‹ Les Théories Sociales de Louis BlancChapitre 99 sur 162 · Organisation du travail, p · texte numérisé non relu

Organisation du travail, p

2, Jbid., p. 63 et 64.

l’usine tend à la détruire, car il sépare les membres de la famille pendant toute la journée. Il ne faut pas s'étonner que l'enfant du pauvre, que la dure loi du travail sépare de ses parents dès qu'il a l’âge de raison, n’éprouve souvent guère d’attachement pour eux.

Et c’est une des raisons qui viennent contredire la thèse émise par Louis Blanc, que la famille peut exister sans l'hérédité et par suite sans le patrimoine. On peut constater que la famille se disloque beaucoup plus tôt dans les classes pauvres que chez les riches. D'ordinaire, l'enfant du pauvre quitte ses parents dès qu'il est assez fort pour gagner lui-même sa vie par son travail. Dans la bourgeoisie, il est rare que les membres de la famille se séparent avant que les enfants ne se marient pour fonder une nouvelle famille. Et on peut en conclure que la famille n’est pas seulement basée sur une mutuelle affection, mais aussi sur une communauté d'intérêts. C’est l'absence de cette dernière base qui fait que ie concubinage est beaucoup plus fréquent chez les ouvriers que dans la bourgeoisie. Les pauvres qui unissent leur misère n’ont pas besoin des formalités nombreuses et coûteuses que nécessitent le mariage civil et le mariage religieux. Toutes ces formalités pour-

raient être simplifiées sans inconvénient. Le con-

sentement des parents, par exemple, inspiré de la patria polestas romaine, n’a pas sa raison d’être dans une législation comme la nôtre. On s'étonne que l'individu majeur, qui peut donner tous ses biens sans l'assistance de ses auteurs, ne puisse disposer de sa personne sans leur consentement.

Louis Blanc commet encore une erreur qand il dit que la famille est l'œuvre de Dieu et que l’hérédité vient des hommes. Ni la famille ni l’hérédité ne sont de droit naturel, et les variations nombreuses de son organisation à travers les âges en sont la preuve. La plupart des philosophes prétendent qu’à l’origine du monde, iln’y avait pas de famille. Les hommes vivaient isolés ; il est possible même qu'ils se considéraient en ennemis et que suivant l'expression de Hobbes, l’homme était un loup pour l’homme. D’après Morelli et J.-J. Rousseau, il n'avait avec la femme que des rapports passagers. Dans un tel état de choses, l’enfant ne connaissait pas son père et les relations qu'il avait avec sa mère cessaient dès qu'il pouvait vivre seul. Cette situation semble avoir duré longtemps, et on en trouve des survivances dans l’antiquité si on en croit les récits d'Hérodote, de Strabonet de Xénophon. De leur temps, le mariage était

encore inconnu chez un grand nombre de peupla-

des de l’Asie et de l'Afrique, dé même que chez les Scythes, les Nasamons, les Massagètes, les Garamantes. M. P. Gide raconte ‘ que dans ces pays «les hommes et les femmes s’accouplaient au hasard comme les mâles et les femelles d’un troupeau. Quand l'enfant était devenu grand, la peuplade réunie l’attribuait à l’homme avec les traits de qui il avait le plus de ressemblance et qui était présumé en conséquence être son père ». D’après Hérodote, chez les Lyciens, la généalogie s'établissait par les femmes, et de nos jours, le matriarcat existe encore à Ceylan, à Sumatra et au Thibet.

Ilest si vrai que la famille est une institution humaine, qu’à l'époque actuelle elle est organisée différemment suivant les pays. Pendant que la polygamie règne dans les pays d'Orient, les nations d'Occident admettent seulement la monogamie. La diversité des régimes se justifie par la différence des climats. Sous l’ardent soleil des pays chauds, la femme est nubile de bonne heure, mais elle se flétrit très vite, tandis que l’homme conserve toute sa force. De là la nécessité pour un homme d’avoir plusieurs femmes.

On peut dire, en faveur de la monogamie, qu’elle

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