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LA NOUVELLE SALLE DES DÉLASSEMENTS COMI- QUES, RUE DE PROVENCE

Vous croyez, peut-élre, que nous allons suivre Tordre chronologique, et commencer par le commencement ?

Eh bien, non ! nous ne suivrons aucun ordre; nous irons au courant de la plume, au hasard; nous prendrons l'histoire par la fin, ce qui, à propos d'histoire, est quelque-

fois la meilleure méthode pour le lecteur, car elle le dispense de lire le commencement.

Quand, il y a un an, la démolition des théâtres fut décrétée pour l'ouverture du boulevard du Prince Eugène, M. Sari se mit immédiatement en campagne pour trouver une nouvelle salle, ou tout au moins un emplacement convenable pour en faire construire une.

L'Eldorado fut d'abord l'objet de ses désirs; un entêtement de vieille femme fit échouer les négociations.

M. Sari pensa alors à transporter ses pénates au faubourg Poissonnière, à l'Alcazar, dont le fondateur venait de mourir ; là en-

corc, le directeur des Délassements-Comiques ne trouva pas ce qu'il r(?vait.

Cependant, le moment du déménagement approchait ; M. le préfet de la Seine, dont on connaît les sympathies pour Fart et les artistes, mit alors à la disposition de M. Sari un emplacement acheté par la V]lle pour la prolongation de la rue Le Peletier.

L^ouverture d'une rue nouvelle peut se reculer, mais une exploitation théâtrale qui fait vivre un nombreux personnel ne peut pas chômer; c'est l'opinion de M. le préfet, et cette opinion est la bonne, de l'avis de tous. Puis, un théâtre comme les Délassements est plus qu'une entreprise commerciale, toujours respectable, mais

qu'on peut indemniser, c'est une école pratique où les jeunes artistes viennent apprendre, c'est une pépinière de jeunes sujets qui fleuriront un jour sur des scènes plus élevées, c'est un Conservatoire qui rend à l'art au moins autant de services que le grand Conservatoire; et plus loin, si vous voulez bien nous suivre, cher lecteur, vous verrez combien de comédiens qui sont la gloire et la richesse de nos grands théâtres, ont commencé et grandi dans ce petit jardin que des esprits légers appellent en souriant un boui-bovi, mais que l'administration si paternelle et si intelligente du préfet de la Seine a raison de considérer comme une excellente école dramatique.

La jouissance de l'emplacement de la rue

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de Provence a été assurée à M. Sari pour deux ans au moins; pendant ces deux années, les travaux de démolition du boulevard déblayeront sans doute un terrain convenable où, alors, pourra s'élever une salle définitive.

Les travaux de l'appropriation de la nouvelle salle des Délassements-Comiques ont commencé vers le 20 mars et ont été terminés pour le 15 mai 1862.

L'établissement existant , bâti pour une Exposition de peinture, a dû être reconstruit de fond en comble pour être transforme en une salie élégante et confortable, dont l'intérieur a été décoré avec un goût charmant par M. Delessert.

Près de six cents spectateurs pourront

acilemeiit trouver place dans la nouvelle salle.

Le parterre a été supprimé et remplacé par d'élégants fauteuils.

Derrière les loges découvertes règne un large couloir où l'on peut circuler et voir le spectacle, si on ne veut pas rester assis toute la soirée.

Une innovation qui sera goûtée particu^ lièrement du public masculin, c'est un fumoir, — où est installé un buffet.

Des salons de conversation et un très-élégant foyer circulaire complètent les aménagements de cette jolie salle.

Enfin, les dispositions prises aux abords sont telles que le public entre au théâtre sans faire queue et se rend directement à ses places.

Le public qui peuplait les avant-scènes et les loges des Délassements du boulevard

du Temple restera fidèle aux Délassements de la rue de Provence, public demi-mondain assez nombreux dans le quartier et dans les environs. On peut même dire que les Délassements se sont rapprochés de leurs habitués. Ceux-ci seraient donc bien ingrats s'ils ne répondaient pas aux avances de leur cher petit théâtre.

M. Sari, lui, n'est pas un ingrat. 11 amène au salon des Arts-Unis la plupart de ses anciens pensionnaires. Mais il a aussi renforcé sa troupe par l'engagement d'artistes nouveaux qui ont fait leurs preuves :

MM. Eugène Luguet et Train, ex-pensionnaires du Gymnase; Montrouge, qui revient au bercail ; Couder, Mercier, Montel, Grivot, Varlet, Prat, etc. ; M^^^^ Jeanne

Nantier, de la Porte-Saint-Martin: Fanny Dubuisson, des Variétés ; Armandine, de l'Ambigu-Comique; Anna Bellanger; Caroline Julien, du Théâtre-Déjazet; Montessu, Tadée, Ygasly, King.

Le chef d'orchestre est maintenant M. Hervé, musicien bien connu par plusieurs opérettes dont certains morceaux sont devenus populaires.

Quatre pièces nouvelles ouvrent le nouveau théâtre :

Changement de domicile^ prologue d'ouverture en un acte, par M. Alexandre Flan ;

La Fanfare de Saint-Clou 1 ^ opérette en un acte, paroles de M. Siraudin, musique de M. Hervé;

Le Hussard persécuté, cascade en un acte, paroles et musique de M. Hervé ;

Les Amants de la Dame de pique, vaudeville en un acte, par M. Ernest Blum.

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