INTRODUCTION
Paris se trouvait complètement investi le 19 Septembre 1870 et ne pouvait plus correspondre que par pigeonsvoyageurs et par ballons.
Pour le sujet que nous allons particulièrement étudier ici, c’est-à-dire les timbres-poste, nous devons tout de suite dire, que par le fait de l'investissement, la France allait se trouver sans vignettes postales dès que les approvisionnements départementaux se trouveraient épuisés, puisque le matériel de fabrication était à Paris.
Le Gouvernement de la Défense nationale, qui s'était transporté à Tours dés le 13 Septembre, s’occupa aussitôt de la fabrication des timbres.
Par une lettre datée du 30 Septembre 1870 et signée par M. de Roussy, délégué du Ministère des Finances à Tours, nous trouvons le premier document relatif aux timbres-poste à émettre; cette lettre était adressée à M. de Maintenant, inspecteur général des Finances:
,La Monnaie de Bordeaux pourrait être chargée de la fabrication des timbres provisoires et dont l’exécution serait rendue aussi simple que possible par l’adoption du modèle ci-inclus (était dessinée une figure schématique se composant d’un rectangle grossièrement tracé et portant en haut les mots Posfes, et dessous sur deux lignes République française et enfin la valeur 7/0 Centimes.)
Quatre types de timbre (1, 4, 10, et 20 centimes) pourraient, à la rigueur, faire face aux exigences pré-
sentes et, pour simplifier, il ne serait pas nécessaire .
que ces timbres fussent séparés par le pointillé actuel. Je vous prie donc de vous entendre avec le directeur actuel de la fabrication des Monnaies à Bordeaux, pour être en mesure de confectionner, tous les jours, à partir de ce mois, environ 4000 feuilles de 300 timbres chacune.
Vous aurez aussi à étudier, de concert avec le directeur de la Monnaie, les moyens à adopter, dans la fabrication, pour éviter toute contrefaçon (1). C'est un point essentiel sur lequel j'appelle toute votre attention (?). Je recommande cette question d’une manière spéciale à votre expérience et vous serai très obligé de me rendre compte au plus tôt du résultat de vos démarches.“
Le Directeur de la Monnaie de Bordeaux, était M. Delebecque qui avait dirigé jadis les ateliers de Stras-
bourg, et était réputé comme très compétent pour
la frappe des monnaies, on le supposait donc capable d'organiser la fabrication des timbres-poste.
Le 12 Octobre 1870, M. Steenaekers était nommé directeur général des Postes et Télégraphes; dès le 21 Octobre, il s'occupait de la fabrication des vignettes postales, et écrivait à cette date au directeur des Monnaies de Bordeaux:
»M. de Maintenant a fait connaître au Ministre des finances, que vous étiez en état de fabriquer, dans un bref délai, les timbres nécessaires à l’affranchissement des correspondances.
(1) Nous avons souligné avec intention cette phrase pour signaler combien les individus qui font partie de l’Administration ont une idée préconçue sur la mentalité des français.
(2) Ainsi on allait manquer de vignettes pour affranchir les correspondances, il fallait donc de suite songer à fabriquer des timbres, Eh bien pas du tout, ce qui était urgent, c'était d’étu-
dier les moyens d'éviter les contrefaçons; il faut croire que cela
était difficile, puisqu’après 50 ans on imite encore les 5 francs actuels de France,
dl 2 pe
Une décision du Ministre, en date du 19 courant, m'autorise, vu l’urgence, à m'entendre avec vous pour que la fabrication commence le plus tôt possible.
Le Directeur des Postes de la Gironde devant remplir les fonctions de garde- magasin (3) des timbrespostes, je lui écris aujourd'hui même une longue lettre qu'il vous montrera, et par laquelle je lui prescris de s'entendre avec vous et avec M. de Maintenant pour arrêter les dispositions à prendre afin d'éviter la contrefaçon des nouveaux timbres (?) et leur emploi après qu'ils auraient servi.
J'appelle toute spécialement votre attention sur ce point important et je ne doute pas que vous ne trouviez des procédés de fabrication qui enlèvent toute crainte à ce sujet“.
Dès le 22 octobre paraissait dans le Bulletin Mensuel de l'Administration des Postes une décision, du Ministre des finances, autorisant l'Administration à faire confectionner de nouveaux timbres-poste et des chiffres-taxe à la Monnaie de Bordeaux.
Auparavant, devant les bruits contradictoires qui circulaient le gouvernement avait fait publier l'avis suivant :
Moniteur Universel de Tours Vendredi 21 Re 1870 BULLETIN OFFICIEL
no de la
Direction Générale des Délégation du Gouvernement Télégraphes et des Postes. de la Défense Nationale
Avis au Public.
Plusieurs journaux annoncent qu'à partir du ler novembre les timbres-poste à l'effigie de l’ex-empereur
ne seront plus acceptés par les postes de France. Ces renseignements sont inexacts, l'Administration acceptera les figurines anciennes jusqu’à complet épuise-
ment. La raison de cette détermination est des plus simples; la poste a encore, dans ses caisses, un
__ nombre considérable de timbres, dont le prix de fabri-
cation représente une somme très importante. Les circonstances et l'intérêt bien entendu du trésor, font €) sic
un devoir à l'Administration, de réaliser toutes les économies possibles et ce n'est qu'après épuisement de l’approvisionnement actuel que l'Administration mettra en circulation les timbres de la République.“
Circulaire relative au Réapprovisionnement des Timbres
Tours, le 27 octobre 1870,
Une décision du ministère des Finances, en date du 19 octobre 1870, autorise l'Administration à faire confectionner de nouveaux timbres-poste et des chiffrestaxe à la Monnaie de Bordeaux. Des mesures sont prises pour que la fabrication commence immédiatement. Le Directeur des Postes de la Gironde remplira les fonctions de garde-magasin, qui rentraient, avant l‘investissement de la capitale, dans les attributions du chef de bureau du matériel. En conséquence, au reçu de la présente circulaire, les directeurs devront faire connaître à leur collègue de Bordeaux, le nombre, par catégorie des timbres, qui leur sera nécessaire, pour supprimer l’affranchissement en numéraire dans les bureaux qui ont été dépossédés de îigurines, en vertu de la circulaire du 30 septembre dernier. Toutefois, cette première commande devra être restreinte au strict nécessaire, c'est-à-dire que les directeurs ne devront demander que ceux des timbres réellement indispensables afin qu'il soit possible de renouveler l'approvisionnement dans tous les départements à la fois.
En vue de faciliter la tâche du Directeur de la Gironde, les timbres seront envoyés en bloc et accompagnés d‘une seule formule spéciale n° 964, aux chefs de service qui en feront ensuite la répartition entre les agents sous leurs ordres. Chaque directeur devra prendre les dispositions qui lui permettront de justifier, au premier appel, de l‘emploi des timbres qu‘il aura reçus. ({)
Les renseignements qui me sont parvenus, établissent que l‘approvisionnement actuel des timbres peut subvenir aux besoins des bureaux les plus importants jusqu'à la fin du mois prochain. J'ai remarqué, cependant, que certains départements étaient mieux approvisionnés que d'autres; aussi pour les cas où
(t) Comme on le voit c’est toujours la plus grande méfiance
qui régne dans l'administration.