‹ Les Théories Sociales de Louis BlancChapitre 3 sur 162 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Louis Blanc, adversaire acharné de la bourgeoisie, était d'origine bourgeoise. Il naquit le 29 octobre 1811, à Madrid, où son père exerçait les fonctions d’intendant général des finances de Joseph Bonaparte. Sa famille rentra en France après la restauration des Bourbons, et il fit ses études au collège de Rodez. Ses études terminées, la pauvreté l’oblige à partir avec son frère pour aller chercher une situation à Paris. Secouru par un oncle de sa mère, Ferri Pisani, qui était conseiller d'Etat, Louis Blanc étudia le droit chez un avoué nommé Collot, et, le soir, il donnait des leçons de mathématiques et faisait des travaux de copie pour vivre. Il fréquentait en même temps un ami de sa famille, M. Flaugergues, ancien président de la Chambre des députés, qui lui inspirait le goût des questions politiques.

En 1832, il trouva une place de précepteur chez M. Halette, mécanicien à Arras, où il resta deux ans. IL prit part aux concours académiques de cette ville par deux poèmes, l’un sur Mirabeau, l’autre sur l'hôtel des Invalides, et par un éloge de Manuel. En même temps, il collaborait à deux journaux, le Propagateur et le Progrès du Pas-de-Calais.

me

Il revient à Paris en 1834 et présente au National une étude sur le xvirie siècle où il proclame la supériorité de J.-J. Rousseau, le représentant de la démocratie, sur Voltaire, le héros de la bourgeoisie, vil courtisan des princes. Il collabore à la Revue démocratique qui fut atteinte peu de temps après par les lois de septembre, à la Nouvelle Minerve et au Bon Sens. Il devint rédacteur en chef de ce dernier journal le 1* janvier 1835. Il se retira au bout de dix-huit mois par suite d’une divergence avec le conseil d'administration sur la question de l’exploitation des chemins de fer. Quelque temps après, il fonde une nouvelle feuille, {a Revue du Progrès, politique, sociale et littéraire, où il aborda toutes les questions sociales à l’ordre du jour. Le 15 août 1839, il publia un « Compte rendu des idées napoléoniennes » qui fit sensation. Il prédisait notamment qu’une restauration bonapartiste ne saurait être que « le despotisme moins la gloire, les courtisans sur nos têtes moins l’Europe à nos pieds, un grand nom moins un grand homme, l'empire enfin moins l’empereur ».

Vers cette époque, il fut victime d’un attentat dont les auteurs sont restés inconnus. Rentrant le soir à son domicile de la rue Louis-le-Grand, il fut attaqué, roué de coups et laissé pour mort. Il dut garder le lit pendant plusieurs semaines.

C’est dans la Revue du Progrès qu'il publia pour la première fois « l'Organisation du travail », qui fut ensuite imprimée à part. L'idéal qu’il propose, c’est « l'absorption de l'individu dans une vaste solidarité où chacun aurait selon ses besoins et ne donnerait que selon ses facultés ». Malgré l'inégalité du travail produit, les salaires seraient égaux. Dans l'atelier social, le mobile de l'intérêt individuel fera place au dévouement de chacun au bien de tous.

LRSPE Ds

Ces idées, et la publication de l'Histoire de dix ans qui parut en 1841, lui valurent une grande notoriété. En 1847, il publia les deux premiers volumes de l'Histoire de la Révolution, et au mois de décembre il présida à Dijon un grand banquet réformiste. Dans un discours très applaudi, il fait la critique de la monarchie constitutionnelle et il réclame la suppression du cens électoral et Le suffrage universel.

Les évènements politiques vinrent bientôt l’arracher à ses travaux et le porter au pouvoir. Nommé membre du Gouvernement provisoire, son premier acte fut de faire promulguer un décret qui abolissait la peine de mort en matière politique. Mais il ne put triompher de l'opposition de ses collègues, lorsqu'il proposa la création d’un ministère du Progrès. A la suite de cet échec, il donna sa démission, mais il consentit à la retirer sur les instances de ses collègues qui craignaient qu'elle ne provoquât une émeute dans la rue. Pour lui donner une compensation, on créa la fameuse commission du Luxembourg, qui prit le nom de « commission du gouvernement pour les travailleurs », et on lui en confia la présidence. Louis Blanc accepta cette fonction, bien qu'il fût convaincu de son impuissance. Dépourvue de ressources, n'ayant aucun moyen de faire exécuter ses décisions, la Commission ne put faire aboutir aucune réforme. Elle se heurta d'ailleurs au mauvais vouloir de la majorité modérée du Gouvernement provisoire, qui, pour achever de la discréditer, décida la création des ateliers nationaux, que les adversaires de Louis Blanc ont voulu faire passer à tort pour une application de ses théories.

Elu membre de l’Assemblée constituante à Paris et en Corse, il opta pour Paris. Lors de l'attentat du 15 mai, il

essaya vainement de calmer le peuple ; il ne réussit qu'à

NES compromettre sa popularité, sans réussir à déraciner les défiances que ses opinions avancées avaient éveillées dans l'esprit de ses collègues. Des amis trop Zélés l'enlevèrent sur leurs épaules et lui firent faire ainsi par deux fois le tour de l’Assemblée, triomphe éphémère qui devait lui coûter vingt-deux années d’exil. Une première demande en autorisation de poursuites contre lui fut repoussée à une faible majorité, le 3 juin. Mais à la suite des journées de Juin, la proposition fut reprise, et, dans la nuit du 25 au 26 août, les poursuites furent autorisées par 504 voix contre 252. Grâce à l’aide que lui prêta un député de la droite, Charles d'Aragon, il réussit à quitter la France pour gagner la Belgique et de là l'Angleterre. Dans son audience du 3 avril 1849, la Haute Cour, réunie à Bourges, le condamna par contumace à la peine de la déportation.

L’exil lui permit de reprendre ses travaux littéraires un moment interrompus. Il termina l'Histoire de la Révolution, pour laquelle il utilisa les riehes collections du « British Museum ». Il signa la protestation contre l’amnistie du 15 août 1849, et préféra l'exil à la domination impériale. Il ne rentra en France qu'après la proclamation de la République.

Le Gouvernement provisoire, comptant sur les relations que Louis Blanc s'était créées en Angleterre pendant l'exil, lui confia la mission d'aller solliciter de M. Gladstone une intervention officieuse en faveur de la France. Mais l’étatmajor allemand lui refusa un sauf-conduit et il ne put sortir de Paris. Il fit son devoir de citoyen comme simple soldat dans la garde nationale, et, dans divers articles du journal le Temps, il critiqua les lenteurs et les atermoiements du gouverneur militaire de Paris. Il refusa de participer au mouvement insurrectionnel du 31 octobre et

déclina toute candidature aux élections du 5 novembre.

ND

Elu membre de l’Assemblée nationale, le 8 février 1891; par le département de la Seine, il soutint que l’Assemblée n'avait que le droit de faire la paix ou la guerre, et il se prononça pour la lutte à outrance. «Que faut-il pour nous sauver? disait-il. Il faut la foi, la foi patriotique dans les chefs, entendons-nous, dans les chefs ; il faut cette foi patriotique qui sauva, du temps de Jeanne d’Are, la vieille France monarchique, et qui, plus tard, sous la Convention, sauva la France républicaine ‘ ».

Il blâma la Commune de Paris, et l'intention qu'elle avait de substituer son autorité à celle du pouvoir central. Quand les troupes régulières entrèrent dans Paris, l’incendie des entrepôts de la Villette détruisit son mobilier, sa bibliothèque, ses papiers et le manuscrit d’un ouvrage sur les Salons au xvi° siècle, dont il ne nousreste que quelques fragments.

A l’Assemblée nationale, il siégea à l'extrême gauche. Dans la discussion des lois constitutionnelles, il déclara que la République ne pouvait être mise aux voix. Il refusa de voter la Constitution qu'il trouvait trop peu démocratique et, jusqu’à sa mort, il en demanda la révision. Lors de l'attentat du 16 mai, il fit partie des 363 et fut réélu en même temps qu'eux. En 1876, il avait fondé un nouveau journal l’Homme libre.

En janvier 1879, il présenta et soutint le projet d'amnistie. La clémence, disait-il, est l'apanage des gouvernements forts, et la République est assez solidement établie pour pardonner à des hommes victimes d’un entraînement passager.

A la Chambre des députés, il prit part toutes les dis-

cussions importantes, mais il n'eut jamais une grande

Page 1