‹ Les Théories Sociales de Louis BlancChapitre 19 sur 162 · Conférence du 25 mars · texte numérisé non relu

Conférence du 25 mars

Var

privée ou qu'elle soit confiée aux pouvoirs publics, est certainement impuissante à réparer les injustices de la fortune. Louis Blanc a raison de s’en défier et de n’y voir qu'un palliatif insuflisant pour supprimer la misère. Beaucoup de pauvres, en effet, ne seront pas secourus. Les pauvres honteux, qui sont souvent les plus dignes d'intérêt, n'osent pas demander des secours, et la répartition ne pourra être faite équitablement. C’est peut-être pour cela que la charité n’a jamais été organisée en France par la loi. Cependant, plusieurs Constitutions, depuis 1789, ont reconnu le droit à l’assistance. Le décret du 28 juin 1793 s’occupait même de l’organisation des secours, mais il ne fut jamais exécuté. L'Assemblée Constituante, sur la proposition de Malouet, avait nommé un comité pour l'extinction de la mendicité. Le rapporteur, le duc de Larochefoucauld- Liancourt, déclare que l’assistance des pauvres est une charge nationale, mais il reconnaît qu’elle est difficile à exercer. « Le législateur, dit-il, continuellement placé entre la crainte de ne donner qu'une assistance incomplète et de laisser ainsi des malheureux sans secours ou sans la masse de secours qui leur est nécessaire, et la crainte d'accroître, par une assistance trop entière, le

nombre de ceux qui voudraient être assistés, et,

AR OT par conséquent, l’oisiveté et la fainéantise, doit éviter soigneusement ces deux écueils. Ils se touchent de bien près. Insuflisance de secours, c’est cruauté, barbarie, manquement essentiel aux devoirs les plus sacrés. Assistance superflue, c’est destruction des mœurs, de l'amour du travail, c'est désordre, c’est injustice enfin, puisque c’est emploi des fonds publies par delà l’exacte nécessité ». L'expérience d’un siècle vient prouver que ces craintes étaient fondées, et il n’est que trop vrai que l'assistance publique ne répartit pas toujours équitablement les secours. La tâche est difficile et certaines erreurs sont inévitables. La charité publique ou privée soulage bien des infortunes ; son rôle se borne là. Mais loin de supprimer la misère, elle tend plutôt à la perpétuer, car elle est un encouragement à l’imprévoyance. L’ouvrier, comptant sur l'hôpital en cas de maladie et sur lasile pour le temps où il ne pourra plus travailler, vit au jour le jour et ne songe pas à épargner.

Il en sera ainsi de tous les moyens employés, et, à moins d’une transformation sociale difficile à prévoir et encore plus difficile à réaliser, on ne pourra arriver à supprimer complètement la misère. Mais s’il est impossible de détruire

le mal, on peut au moins tenter de réduire son

90 EE domaine, et la soeiété doit tendre constamment vers ce but. « De quel droit aflirmer, dit Louis Blanc, que c’est seulement le tiers, le quart, le cinquième du mal résultant de la misère qu'il est donné au genre humain et à la science de détruire ? De quel droit marquer sur la route du progrès la limite qu’il est permis à l’homme d’atteindre et qu'il ne lui est pas permis de dépasser ?' » Il ne faut donc jamais se montrer satisfait des résultats obtenus et ne pas craindre d’expérimenter toujours de nouveaux moyens.

L'assurance sociale serait un moyen bien préférable à l'assistance telle qu'elle est organisée actuellement dans la plupart des États. Elle suppose l'existence d’un fonds de secours à la constitution duquel l’ouvrier ne peut rester complètement étranger, et elle permet ainsi de discerner facilement l’homme laborieux, victime de circonstances difliciles, du paresseux qui est peu digne d'intérêt. De plus, l’ouvrier concourant lui-même à la constitution du fonds aurait un droit à être secouru et il n'aurait plus à rougir comme s'il recevait une aumône.

Ce système a été proposé il y cinquante ans par

Vidal, Constantin Pecqueur et Emile de Girardin.

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