Lassalle. Op. cit., p
fondée par Anseele, ont fort bien réussi, et une partie des bénéfices est consacrée à la propagande socialiste. En France, on avait espéré le même rôle pour la verrerie ouvrière d'Albi, mais jusqu'ici cette attente a été trompée et le succès n’est pas venu couronner les efforts.
Chez nous, les sociétés coopératives de production jouissent d’un véritable régime de faveur. Comme le fait remarquer avec raison M. Hubert- Valleroux', on en a fait une véritable classe de privilégiés. En 1848, un décret de l’Assemblée nationale, rendu sur la proposition de Louis Blanc, avait mis à la disposition du gouvernement un crédit de trois millions pour encourager les associations d'ouvriers et les associations mixtes d’ouvriers et de patrons. On répartit seulement 856,000 fr. entre 26 sociétés ouvrières; dix-sept de ces sociétés avaient déjà disparu en 1855. Actuellement, il y a chaque année au budget un crédit de 150,000 fr. qui sont répartis entre les sociétés en subventions variant de 500 à 5,000 fr. Non content de leur accorder des secours, le gouvernement a créé pour elles une situation exceptionnelle. Dans les adjudications de travaux publies, à rabais égal, elles sont préférées aux parti-
1. Hubert-Valleroux. Les associations coopératives en France et à l'étranger.
culiers ; l'administration peut même traiter de gré à gré avec elles pour les travaux peu importants. Sile montant des travaux ne dépasse pas 50.000 fr. elles sont dispensées de fournir un cautionnement, avantage important si l’on songe que les entrepreneurs qui n'ont pas d’avances sont obligés d'emprunter à 5 et 6 °/, tandis que l'Etat leur verse seulement un intérêt de 2 1/2 °/.. Enfin, elles sont payées par acomptes tous les quinze jours.
D'où vient que malgré tant d'efforts les sociétés coopératives de production ne prospèrent pas. Cela tient à des causes nombreuses. D'’ordinaire elles ont des débuts très pénibles et il faut aux ouvriers une force d'âme peu commune pour résister. La verrerie ouvrière d'Albi a pu se constituer avec des capitaux importants provenant de la générosité de donateurs philanthropes, mais il n'en est pas toujours ainsi. Les mineurs de Rive-de- Gier ont dû se contenter pendant plusieurs mois d'un salaire de un franc et de deux francs par jour et beaucoup, découragés, abandonnèrent l’entreprise. Si on considère ce qu'ont dû endurer au début les membres de certaines sociétés, on n’est pas surpris qu'ils refusent d'accepter de nouveaux adhérents, pour ne pas partager le profitavec ceux qui n’ont pas été à la peine. Il est même étonnant
qu'avec le régime de concurrence, les sociétés ou-
vrières puissent résister. Louis Blanc le disait avec raison, le succès appartient toujours aux gros capitaux. Or les capitaux ne sont pas du côté des ouvriers. Le plus souvent ils n’ont d’autre capital que leurs bras, et ils souscrivent, pour satisfaire la loi, des actions qui ne seront jamais libérées. Comment pourront-ils lutter contre les capitalistes ? La moindre crise économique les fera succomber. L'industriel qui a des avances peut attendre. Si un engorgement se produit sur le marché, son personnel pourra chômer pendant quelque temps, mais il n’en souffrira pas luimême. Au contraire, l’ouvrier, qui vit au jour le jour, a besoin de son salaire pour vivre. Les fournisseurs ne lui feront pas crédit longtemps. De là, pour les travaux publics, le paiement d’acomptes tous les quinze jours. Si la crise se prolonge, elle n'aura d'autre issue que la liquidation de la sociélé.
Les associations coopératives ne se heurtent pas seulement aux défiances des socialistes : la bourgeoisie les voit également d’un mauvais œil. La clientèle bourgeoise ne veut pas les employer ni acheter leurs produits. Elle ne tient pas à favoriser des institutions qui tendent à rien moins qu’à révolutionner la société. Les fournisseurs de ma-
tières premières, craignant de ne pas être payés,
— A1 — hésitent à leur vendre. Il est vrai qu’elles ont trouvé un débouché important auprès des associations coopératives de consommation, qui ont pris une grande extension depuis un demi-siècle et sont en pleine prospérité. Et tout porte à croire que leur nombre ira toujours croissant.
Cependant, il ne faudrait pas se faire trop d’illusions sur les avantages qui en résulteraient pour la classe ouvrière. Toutes les coopératives qui se fondent ont plutôt en vue l'intérêt particulier de chacun de leurs membres, que le profit commun du prolétariat. Leur point de départ est done tout autre que celui de Louis Blanc, qui a en vue le bonheur de l'humanité toute entière. Ce but ne peut être réalisé par les sociétés coopératives. Elles arriveraient difficilement à tout englober dans leur réseau, et les socialistes contemporains ont raison d'affirmer qu’elles n’aboutiront qu'à transformer un petit nombre d'ouvriers en patrons. Il serait donc vain d'en attendre la suppression du prolétariat. Louis Blanc l’a compris, et c’est pour cela qu'il proposa l'association universelle, avec l'intervention et sous le patronage de l’Etat'. Malheureusement, la réalisation de son plan ne nous
apparait pas comme prochaine. En 1806, Fourier