CHAPITRE PREMIER
Comparaison entre li|. doctrine logique de Gondillac et celle des principaux philosophes français du XVIP siècle.
Les philosophes du xvu* siècle auxquels uous comparerons Gondillac, sont Descartes, Pascal, les auteurs de. la logique de P. -Royal et Malebranche. Mais auparavant , nous ferons quelques observations générales sur la philosophie de xvu^ siècle et celle du xvui". Il sera facile de voir jusqu a quel point ces observations s'appliquent aux auteurs que nous avons à comparer ensemble.
$ I. — La philosophie française du 17* siècle et celle du i8«. — Progrès
représenté par Gondillac.
En passant du xvii® siècle au xvui*, on trouve, dans la philosophie française, toul à la fois une décadence et un progrès.
Au moment où Leibnitz écartait de TAUematJjne Tinfluence de Locke, et opposait à la vieille sentence, nihil est in intellcctu quod non priîis fuerit m sensu, cette vive réponse que les condillaciens n ont jamais voulu comprendre, nisi ipse intvUectiis ^ la France allait s'ouvrir aux idées et aux ouvrages du philosophe anglais.
342 LA PHILOSOPHIK FRANÇAISE DU Wir SIÈCLE
Bientôt le public lettre devait lire, au début de Y Essai sur V entenxlement humain^ cette longue réfutation des idées innées, où Locke n'épargne à la théorie cartésienne aucune objection, aucune chicane. Plusieurs causes devaient amener chez nous le triomphe de la doctrine de Locke. Aux (! érites qui la distinguent s ajoutaient lengquement pour tout ce qui venait de Tautre côté du détroit, la réaction contre le règne de Louis XIV, l'alliance momentanée du sensualisme et des idées dé réforme et de liberté, le discrédit de la physique de Descartes remplacée par celle de Newton, la protection officielle accordée au cartésianisme longtemps persécuté. Sous ces influences diverses, tout allait bientôt changer, ou^ du moins, se inodiBer profondément dans la philosophie française.
Au premier coup d'œil, la décadence est visible, au moins dans la philosophie pure. Ce n est plus ce dogmatisme aussi ferme qu'élevé des disciples de Descartes; ce n est plus ce vol hardi de la pensée métaphysique. La philosophie est descendue du ciel sur la terre, et elle tend à se confondre avec les sciences physiques et naturelles. Ne juger que sur le rapport des sens, n'apercevoir de réalité que dans ce qui est visible à l'œil et tangible à la main, voilà ce que personne alors ne trouve bas et grossier. Aussi fait-on table rase de tout ce qui a un air de spéculation pure. On ne comprend plus les monuments immortels de l'âge précédent ; à peine en garde-t-on un faible 'Souvenir.
Les nouvelles voies où la philosophie s'engage l'éloignent, à notre avis, des grandes vues et des idées fécondes. <]ependant il est facile de ressaisir, au sein même de cette décadence, la trace du progrès. Par cela même que