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CHAPITRE X

LES THÉÂTRES DES BOULEVARDS SOUS L'EMPIRE (fin).

Conséquences du décret impérial. — Disparition ou métamorphose

des petits spectacles. — Les Variétés Etrangères. — La Porte- Saint-Martin. — Ce que deviennent les théâtres conservés. — Les Variétés et le Vaudeville. — Désaugiers. — La Gaîté et l'Ambigu-Comique — Le mélodrame. Ses ennemis et ses amis. — Le drame romantique deviné et annoncé.

Les craintes de Fouché étaient vaines : la fermeture des petits théâtres ne provoqua aucune des manifestations annoncées par de méchants prophètes qui connaissaient peu les Parisiens de leur temps et moins encore la police impériale. Les victimes, sauf une, qui protestera tout à l'heure, se soumirent silencieusement ; les journaux, après avoir enregistré le décret, se contentèrent de .supprimer à leur dernière page les noms des théâtres sacrifiés, et le public prit le chemin de ceux qui subsistaient encore. On ne prononça pas l'oraison funèbre des disparus ; mais on fit une fois de plus le panégyrique du maître, restaurateur des lettres ; et quelques-uns même glorifièrent sa décision bienfaisante. L'excessive abondance des spectacles diminuait, paraît-il, le nombre des nou-

vcautés ; comme il fallait un bon mois aux plus fervents amateurs pour voir toutes les pièces offertes à leur curiosité, les directeurs ne se pressaient pas de changer leurs affiches, et auteurs et acteurs, à peu près sûrs d'être joués ou engagés, se donnaient moins de mal, apportaient des ébauches souvent informes et des talents à peine en germe. Désormais, pour conquérir une des huit scènes de la capitale, de plus grands efforts seraient nécessaires, et rien ne retarderait plus les progrès, depuis si longtemps attendus, de l'art dramatique épuré.

Malgré ces belles considérations, les mécontents ne manquaient pas, ni même les désespérés. Si les petits bourgeois oubliaient que le nouveau décret violait ceux de la Constituante et de la Convention, anéantissait une des conquêtes républicaines, et rétablissait, en l'étendant quelque peu, un des monopoles de l'ancien régime, du moins se voyaient-ils avec un vif déplaisir sevrés d'un de leurs divertissements favoris. Et les déceptions devaient être nombreuses, puisque tous les théâtres condamnés vivaient bien ou se soutenaient Les plus déconcertés étaient assurément les habitants du Marais. Ils n'avaient guère coutume d'aller chercher à la Comédie-Française ou à l'Opéra des spectacles lointains et coûteux, quand ils en trouvaient près de chez eux de très agréables à des prix très modérés ; et voici que d'un seul coupon leur supprimait tous leurs lieux ordinaires de réunion, cinq théâtres dont ils faisaient la fortune, et qui, en échange, égayaient leur vie et leur quartier. Chaque

soir, en effet, les façades illuminées du Marais, des anciens Associés et des nouveaux Troubadours, de la Jeune-Malaga et des Jeunes-Artistes éclairaient comme en plein jour les rues Culture-Sainte-Catherine et de Bondy, la rue et le boulevard du Temple. Qu'allaient devenir ces bons bourgeois, maintenant que la police avait éteint ces lampions ?

Surtout, qu'allaient devenir ceux dont ces établissements assuraient l'existence ? Pour les grands, c'était la ruine, et pour les petits, la misère. Ce qu'il advint alors des figurants, des contrôleurs et des souffleurs, des machinistes et des lampistes, des ouvreuses et des habilleuses, qui le sait ? Les humbles souffrants ont encore moins d'histoire que les peuples heureux. Inconnue de même, la destinée des comédiens si brutalement mis sur le pavé avec, comme les domestiques congédiés, une semaine devant eux pour trouver un gagne-pain. Que d'anxiétés et de démarches inutiles ! Pourtant, plusieurs avaient une réelle valeur, et sauront faire quand même un glorieux chemin : tels Monrose, du théâtre des Jeunes-Artistes, Joanny, des Délassements-Comiques , Firmin et Virginie Déjazct, des Jeunes Elèves. Et les directeurs ? Ce n'étaient pas les moins à plaindre. Ils ne pouvaient céder leurs salles aux théâtres autorisés, déjà confortablement organisés ou rêvant d'établissements plus grandioses, et il était bien difficile d'utiliser ces immeubles autrement que pour des spectacles, lesquels étaient interdits. On ne vend pas un théâtre comme un fonds d'épicerie. Les uns alors se rési-

gnèrent à la faillite, mirent la clef sous la porte, et disparurent (1). D'autres, plus résistants, se soumirent à des métamorphoses humiliantes, mais qui les préservaient des chutes définitives : ils transformèrent leurs scènes en manèges, en pistes et en bastringues, remplacèrent leurs acteurs par des clowns, des monstres, des bêtes, des figures de cire, et leurs pièces par des exhibitions variées, renouvelées des anciennes foires. Ils retournaient ainsi a leur origine première. Les Délassements-Comiques offrirent asile à des animaux savants, à des nains, à des géants ; le Théâtre-sans-prétention devint un café-concert, le café d'Apollon ; on mit des tables à l'orchestre et des portes aux loges pour en faire des cabinets particuliers. Dans la salle Molière, on donna des séances de physique amusante, des scènes de ventriloquie, des assauts d'armes, des bals et des banquets. Aux Jeunes- Artistes succédèrent des fabricants de lunettes. Le théâtre de la Cité se fit une spécialité des pantomimes à grand spectacle, qui réalisèrent encore de beaux bénéfices, au moins quand Franconi voulait bien prêter ses chevaux. Sa destinée finale sera d'être coupé en petits morceaux, c'est-à-dire en petites boutiques ; toute la machinerie du sous-sol, achetée par la Gaîté,

(lj Le plus honnête fut le directeur du Théatrc-sans prétention, l'excellent Prévôt. Il fit placarder sur tous les murs de Paris une affiche ainsi conçue: « Les personnes à qui le citoyen Prévôt est redevable de quelque chose peuvent se présenter à la caisse, qui sera ouverte tous les jours, de midi à quatre heures. » Dix ans plus tard, ce brave homme, le dos courbé par l'âge et la misère, montrait au jardin Mnrbeuf une petite lanterne magique.

cédera la place à des tonneaux ou aux plantes du quai aux fleurs.

Ce fut une débâcle générale. Huit années auparavant, dans tous les théâtres des boulevards, on glorifiait le coup d'Etat de Brumaire, et des couplets cruels poursuivaient sur la route de Saint-Cloud les députés jetés par les fenêtres. En 1807, après ce que le bon Prévôt appelait « le second coup d'État de M. Bonaparte », les mêmes couplets, à peine modifiés, sonnaient sans doute aux oreilles des comédiens jetés à la rue.

Il y avait cependant un théâtre qui méritait l'indulgence du gouvernement : celui des Variétés-Étrangères. Établies dans l'ancienne salle Molière, près de la populeuse rue Saint-Martin, elles avaient un public nombreux d'habitués fidèles, que ne leur disputait aucune concurrence voisine. Ce n'est pas à ce quartier qu'on pouvait reprocher d'être encombré de théâtres trop rapprochés les uns des autres ; et les Variétés-Étrangères échappaient ainsi à l'un des griefs exposés par l'Empereur devant le Conseil d'Etat. Grâce, d'autre part, au genre très spécial des pièces promises par leur enseigne, elles ne paraissaient pas pouvoir être accusées de doubler inutilement les autres scènes. Il semble qu'elles étaient plutôt dignes de protection et d'encouragements, puisqu'elles prétendaient initier les Parisiens aux répertoires étrangers, et ouvrir ainsi aux lettres une nouvelle voie. Ne faisaient-elles pas modestement pour les théâtres de tous les pays une œuvre analogue à celle que prépa-

rait alors M me de Staël sur les mœurs, la littérature et la philosophie allemandes ? Peut-être étaitce là leur tort, et ce fut peut-être une des causes de leur ruine. On les aurait supprimées pour les mêmes raisons qui vont décider la suppression du livre de V Allemagne ; et l'on aurait dit aux comédiens dispersés ce que le duc de Rovigo écrira tout à l'heure à M mc de Staël exilée : « Votre œuvre n'est pas française, et les Français n'en sont pas réduits à adopter pour modèles les peuples étrangers. »

Ce reproche, en supposant qu'on l'ait imaginé et formulé, le théâtre supprimé le méritait bien plus que le livre interdit. Les modèles qu'il proposait n'étaient guère dignes d'imitation. L'auteur de l'Allemagne faisait un choix judicieux parmi les grands penseurs et les grands écrivains d'outre-Rhin ; dans les répertoires anglais, allemand, italien et espagnol les fournisseurs des Variétés prenaient pêle-mêle beaucoup moins les œuvres littéraires que des mélodrames sombres et des comédies grossières, capables d'égayer un public dont on se souciait peu de faire l'éducation. Ce n'était guère du Gœthe, du Schiller ou du Shakspeare qu'on jouait aux Variétés-Étran gères : on préférait la Mêdée de Glover à Othello ou à Hamlet. On préférait surtout Kotzebue ; mais lui, comme les autres, avait affaire avec des traducteurs étrangement irrespectueux. Le jour de la clôture, voici ce qu'un Allemand écrivait au Journal de Paris :

« Le théâtre des Variétés-Étrangères expire ce soir. Mon intention n'est pas, assurément, d'insulter à ses derniers

moments ; mais je crois devoir à ma patrie et aux grands hommes qui l'ont illustrée quelques observations que je bornerai ici à une seule, pour ne pas abuser de la place que je vous demande. On vient de donner au théâtre dont il s'agit Louise et Ferdinand, comédie en trois actes, de Schiller. J'y ai couru, croyant que c'était une œuvre posthume de ce grand poète. Mais jugez de mon désappointement! A force d'attention, j'ai démêlé que cette comédie était fabriquée avec la tragédie de Schiller, Cabale und Licbe. Tout y est interverti, dénaturé, falsifié, et le dénouement si terrible est remplacé par un^morceau de papier, que tous les personnages se passent les uns aux autres, à peu près comme à un certain jeu innocent, que vous appelez, je crois, petit bonhomme vit encore! Et cette rapsodie porte le nom de Schiller !

« Que diriez-vous, Messieurs, d'un Allemand qui mutilerait, dépècerait ainsi une tragédie de Corneille, et intitulerait effrontément son monstrueux gâchis : comédie de Pierre Corneille ? Le journaliste de Vienne ou de Berlin ne pourrait-il pas aussi, avec votre Corneille, égayer le peuple des faubourgs ?

* J'ai l'honneur de vous saluer.

« Gkrmaxicus. »

Les pièces le plus souvent choisies ne soulevaient pas de semblables récriminations ; c'étaient d'ordj nairedes comédies ou des drames justement inconnus et sans caractère exotique, auxquels on ne demandait que de faire rire ou pleurer. Si, par exemple, on jouait un certain Inconstant britannique sous le titre de Folles raisonnables y ce n'était pas parce qu'on avait trouvé dans cette pièce une peinture des mœurs et de l'esprit anglais, mais parce que l'histoire plaisante et grivoise adaptée à la scène française était très semblable à d'autres qui se passent chez nous, et parce

qu'à Paris, comme à Londres, on rencontre des faux roués assez naïfs pour se laisser escroquer par des courtisanes leur portefeuille, leur montre, leurs bagues et leur tabatière. De même, on choisissait les drames, non pour les bons services qu'ils pouvaient rendre au théâtre français, et le sang nouveau qu'ils infuseraient sans doute à la tragédie épuisée, mais simplement à cause des palpitantes histoires qu'ils exposaient, de la grosse émotion qu'ils provoquaient, de leur mise en scène et de leur machinerie.

Et s'il n'y en avait pas assez pour satisfaire des appétits très excités, le théâtre ne pensait point renier son titre et son programme en jouant des mélodrames français bâtis avec des romans étrangers. Il suffisait, pensait-on, de mettre en scène des personnages d'outre-Rhin ou d'outre-Manche, et de promener les spectateurs dans tous les pays d'Europe, des bords de la Tamise aux rives du Danube. Les Variétés-Étrangères n'avaient donc pas tous les jours l'originalité garantie par leur nom, et ne remplissaient point exactement les conditions imposées par le décret du 25 avril. Leur désobéissance et Ja fréquente analogie de leurs pièces avec celles des autres théâtres expliquaient dans une certaine mesure la rigueur dont elles venaient d'être victimes.

De toutes ces exécutions, la plus déplorée et la moins attendue fut celle de la Porte-Saint-Martin. Pouvait-on prévoir sa fermeture après le récent arrêté qui lui avait réservé, au grand détriment de la Gaîté et de l'Ambigu, le privilège des mélodrames ?

N'était-elle pas de tous les théâtres de la capitale celui qui se rapprochait le plus des grands, et semblait le mieux mériter la bienveillance d'un gouvernement se disant ami des lettres? La'destination primitive de la salle, construite pour l'Opéra, sa façade imposante, son intérieur majestueux, et la scène spacieuse qui doublait l'illusion et consacrait l'erreur lui donnaient un caractère, inconnu sur les boulevards, de noblesse et de distinction. Elle était devenue une bonne maison, fréquentée par la bonne compagnie. « En y entrant », disait Geoffroy qui la comparait à ces financiers de l'ancien régime élevés au-dessus de leur naissance par l'élégance de leurs manières, « on ne se croyait plus dans les quartiers populaires ; en parcourant les loges, un se croyait à la Comédie-Française. Honteux de paraître dans un salon où il y avait du si beau monde, le petit peuple ne s'y aventurait guère. » Sans doute, on lui donnait des drames à sa portée, mais souvent aussi d'autres pièces dont il n'avait que faire. L'aimable pantomime des Jeux d'Eglê, les amours de la nymphe et de Mercure, les aventures de Silène pouvaient-elles convenir à un public peu familier avec Virgile et la mythologie ? La grâce légèrement maniérée de certains ballets, où se faisait tant applaudir des délicats la très distinguée M m e Quériau, pouvait-elle être goûtée des habitués du paradis ? Combien insipide et inintelligible devait leur paraître la danse savante,tout allégorique, d'Églé et de Mercure qui, séparés par une guirlande de fleurs, vont et viennent, avancent et reculent, jusqu'au moment où

y la jeune fille se heurte contre le fragile rempart, glisse et tombe dans les bras du dieu ! Tout cela était, au contraire, un régal pour la bonne société qui, trouvant à la Porte-Saint-Martin une extrême variété, tour à tour captivée par les drames et charmée parles ballets, ne cessait de chanter les louanges d'un théâtre dont elle faisait le rival de l'Académie de Musique, qu'elle déclarait même supérieur.

Ce furent sans doute ces éloges, dont l'acharnement agaçait fort la critique servilc, et Napoléon aussi, vraisemblablement, qui précipitèrent les rigueurs impériales et décidèrent la suppression d'une troupe si dangereuse pour les comédiens ordinaires de sa Majesté. Ce que n'avait point fait l'interdiction des grands ballets, la fermeture du théâtre l'obtiendrait ; et si les gens du monde ne revenaient pas à l'Opéra, du moins ne pourraient-ils plus se permettre de désobligeantes comparaisons.

Mais la victime ne se montra pas aussi résignée que les autres théâtres. C'était hardi de protester contre un ordre de l'Empereur ; on essaya cependant. La faveur du public, les sommes énormes engagées pour monter mélodrames, féeries et ballets, les réclamations des créanciers, la ruine menaçante, tout poussait a la résistance, et notamment la situation très particulière où l'État se trouvait vis-à-vis de ce théâtre. En effet, la salle de la Porte-Saint- Martin, ancienne, salle provisoire de l'Opéra, et qui faisait autrefois partie des domaines nationaux, avait été vendue aux entrepreneurs « d'après la valeur que

lui donnait sa destination ». En supprimant le droit de l'utiliser ou delà vendre comme salle de spectacle, on violait donc les engagements pris et l'on commettait une évidente iniquité. C'est ce dont les intéressés tentèrent de convaincre le gouvernement. Ce fut long, mais ils y réussirent. Ils ne pouvaient cependant espérer que le décret serait purement rapporté, et durent s'estimer heureux, puisqu'il leur était interdit de vivre comme par le passé, de ne pas mourir tout à fait. Le 11 mars 1809, le ministre de l'intérieur leur écrivait :

« J'ai examiné la demande que vous m'avez adressée pour avoir l'autorisation d'ouvrir la salle dont vous êtes propriétaires et d y donner divers genres de spectacles.

« J'ai pris en considération les motifs que vous avez fait valoir à l'appui de votre demande, et surtout ce titre de propriétaires d'une salle qui faisait partie des domaines nationaux et qui vous a été vendue d'après la valeur que lui donnait sa destination. Par cette considération, qui vous est particulière, j'ai cru devoir consentir à l'ouverture de cette salle, et je vous autorise à l'exploiter ou louer pour des spectacles qui sont déterminés de la façon suivante :

« 1° Les jeux gymniques. Ces jeux consisteront en danses de corde, sauts périlleux, et en tours de force et d'adresse, tels que luttes, pugilat, combats de gladiateurs, joutes.

« 2" Les tableaux historiques, dans le genre Servandoni. Dans ces tableaux, les décorations devront être la partie principale. Chaque tableau pourra présenter un fait, un grand événement.

« 3° Les évolutions militaires. Ce spectacle consistera en marches, assauts, combats de fantassins ou de cavalerie.

« 4° Des prologues. Ces prologues seront à un, ou deux personnages au plus. Il sera permis d'expliquer par ces pro-

logues les sujets des tableaux historiques, évolutions et autres jeux. Les personnages qui y figureront, et les grimes ou boulions que Ton emploie ordinairement dans les tours de force ou d'adresse seront les seuls acteurs qui pourront parler à ce spectacle.

«Tels sont les seuls genres de spectacle que vous soyez autorisés à représenter dans votre salle, qui ne devra pas porter le nom de théâtre, mais de salle de Jeux Gymniques. »

Cette organisation nouvelle plaçait la Porte-Samt- Martin au-dessous des quatre théâtres secondaires conservés, et l'assimilait même aux cirques. On se soumit cependant de très bonne grâce ; la preuve, c'est qu'une des premières pantomimes représentées fut l'apothéose de l'Empereur. Dans le Passage du Saint- Bernard, Bonaparte apparaissait sur le sommet glacé du mont avec la redingote grise et le chapeau du petit caporal. « Le succès, raconte un contemporain, fut éclatant, prodigieux ; pendant quatre mois la salle fut comble ; on croyait que cela ne finirait jamais. On a dit que le vainqueur de l'Italie avait assisté, dans une petite loge grillée, à Tune des représentations de cet ouvrage. Si cela est vrai, Napoléon a dû être satisfait de l'accueil qu'il recevait par procuration. L'enthousiasme que produisait cette grande figure, quand elle apparaissait au haut de la montagne, ne peut se décrire. Il faut avoir vu cela pour s'en faire une idée (1). »

Malgré ce triomphe, les entrepreneurs regrettaient amèrement leur situation perdue ; et, croyant avoir conquis par cette pantomime si flatteuse et tant

(1) Brazier, Histoire des petits théâtres, t. II, p. 39.

applaudie la bienveillance impériale, ils osèrent un beau jour publier le règlement, franchir les limites imposées, risquer, en un mot, de véritables pièces. C'était hardi : les libertés que se permettaient les forains sous Louis XVI, Napoléon ne les tolérait pas, et ses ordonnances n'étaient point, comme celles de la police royale, faites pour être violées ou tournées. Un rappel à l'ordre arriva, sec, énergique et menaçant :

11 août 1811.

« Je suis informé qu'au mépris de vos obligations vous donnez des représentations qui sortent du genre assigné à votre spectacle, que vous faites jouer enfin, sous différentes dénominations, de véritables pièces dramatiques, quoique ce genre soit exclusivement réservé aux huit théâtres de la capitale.

« Je vous préviens que s'il vous arrive encore de donner, sous quelque prétexte que ce soit, des représentations d'un autre genre que celui qui vous a été permis, je donnerai des ordres pour la suppression de votre spectacle.

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