‹ Les tombeaux des papes romainsChapitre 14 sur 37 · LATINES · texte numérisé non relu

LATINES

Que, chargé de deux fois six lustres, je mourus et je repose ici.

Le dernier soleil que j*ai vu était dans le signe de la Vierge,

Quand le vrai soleil, Dieu lui-même, me prit.

m LES TOMBEAUX

Si Ton jette un coup d'œil sur la série de papes qui suivirent, on les trouvera presque tous enterrés à Saint-Jean de Latran jusqu'à la fin du douzième siècle. On cherche, entre tous, le tombeau d'Urbain II, de ce pape qui, en 1095, prêcha la première croisade à Clermont, en France. Mais point de tom- .beau pour raconter cette histoire. On ne sait même pas s'il est enterré à Saint-Jean de Latran, ou au Vatican.

Il mourut à Rome, le 29 juillet 1099. Mais Pascal II, si connu par sa lutte avec Henri V, repose au Latéran. Innocent II, Grégoire Papareschi, de l'ancienne famille transtévérine, y est également enseveli. Chassé par l'antipape Anaclet, il se réfugia en

DES PAPES ROMAINS. lOS

France auprès du roi Louis VI; c'était le cinquième pape qui venait chercher près de lui une protection contre les Romains. En effet, Urbain II, Pascal II, ; Gelase II et Calixte II, s'étaient déjà réfugiés en France. Innocent mourut enfin à Rome, le 24 septembre 1143, après une vie toujours passée en voyage; mais il ne mourut pas en paix ; il mourut de la peur , que lui fit le soulèvement subit des Romains, qui, excités depuis longtemps par les doctrines d'Arnaldo de Brescia, se levèrent comme un seul homme, et sur le Capitole désert établirent la république, un sénat et un patricien, réduisant le pape au spirituel. Grande époque et si pleine, qui mérite bien la peine que prend Thistorien pour la décrire ! Innocent fut enseveli à Saint-Jean de Latran, dans l'urne de porphyre de l'empereur Adrien.

Ainsi un pape et un empereur d'Allemagne s'é-

taient partagé son cercueil ; car on se rappelle sans (Joute que le couvercle de porphyre du sarcophage ^ d'Adrien avait servi à former autrefois la tombe d'Othon II. L'incendie de la basilique latérane a ' malheureusement ruiné ce tombeau de fond en com-

ble; car la magnifique nrne de porphyre fut mise en pièces par la charpente qui vint à s'écrouler, et si bien qu'on en jeta les débris dans là cour de l'église. Quant au cadavre, il fut transporté et enseveli à Santa- Maria, in Trastevere.

Innocent II avait rebâti cette superbe basilique en 1139, et il avait orné de mosaïques la façade aussi bien que l'intérieur. On voit l'image de ce pape dans la tribune,' tenant une église dans la main.

Il ne nous reste aucune inscription et aucun tombeau de cette époque si agitée.

Adrien VII fut seul épargné ainsi que son sarcophàge; et aujourd'hui, il fixe les regards du voyageur dans les grottes de Saint-Pierre, car son énorme et lourde urne funéraire de granit oriental, est le seul et unique monument qui reste de cette époque sanglante et grossière. Adrien IV, Breakspeare, est le seul Anglais qui soit jamais monté sur le trône pontifical. Ceci peut paraître étrange quand on réfléchit que les rois d'Angleterre prirent jadis la robe de moine à Saint-Pierre, et que, plus dévots que tous les autres princes, ils payaient à l'Eglise romaine le

denier de saint Pierre pour leur pays. Adrien était né à Langleae, dans le comté d'Hertford, et dans la plus humble condition; Il était beau de sa personne, d'un caractère passionné et plein d'obstination/digne prédécesseur d'Alexandre III. Ce fut lui qui brûla Arnaldo de Brescia ; et pour remercier Frédéric Barberousse de son acquiescement à cet acte de vengeance, il le couronna dans Saint-Pierre. Il mourut à Anagni, le !•' septembre 1159. Sur son sarcophage, qui avait appartenu autrefois à un ancien Romain, puisqu'on y voit des crânes de taureau sur le couvercle et sur les côtés, on n'a mis que ces mots : Hadrianus papa IV, ^

Et aussi l'ancien tombeau de son grand successeur Alexandre III (1159-1181), cet irréconciliable ennemi de l'empereur Barberousse, n'existe plus. Mort à Civita Castellana, le 30 août 1181, il fut déposé au Latéran. Plus tard, Alexandfe VII, Chigi, son compatriote, puisqu'il était siennois comme lui, lui érigea un monument commémoratif dans la nef de droite de cette basilique. C'est un ouvrage monstrueux de l'époque de la décadence, et tout à fait indigne de ce

pape. Son portrait en médaillon est placé sur un piédestal de mauvais goût, en marbre noir et de forme cylindrique sur lequel la longue épHaphe est gravée. Cet ouvrage bizarre, décoré d'ornements architectoniques de la matière la plus précieuse, est encadré de chaque côté par deux colonnes d'albâtre reposant sur un embasement de marbre jaune. Mais ce pape a été plus dignement honoré, et avec tout Torgueil de l'Église triomphante dans la Sala regia du Vatican. Là, une grande fresque de Vasari le représente dans la fameuse scène de Venise au moment où, assis sur les degrés de Saint-Marc, il met le pied ^ur le cou

de l'empereur Frédéric, qui fit alors la paix avec les

villes lombardes et avec l'Église. C'est du moins ce que rapporte une tradition, et elle prête au pape ces orgueilleuses paroles : < Je marcherai sur le serpent et sur le basilic, et je marcherai sur le lion et sur le dragon. » L'empereur ainsi humilié se serait écrié : Non tibi^ sed Petro; à quoi le pape répondit : Et rnihi, et Petro. Au palais du doge, à Venise, on voit, du reste, la même scène dans une fresque de Federigo Zuccari, meilleure à beaucoup près que celle de Vasari.

Après la mort d'Alexandre les Romains chassèrent son successeur immédiat, Ubaldo Allucignoli, noble lucquois, connu sous le nom de Lucius III (1181- 1185). Avant son élection il était cardinal-évêque d'Ostie. Lorsqu'il mourut dans l'exil, à Vérone, on

lui donna un tombeau dans la cathédrale de cette ville, et Ton y mit celte mélancolique inscription :

Page 1