‹ Les théories logiques de Condillac (volume 2)Chapitre 47 sur 74 · POR-TROÏAL ET CONDILLAC · texte numérisé non relu

POR-TROÏAL ET CONDILLAC

raie, et avec autant de clarté que de précision, le procédé de Téquation algébrique. Enfin, il termine par cette remarque très-sensée, que « l'analyse consiste plus dans le jugement et dans Tadresse de Tesprit que dans les règles particulières (1). » Passant ensuite à la méthode de composition , et particulièrement à la synthèse dés géomètres(2) , il éclaircit par des exemples les règles posées par Pascal, et il montre en quoi certains géomètres, Ëuclide surtout, ont manqué à ces règles ; il dit quelques mots sur une question que Pascal n'a pas traitée comme il se proposait de le faire, celle de Tordre que Ton doit mettre dans les propositions. Cet ordre, qui consiste à commencer par les choses les plus simples et les plus faciles, n'a pas toujours été suivi par les géomètres. «Ils brouillent toutes choses et traitent pêle-mêle les lignes et les surfaces, les triangles et les carrés, prouvent par des figures les propriétés des lignes simples, et font une infinité d'autres renversements qui défigurent cette belle science (3). »

Arnauld marque plus nettement qu'aucun autre logicien la distinction de l'analyse et de la synthèse. Il insiste sur les ressemblances et les difïërences des deux méthodes. Elles se ressemblent en ce que, dans l'une et dans l'autre, il faut passer de ce qui est plus connu à ce qui l'est moins. Elles diffèrent en ce que, dans l'analyse, on ne propose les maximes claires et évidentes qu'à mesure qu'on eu a besoin, et, dans l'autre méthode, on les établit tout d'abord.

Il faut mettre au nombre des meilleurs morceaux de la Logique de Port- Royal le chapitre XII de la i'' partie, sur les définitions de noms, et le XVI* de la 2* partie, sur les définitions de choses. Ces deux chapitres ont de plus un

(i) Logique de É^rt-Royal, 4* part, ch. II. —(2) Ibîd., ch. III.— (3) Ibid.^ ch. IX.

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intérêt particulier, quand il s agit d^un parallèle avec Gondillac. Les définitions de noms et les définitions de choses, mal distinguées par les condillaciens, le sont ici avec une netteté qui ne laisse rien à désirer.

MM. de Port-Royal sont à la fois exacts et complets dans^ les règles qu'ils donnent sur lemploi des définitions de noms. Ils ne tombent pas dans lexcès des condillaciens, qui en abusent sans cesse, qui veulent toujours refaire la langue, et qui s écartent de Tusage sans se rapprocher de la vérité. Laromiguière prétend que, parmi les philosophes du xvn'^et du xvm^ siècle, Condillac est le seul qui ait montré à quelles conditions les définitions peuvent être prises pour principes (1). A notre avis, la question a été parfaitement résolue dans ce passage de Port>-Boyal : « 11 s'ensuit troisièmement que toute définition de noms ne pouvant être contestée, peut être prise pour principe... (2). »

Dans le chapitre XVP de la 2"* partie, on trouve les vieilles règles très-connues sur la définition de choses et rénumération de points de vue divers, auxquels on peut se placer pour définir. Ainsi, on définit par la cause, par la matière, la forme, la fin, etc., etc. Sans doute on chercherait vainement ici les ingénieux développements de Condillac sur les définitions par la génération des idées ; mais les auteurs indiquent lessenliel, et surtout ils n'excluent rien. Enfin, ils terminent par cette remarque fort juste : (( Bien diviser et bien définir dépend beaucoup plus de la connaissance de la matière que Ion traite que des règles dé la logique. »

On peut voir, d après ce qui précède, ce que la science logique doit à MM. de Port-Royal, sur plusieurs questions

(0 Laromiguière^ Leçons de philosophie^ 1. 1, p. 32o. — (2) Logique de Port- Royal^ i« part., ch. Xii.

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de méthode, sur l'analyse, sur la syntlièse, les définitions de noms et de choses. On reconnaît . facilement qu'ils suivent les traces de leurs illustres devanciers, Descartes et Pascal, et qu'ils sont pénétrés de leur esprit. Comme eux et comme plus tard Malebranche, ils prennent leurs modèles d'analyse et de synthèse, principalement dans les mathéni^tiques. Ils s'appliquent aussi à donner à la méthode cette simplicité que le moyen-âge n'avait jamais soupçonnée. N'oublions pas qu'après avoir exposé avec une rare précision toutes les vieilles règles de syllogisme, règles générales et règles particulières aux figures et aux modes, ils ont réduit toute cette législation si compliquée à ce seul principe, que tune des deux propositions doit contenir la conclusion^ et Vautre faire i^oir qu!elle la contient (1).

Nous aimerions à insister uniquement sur les qualités de la logique de Port-Royal. Mais cette étude ayant pour but d'en déterminer la valeur relative, nous ne pouvons passer sous silence les défauts qui nous frappent dans cet ouvrage.

On a reproché avec raison aux logiciens de Port-Royal de n'avoir rien dit de la méthode expérimentale, et cela, à une époque où le Novum organum avait déjà un demisiècle d existence. Cette lacune en amène une autre. Arnauld et Nicole, qui aiment à combattre les habitudes scolastiques, sont fort incomplets sur la question de l'usage et de l'abus du syllogisme. C'est que, pour signaler le principal défaut de la méthode syllogistique, il fallait se placer au point de vue de Bacon. Chose singulière I Ces philosophes qui veulent que la philosophie ne reste pas dans les hauteurs de la spéculation pure, n'ont pas, comme Bacon et Descartes, le pressentiment de l'avenir réservé aux scien-

(i) Logique de Port-Royal^ 3* part., ch. XXL

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