frasnien; il y présente des calcaires construits durs et très spathiques, à grands clivages de calcite, blancs grisâtres ou bleutés, dans lesquels les empreintes de fossiles se dégagent assez mal; sur les surfaces usées par les eaux, apparaissent, en section, de nombreux Anthozoaires. Ce calcaire est exploité comme fondant dans l’industrie métallurgique (castine) et sert également de pierre de construction sous forme de petits moellons.
Il contient, à son sommet, des bancs dolomitiques rosés, vacuolaires et dans lesquels des moules de Brachiopodes sont recouverts par de la calcite finement cristallisée qui les déforme et les rend peu reconnaissables.
Au-dessus de ces calcaires, s’étage une puissante série de schistes gris ver-
âtre foncé, très psammitiques, assez fins et assez durs pour servir de pierres à rasoir; j y ai découvert une faune du Famennien supérieur. Ils sont peu fissiles, à cassure esquilleuse, à arêtes vives et coupantes, et se réduisent sous l’action du gel et du dégel en débris irréguliers. Leur aspect n’est pas absolument constant ; ils passent en effet par décomposition, à des schistes argileux verts pâles ou jaunâtres.
Des calcaires, en lentilles ou en bancs d’une certaine continuité, se montrent à la base; ces calcaires sont entièrement cristallins, blancs ou jaunâtres,
ô LES TERRAINS PRIMAIRES DU MORVAN ET DE LA LOIRE
quelquefois charbonneux et ne contiennent que quelques rares tiges d'encrines. J'ai été amené à les rattacher au Frasnien qui apparaît au milieu du Famennien, à la faveur de plis anticlinaux érodés.
Des coulées d’albitophyres, souvent vacuolaires, sont interstratifiées dans les schistes famenniens ; ce sont des roches d'un noir verdâtre, très dures, à petits cristaux de feldspath peu apparents ; elles sont accompagnées de tufs albitophyriques calcarifères.
Enfin, à leur partie supérieure, des dépôts arkosiens font présager une période de retrait de la mer.
Au voisinage du massif granitique se sont formés, aux dépens des lentilles calcaires dévoniennes, de puissants amas de roches amphiboliques, diorites et diabases, passant insensiblement à des porphyrites amphiboliques.
Le Carbonifère inférieur (Dinantien) débute par des assises arkosiennes, très riches en débris de plantes, et par une importante formation de poudingues, contenant des intercalations schisteuses et surmontée par des schistes noirs fossilifères.
Les arkoses de la base sont assez fines et très chargées de matières organiques végétales qui leur donnent une couleur noire; elles sont riches en mica elastique, souvent chloritisé. Les débris de tiges et de racines y sont parfois si abondants que le coup de marteau y dégage une odeur fortement empyreumatique. Des psammites fins et de couleur claire sont à rattacher aux arkoses précédentes.
Les poudingues carbonifères constituent un horizon très constant et facilement reconnaissable ; ils sont très compacts, à fond noir et taches blanches ou verdâtres; leur grande dureté les fait rechercher pour l’empierrement des routes. Les galets y sont composés principalement de quartz gras et de quartzites lustrés à cassure brillante et, plus rarement, de phtanites noirs et de porphyrites. La pâte foncée est schisteuse ou quartziteuse. À côté de ce type moyen, se rencontrent quelques types différents et moins abondants; poudingues à galets d'arkoses et à pâte arkosienne; poudingues à galets de porphyrites ou de tufs porphyritiques, dans lesquels la pâte arkosienne se distingue difficilement des galets ; poudingues à pâte schisteuse abondante, avec de petits galets impressionnés quartziteux, rappelant le type des poudingues à dragées. Tous ces poudingues se relient au poudingue carbonifère normal.
J'insiste sur cette formation de poudingues, car elle est nettement datée dans la région fossilifère de Saint-Seine, Avrée, et se retrouve, semblable à elle-même, à de grandes distances, dans des régions dénuées de fossiles. De plus, loin de se cacher, elle affleure le plus souvent, soit en falaises abruptes dans le fond des ravins, soit en blocs de plusieurs mètres cubes au milieu des bois ou des champs; le sol se recouvre, à son voisinage, de galets roulés que l’on est tenté de prendre pour une formation récente et qui proviennent de l’éboulement sur les pentes du poudingue démantelé et désagrégé.
Latéralement, ces poudingues passent à des grès et À des arkoses : ailleurs à des quartzites de couleur claire, blancs, jaunâtres ou rosés, qui couvrent souvent
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de grandes étendues. Les arkoses de ce niveau affectent parfois un faciès Spécial ; elles prennent une teinte violacée, au milieu de laquelle les débris teldspathiques ou les grains quartzeux, plus ou moins roulés, forment des taches blanchâtres ; de là leur aspect truité caractéristique.
Les schistes fossilifères tournaisiens sont très noirs à l’état frais et en général moins fins que les schistes famenniens ; mais, comme ces derniers, ils sont psammitiques et la chloritisation de leurs micas les verdit et les fait ressembler aux schistes inférieurs. Des schistes gréseux grossiers, à quartz et mica clastiques, dans lesquels on ne trouve aucune trace de calcaire, mais qui rappellent les grauwackes, alternentavec ces schistes qui se trouvent eux-mêmes intercalés entre les différents niveaux de poudingues.
Des filons d'orthophyres percent les niveaux précédents ; ce sont des roches toujours de couleur foncée, affectant des aspects variés suivant la proportion relative des éléments de première et de deuxième consolidation qu’elles contiennent; elles sont tantôt rouges, tantôt vertes; elles apparaissent quelquefois interstratifiées dans les schistes tournaisiens et s’accompagnent de coulées obsidienniques, de tufs et de brèches orthophyriques.
Signalons dès à présent que ces roches se distinguent des albitophyres du Famennien par leur richesse en potasse.
Ainsi, le Tournaisien est essentiellement, dans le Morvan, une formation de rivage, composée de poudingues alternant avec des schistes contenant une faune néritique.
Le Viséen apparaît sous forme de calcaires, à Cussy-en-Morvan et à l’Huis Prunelle, au-dessus des poudingues les plus élevés de la série précédente, à la base des tufs dont nous allons parler et au voisinage des schistes plus ou moins anthracifères qui se mêlent à ces tufs (Ménessaire).
Alors que les terrains, précédemment énumérés, occupent des surfaces relativement limitées, les formations tuffacées du Viséen prennent au contraire, dans le Morvan, une extension considérable.
Un des résultats importants de mes recherches a consisté à définir l’origine de la formation des roches composant la Vieille Montagne, aux environs de Saint- Honoré ; marquées en quartzites dévoniens sur la carte au 80.000 et considérées parfois comme une forme de porphyroïdes, ce sont, en réalité, des tufs et des brèches d’orthophyres plus ou moins vitreux et perlitiques, blancs, flammés de vert, se reliant par conséquent aux orthophyres du sommet du Tournaisien, comme nous le montreront les coupes de Boucharin près Savigny-Poil-Fol. Ces mêmes roches reparaissent à l'état très frais aux environs de Bar-le-Régulier et comportent partout des obsidiennes, presque conservées, à fissures perlitiques cncore visibles.
Au-dessus de ces tufs, auxquels je réserverai le nom de tufs orthophyriques, se développent les tufs noirs, plus riches en mica noir orienté, et intimement reliés aux éruptions de microgranulites, desquelles il est parfois difficile de les distinguer. Je leur réserverai le nom de tufs microgranulitiques, Ils sont supérieurs aux calcaires viséens, mais ils sont souvent transgressifs sur les forma-
tions de base du Tournaisien et même sur le granite. Ils présentent parfois à leur base des poudingues à galets de microgranulites (Avrée) ‘.