‹ Les thèses de l'ancienne Faculté de Médecine de ReimsChapitre 65 sur 67 · Acte do doctorat à Paris, de H.-M. Missa, 10 octobre · texte numérisé non relu

Acte do doctorat à Paris, de H.-M. Missa, 10 octobre

Henri-Michel Missa était originaire de Saint-Thici ry , près Reims il fut niodocin de 1 armée en Alh magm , censeur royal. Toussaint-Claude Na\iei lui a dédit; une thèse.

1777. An Morbis putridis epidemicè grassantibus Vinum spumans Companum? Ail., 14 mai. (Voyez thèse n° 270 et traduction.)

1778. An tum exoticis, tum indigenis Vinis, præcellat Campanum? Aff. Thèse de Paris. 2 juin.

Bac., H. -Hercule-Champagne Dufresnoy, deChàlons (auteur) — Pr., Solierdela Homillais.

Rendue à Reims, le 20 juillet 1782 (tr. Luyt, bac., D. Le Camus, pr.), et le 16 janvier 1783 (J. Marcou, bac.; Cl. Navier, pr.).

1844. Catalogue des Imprimés de la Bibliothèque de Reims, t. Il, (par M. Maldan). 1844, page 270.

1846. Essai sur l’histoire du Vin de Champagne, par M. Max. Sutaine. Séances et Travaux de l'Académie de Reims,' III, pages 34, 92 * 150 et 199.

1855. La querelle des Vins de Bourgogne et de Champagne. — Beaune et Bibracte, par L. Paris. — Le Cabinet historique. Tome I, page 178.

1807. La Légende du Vin de Champagne, par M. Lasserre. Travaux de l’Académie de Reims , 1867-1866. \ol. 47, p. 194.

1882. A History oî Champagne, by Henry Vizctelly. London. In-4°. (Chap. IV : The Battle of llte )\inesj

Lettre inédite sur la querelle du Vin de Champagne . et de Bourgogne.

A Monsieur Pécheur.

Monsieur

De Beaune, le 28 novembre 1706.

Ne pouvant retourner sitôt en Champagne, je crois devoir vous informer de ce qui se passe icy et des effets que vos lettres contre le vin de Bourgonne y ont jusqu’à présent produit ; tout est en mouvement, l’on a publié ban et arrierbanc de gens de lettres pour fouiller les archives de la province ;

' lesDoms Titriés (sic) de tous les couvons sont en œuvre et chacun travaille à la déffence de la patrie. Mess. Les Salins, dont la division pou voit estre nuisible au party se sont réunis pour mettre en estât les armes offensives et deffensives qui seront tirées de plusieurs cabinets de sçavans. Une des meilleures pièces qui leur ait esté desjà mise en main est un recueil qu’ils m’ont fait voir de vieilles loix faites par Gondebauld Roy de Bourgonne en cinq cent, où il se trouve trois articles de règlemens pour les vignes du pais ; ils prétendent que cette preuve de l’antiquité des vignes de Bourgonne* effacera celle que vous tirrez en faveur des vostres du Testament de S1 Remy si contesté par les scavans, dont la plupart croyent qu’il y a plusieurs articles adjoutés après coup pour assurer la possession de quelques biens qui y sont énoncés a ceux qui manquoient de titre pour en jouir paisiblement. Aotre piétendue porte de Baccus, qui ne contient dans tous ses basreliefs aucun symbole Bachique, loin d’entrer en preuve, disent-ils, pour le temps où l’on rcvéroit les fausses divinités

à Reims, comme vous l'avancez, fut, selon Marlot, même dans son origine un arc de triomphe érigé en 'l’honneur fie quelque Empereur Romain ; ayant servi de porte dans la suitte, On luy a donné plusieurs noms successivement, et ce n’est que 700 ou 900 ans après vostre époque qu’elle se trouve nommée porte de Baccus dans quelque titre du 13me siècle, nom qu’elle n’a pas conservé.

Vos preuves sur l’ancienne réputation de vos vins ne leur paraissent pas meilleurs que celles que vous alléguez pour l’antiquité de vos vignes. L’empereur Yenceslas étant venu à Reims en 1398, il y trouva (dit vous) le vin si excellent qu’il s’enivra dès le matin. Belle conséquence (répondent-ils), comme s’il ne falloit (pie du bon vin pour enivrer un Allemand. Ils ont voulu sçavoir si ce que vous annonciez sur la bonne foy de S. Evremond estoit plus solide : mais il est trouvé qu’il n’y avoit ni preuve, ny même aucune tradition dans ceci de tout son Roman, à moins qu’il n’ait pris des enseignes de cabaret pour des inscriptions de maisons de prince comme le malheureux Don Quichot prenoit une melonière pour un Palais enchanté (1), et ils ont conclu qu’avec d’aussi foibles argumens soit de l’antiquité de vos vignes, soit de l’ancienne réputation de vos vins, vous ne pouviez mieux faire que d’abandonner à la Bourgonne le droit d’aînesse à l’égard de l’un et l’autre ou plustôt de maintenir que ce droit n’a pas de lieu dans l’empire de Baccus, persuadé que vous est, qu’une bouteille de bon vin et prest à boire mérite plus d’éloge que cent autres trouvés excellents il y a mil ans. Mess. Les Salins veulent bien vous allouer ce paradoxe, et, sans tirer avantage du passé, réduire l’estât de la dispute au mérite présent de l’un ou l’autre viu, et, pour emporter leur préle-

(1) Les Bourguignons en voulaient à Saint-Evrcmont, qui écrivait, eu 1671, au comte d’Olonnc :

« N’épargnez aucune dépense pour avoir des vins de Champagne, fuyiez-vous à deux cents lieues de Paris. Ceux de Bourgogne ont perdu leur crédit avec les gens de bon goût; à peine conservent-ils uu reste d; vieille réputation chez les marchands. »

rencc, leur premier soin est de se maintenir dans la nouvelle pocession où ils sont de fournir le nectar à la table des Dieux (1) : pour ce sujet, on redouble présens, vo*u\ et saerilices à ce petit Dieu d’Esculape <|iù, avec sa baml>oche indique pour le boire et le manger le plus et le moins salubre, affin de l’engager à soutenir le vin de Bourgonne dans le crédit ou il l’a mis, convaincus qu’ils sont que l’exemple des dieux et l’amour de la santé leur feront plus de prosélites que tout vostre beau dire n’en pourra procurer au vins de Champagne. Pour les rassurer de l’alarme que vostre lettre leur avoit donné, il leur a fait dire depuis quelques jours à peu près ce qu’un somellier de l’Empereur Auguste dit à propos d un vin extraordinaire qu’il avoit choisy pour la bouche de cet empereur, novutn quidem sibi gustiun esse eum, sed Cæsarem non aliud pot ur uni (2).

Ils font de plus la dépense d’entretenir des correspondans ou des espions dans vostre ville même et 1 on m a fait voir une liste qu’ils ont reçue de tous les gouteux qui y sont, à la teste desquels ils vous ofit placé, Monsieur, avec cette observation que vous avez commencé de sentir les douleurs aigues de la goûte au moment que vous vous est mis en teste de publier vostre lettre contre le vin de Bourgonne. ^ ous comprenez bien que cette litanie servira de réponce à ce que vous avancez hardiment que vostre vin est si salubre qu il n y a point de gouteux chez vous.

Croiriez-vous qu’un de vos concitoiens, qui pour se dépaïser se dit habitant de Jérusalem, mais que j’ay sceu estre un de

’(l) Fagon faisait boire du Bourgogne à Louis XIV : «Il 0© r01) ne buvait depuis de lougues années, au li»u du meilleur vin de Champagne dont il avoit uniquement usé toute sa vie, que du vin de Bourgogne avec la moitié d’eau, si vieux qu il en était usé (^aint

Simon.)

(2) « La Vigne » a omis avec fntention un membre de phrase . « . o\ um quidam sibi esse eum, atque non ex nobilibus, sed Cæsarem non ahud poturum, » — « Le goût de ce vin ui est nou'eau, et n t.tpa. première qualité ; cependant l’empereur non boira pas d'autre. » (Plme, llist. natur., 1. xiv, 6. — Ed. Littré, vol. i, pag. 530.)

vos magistrats, à qui pour son mérite et pour son grand scavoir l’on a confié la garde des archives de vostrc ville, leur a envoyé copie d’un vieux mémoire de la dépense faite par les bourgeois au sacre de Philippe de Yallois en 1328, dont voici un article qui vous embarassera beaucoup. Il fut 1m 300 poinsons de vin tant de Beaune S'-Poursain que vin du pays. Le vin du pays coûtait 0‘ la queue jusqu’à 10'. Celuy de Sl-Poursain coûtait 12‘ la queue, celuy de Beaune 281 le tonneau : souvenez-vous de la différence du prix et tirez la conséquence. La patience d’un vieux Romain ne pouvait pas tenir contre cette trahison, si je n’ajoutais que la candeur de ce bon Israélite ne luy permetoit pas d’envoyer en Bourgonne un extrait de vingt années des registres des grosses fermes de votre ville que l’on luy avait demandé, parce qu’il a quelque habitude au bureau, sans y mettre à la teste ce trait de littérature, pour justifier par cet ancien exemple de vos pères sa conduite et celle des autres courtiers ses confrères qui, par cet extrait de vingt années, se trouvent avoir tirré autant de vin de Bourgonne qu’ils ont vendu de vin de Champagne ; il ne vous sera pas difficile de deviner à quel usage doit servir cet extrait. Si, selon vous, le débit des vins, le profit qu’ils aportent et le prix considérable de leur vente, est ce qui décide le mieux de leur mérite, combien vos courtiers anciens et modernes contribuentils à l’éloge des vins de Bourgonne.

Mess, les Salins prétendent que leur triomphe sera complet s’ils exposent seulement les raisons que donnent vos courtiers des grosses enlevés qu’ils font de vin de Bourgonne, tandis que par un Bourguignon n’en tire de Champagne.

Ils conviennent tous que, si la Bourgonne et la Champagne sont à peu près sous le même aspect du soleil, leur terroir cependant se trouve entièrement différent, que celuy delà Bourgonne, tout pierreux qu’il est, est d’une qualité si favorable à la vigne que les pluies et circonstances des saisons ni font aucun tort et que, pour peu qu’il fasse (l’esté, le raisin menrit entièrement, de manière que les vendanges y sont toujours faites que l’on les commence en Champagne: qu’il faut au cou-

traire des grandes chaleurs meslées de pluies douces pour hien mourir le raisin en Champagne, (pie le vent du Nord «pii y reigne souvent et les pluies froides retardent les vendanges, empeschent le raisin de mourir et luy laissent une certaine verdeur qui est si corrosive que c’est une espèce de poison • pour les poitrines faibles, les malades et les vieillards. Et comme depuis vingt ans à peine s’est-il trouvé deux ou trois estes favorables aux vignes de Champagne, il ne faut pas s’étonner (disent vos courtiers) si dans les autres années ils ont fait de si grandes empiètes de vins de Bourgonne, dont ils trou voient plus de débit que du vin de Champagne, qu’ils ne pou voient faire passer qu’après les avoir apareillés avec quelque dose de vin de Bourgogne pour enlever leur verdeur. Ils conviennent que vos pères a voient une autre manière de parer à ce défaut, qu’ils corrigeoient entièrement en faisant cuver plusieurs jours le raisin avant que de le mettre sur le pressoir, ce qui rendoit le vin effectivement plus rouge et moins tendre, mais plus sain et très bon la seconde année. Cependant le goust des Flamans aiant depuis donné dans les vins nouveaux et entrans, la jalousie que l’on a eu à Reims de voir enlever les vins de Bourgonne par préférence à ceux de Champagne et que la ville même servit d’entrepost pour ce commerce, l’espérance d’enlever ce profit à la Bourgonne en vendant vos vins plus tendres et plus délicats, l’impassience de s’en deffaire ou plutôt ' l’impuissance de les conserver, quelques expériences aussi (pii ont réussi dans deux ou trois années entre vingt, sont cause

que chacun a quitté les vieilles maximes, que l’on a détruit toutes les cuves, et que sans aucun examen de la qualité des terroirs, de la maturité du raisin et de la manière dont.il avoit esté noury de froid ou de chaud, on a indifférament tout jetté sur le pressoir au sortir de la vigne. De là(concluent vos courtiers) tant de vins verds, tant de vignerons de vostre montagne ruinés, tant de familles de vostre ville incommodées.

Après cet aveu sincère de vos compatriotes, Mess. Les Salins prétendent qu’il ne faut ny thèse ny alambic ny astrolabe pour décider la question, (pie la préférence doit estre adjugée au

\ ignoble qui reglement produit le vin le plus salubre, le plus agréable et le plus entrant, et non pas à celuy qui n’y réussit que très rarement, que par conséquent la Bourgonne doit emporter la victoire et la palme, et conserver le titre glorieux de mère des vins ( Morevi , article Bourgonne), qu on ne poura lu y disputer l’un et l’autre tant qu’elle sera en possession de fournir la boisson aux testes couronnées, tant que vos courtiers viendront luy faire hommage, tant que gens de bon goust de vostre ville (1), qui auront des présens à taire à Rome, y envciront tous les ans du vin de Bourgonne par préférence à celuy de Champagne, enfin tant que subsistera à Reims ce proveibe si opposé à vostre thèse qu’il n’y a pas de plus méchant héritage que les vignes.

Si après tant de menus suffrages mis en œuvre, vous n’estes pas fait quinaux et mis de cul, ils ont résolu de vous citer devant l’oracle de la dive Bouteille, Panurge y aiant trouvé le vin de Beaune meilleur que oneques iamais il ait bu, en sorte qu’il souhetait avoir le «ou de trois coudées pour plus longtemps le savourer ; c’est un préjugé que la décision de l’oracle

sera toute favorable à leur cause.

Voilà, Monsieur, partie des mémoires sur lesquels Mess. Les Salins prétendent travailler et dont j’ay pu avoir communications ; si je peux découvrir autre chose qui en mérite la peine, je vous en feray part ; disposé vous à répondre plustôt que vous n’avez fait à leur première lettre, un silence de 5 à 6 ans ne vous a pas fait d’honneur.

Votre très humble et obéissant serviteur

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