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tôt, aux Illinois, pour que Tonty pût se mettre en route, le 3 décembre 1688, à la recherche des maiheureux restes de la colonie de la Nouvelle Biscaye, selon le terme qu'on lui appliquait à cause de son voisinage des possessions espagnoles dn Mexique ? Probablement que Delaunay et Couture avaient fini par pénétrer le mystère et en avaient prévenu Tonty.
Ji partit avec cinq Français, un sauvage chouanon et deux esclaves. Le 16 janvier 1689, il était à Kappa chez les Arkansas, cherchant à s'orienter vers le sud-ouest, où devait se trouver le but de son voyage. Le 29 l’un des Français l'abandonna; deux autres furent tués par les Natchés. N'importe ! il avançait toujours. Le 28 mars il était à quatre-vingts lieues de l'endroit du meurtre. Le 6 avril, il ne lui restait plus qu'un seul Français, un chouanon, un petit sauvage et cinq guides. Du 19 au 21 le Français faillit se noyer en traversant une rivière et perdit le sac à poudre, réduisant par là Tonty à soixante coups de munition. Le 23 il n'était plus qu'à trois journées de l'endroit où la Salle avait été assassiné et à quatre-vingts lieues à peu près du fort Saint-Louis de la baie Saint- Bernard, où il espérait retrouver la colonie perdue. On lui apprit alors que les sauvages avaient massacré la plupart des survivants et que les autres étaient captifs des Espagnols qui rôdaient dans les environs. Il rebroussa chemin et revit les Illinois dix mois après son départ. !
Se maintenant sur la rivière des Illinois en vertu de son titre de commandant que l'on n'osait pas encore lui retirer, Tonty attendait les événements. Bientôt il sut que M. de Denonville venait d'être remplacé par le comte de Frontenac, lequel en arrivant annonça que la guerre était déclarée entre la France et l'Angleterre. Guillaume d'Orange s'était emparé du trône de son beau-père, Jacques IT, et occupait la ville de Londres.
Il n'est pas dit que durant la guerre de 1690 et 1691, qui eut lieu uniquement dans le Bas-Canada, Tonty fut appelé dans cette région. Sa place était plutôt aux Illinois, au centre des nations sauvages que lui et Perrot pouvaient seuls contenir en les empêchant de se séparer de la France, car, par la vallée de l'Ohio, ces peuples avaient communication avec les colonies anglaises.
Le 6 novembre 1690, le comte de Pontchartrain remplaçait au ministère des colonies le marquis de Seignelay, mort le 3; c'est à ce nouveau chef que Tonty adressa la pétition déjà citée dans ces pages, et qui se termine ainsi: “ Comme il se trouve maintenant sans emploi, il demande que, en considération de ses voyages et des lourdes dépenses qu'ils lui ont occasionné, et qu'attendu aussi que pendant sept ans de service en qualité de capitaine il n'a reçu aucune paie, il plaise à Votre Grandeur d'obtenir pour lui de Sa Majesté une compagnie, afin qu'il puisse continuer à servir dans ce pays, où il n’a cessé de harceler les Iroquois et à enrôler les Illinois à la cause de Sa Majesté.” L'apostille suivante, de la main de M. de Frontenac, est attachée à la pétition: ‘“ Rien n'est plus véritable que la relation donnée dans cette pétition par le sieur de Tonty, et si Sa Majesté devait rétablir les sept compagnies qui ont été licenciées dans ce pays, ce serait justice de lui en accorder une, ou quelqu'autre récompense, pour les services qu'il a rendus, et qu'il est à même de rendre encore en retournant au fort St-Louis des Illinois.” Ces dernières paroles font voir que Tonty était alors en Canada “sans emploi ” comme il le dit. Ce devait être en 1692, car les sept compagnies furent réformées cette année là et celle de Tonty était du nombre.
1 Gravier: Découvertes, pp. 307, 349-55,
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L'été de 1698 il y eut à Montréal un grand concours des sauvages de l'ouest, auquel assista M. de Frontenac en qualité de gouverneur général ; on y voit le chevalier de Tonty commandant d'une partie des contrées représentées à cette réunion. M. Ferland parle du “ chevalier de Tonty, qui commandait toujours aux Illinois, et qui était descendu pour régler quelques affaires.” Le mot “toujours ” est inexact puisque Tonty était sans emploi en 1692 et, je crois, dès 1691. Quant aux affaires en question, elles consistaient à prendre part à l'assemblée et à régler des comptes ou opérer certaines transactions avec des particuliers. Tonty et la Forest étaient créanciers de feu M. de la Salle et sollicitaient de l'Etat une indemnité ou compensation, car la perte était sèche et sans espoir de remboursement. Il leur fut accordé à tous deux la permission de retourner faire la traite au fort Saint-Louis des Illinois, aussi partirent-ils au mois d'août 1693, avec un bon nombre de Français, et suivirent d'assez près les sauvages de l'ouest qui s'en allaient enchantés de la réception qu'ils avaient eue. !
Durant trois années, Tonty et la Forest s'appliquèrent à rétablir leur petite fortune. Le privilège de traite leur fut confirmé en 1696 à condition de ne pas acheter de peaux de castor. Delietto, parent de Tonty, était alors au fort Saint-Louis, Cette année, Tonty parait avoir fait une visite au Canada, probablement pour y renouveler son privilège ; le 1er mars, à l’acte de sépulture du chevalier de Crisasy, à Montréal, on voit parmi les témoins “ M. Tonty, capitaine ” à moins que ce ne soit Alphonse de Tonty son frère.
Le 2 septembre 1698, par devant Rageot, notaire à Québec, François de la Forest, capitaine réformé, seigneur en partie des Illinois, vend à Michel Aco la moitié de la portion de ce qui lui appartient dans le pays de la Louisiane alias Illinois, donnée au sieur de Tonty et au vendeur par Sa Majesté; la dite vente faite pour le prix de six mille livres de castor, reçues au lieu dit Les Chicagou. *
Deux mois plus tard M. de Frontenac mourait, emportant la dernière espérance de Tonty, si je ne me trompe, car les yeux étaient tournés vers l’ouest, à présent que la guerre avait cessé entre les couronnes, et tant d'ambitions qui se combattaient pour obtenir la traite de ces régions devaient faire bon marché d'un homme sans protection en haut lieu.
Avec la paix générale, d'Iberville avait repris ses projets de découverte ; il préparait une expédition destinée à retrouver par mer l'entrée du Mississipi, et à établir une colonie dans ces terres nouvelles.
Le roi l'avait nommé chevalier de Saint-Louis en récompense de sa conduite durant la guerre qui venait de finir, et en prévision de sa découverte et des établissements qu'il y formerait. D'Iberville mit à la voile à Rochefort le 17 octobre 1698, et le 2 mars 1699, entrant dans l’une des branches du Mississipi, la remonta jusqu'au village de Bayagoulas, composé de sept cents cabanes, puis un peu plus haut, chez les Oumas. Un chef sauvage lui remit la lettre que Tonty avait écrite en cet endroit, le 20 avril 1686, pour signaler ses mouvements à la Salle. On était décidément sur le Mississipi, dernière découverte accomplie en ce siècle de grandes découvertes.
Au cours d'un second voyage, d'Iberville arriva devant Biloxi, entre le Mississipi et la rivière Mobile, le 7 décembre 1699, et se mit à l'œuvre pour fonder une colonie.
Tonty ne tarda pas à comprendre que l’entreprise de la basse Louisiane lui ouvrait une carrière appropriée à ses talents. Laissant donc le pays des Illinois, où, après vingt
1! Ferland: Cours, II, 264.
? Tanguay : À travers les Registres, p, 88.
ans de services ardus, il n'était guère mieux partagé qu'aux premiers jours, il se mit en route et, le 16 janvivr 1700, il arrivait aux Bayagoulas avec vingt Canadiens, ' pour se mettre sous les ordres de d'Iberville, nommé gouverneur de la Louisiane—ce qui embrassait le territoire des Illinois au nord de la nouvelle province. D'Iberville et Tonty visitèrent la rivière de la Sablonnière ou rivière Rouge ou rivière des Natchitoches, importante voie de communication qui, venant du nord:ouest, se jette au Mississipi, devant la contrée des Tonikas. Je présume que Tonty se proposait d'exploiter la région des Natchitoches, comme l'ont fait tant de ‘“ voyageurs ” après lui. Je n'est pas sans surprise que d'Iberville rencontra anx bouches du Mississipi des Janadiens de Québec, Trois-Rivières et Montréal, qui commerçaient avec les sauvages et rapportaient au Canada les pelleteries de ces lointaines régions. Tonty savait que tous les ans, depuis 1683, la voie du Mississipi était fréquentée et, de même que M. de Denonville se plaignait, en 1685, des gens qui rôdaient chez les Illinois, on allait tâcher de mettra un frein aux courses chez les Arkansas, les Bayagoulas et les Natchés. Les ordres que Tonty reçut de France en 1700 lui disaient de faire retourner au Canada quatre-vingt-quatre Canadiens partis de Michillimakinac et des Illinois pour se joindre à d'Iberville, mais ce fut en vain, car ils alléguèrent des raisons majeures et le ministre leur envoya dire en 1701 de payer les dettes qu'ils avaient contractées en Canada et de se fixer au bas Mississipi afin d'empé ‘ : les Anglais de l’est d'étendre leur trafic jusqu'aux nations qui bordaient le grand fleu + Starved Rock ou fort Saint-Louis des Illinois était abandonné. Le père Jacques Gravier, jésuite, y fixa sa résidence en 1700, rassembla bon nombre de sauvages chrétiens et sa mission devint permanente, * Le père Gabriel Marest, jésuite, écrivait du pays des Illinois, le 29 avril 1699: “ Il y a près de dix ans que le père Gravier jeta les fondements de cette nouvelle chrétienté, qu'il a cultivée avec des soins et des peines incroyables. Le R, P, Binneteau a succédé à ses fatigues et à ses fruits. Enfin, on peut dire que c'est ici une de nos plus belles missions. En vérité, on ne conçoit pas en France le bien qu'on peut faire parmi ces nombreuses nations.” Le père Julien Binneteau, à son tour, s'exprime ainsi, la même année: ‘ Le père Gabriel Marest fait ici des prodiges ; il a les plus beaux talents du monde pour ces missions; il a appris la langue en quatre ou cinq muis, jusqu’à en faire maintenant des leçons à ceux qui sont ici depuis longtemps; il est d’une (résistance à la) fatigue incroyable, et son zèle lui fait regarder comme rien, tout ce qu’il y a de plus difficile... Nous avons trois chapelles et nous faisons le catéchisme en quatre endroits. Des Kikabous, pareillement Illinois, se sont logés auprès de nous, pour faire du blé dans le voisinage de notre premier village; ils ont part à la parole de Dien; ainsi, nous ne manquons pas d'occupation ici tous les deux... Ïl y a un autre missionnaire, à soixante lieues d'ici, qui nous vient voir tous les hivers; il est de Ja province de (:uyennue et se nomme le père Pinet; si vous le connaissiez, je vous en dirais davantage de lui. Il a eu le bonheur d'envoyer au ciel l’âme du fameux chef Péouris et de plusieurs jongleurs.. Je suis présentement à Hiremé avec une partie de nos sauvages dispersés. J'ai été, depuis peu, aux Tamarois en voir une partie sur le bord d’un des grands fleuves du monde que nous appelons pour celu 2 \ississipi ou la Grande-Rivière. On en a découvert plus de sept cents lieues où elle &:i ::virable, sans en avoir encore trouvé la source. Je dois
1 Qui tous restèrent en Louisiane.
? Ferland, Cours, II, 329, 340-4.
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14 se | retourno: chez les Illinois de Tamaroa le printemps... Nos sauvages partent sur la fin de FAT | septembre pour chasser, Tout le monde marche; on se rend en pirogues au lieu de rent l'hivernement, De là, les plus lestes hommes, femmes, filles, vont dans les terres chercher voie le bœuf; cet animal est dangereux ; courant résolument sur celui qui l'attaque, surtout itrée quand il est blessé ; il souflle d'une manière furieuse et jette des œillades terribles, hes, Quand les sauvages l'ont tué, ils enlèvent particulièrement la viande de dessus les côtes, la partagent en deux moitiés ; cette viande est ensuite exposée, pendant quelque temps, | des sur un gril de bois de trois ou quatre pieds de haut, sous lequel on fait un feu clair, puis og et on la plie ; ainsi desséchée elle se garde fort longtemps sans se corrompre, On appelle tous ces sortes de pièces des ‘ plats-côtés’ dont il se fait un grand débit au village, quand on . de est de retour. Cette chasse finit vers le temps de Noël; les sauvages en reviennent cher chargés de ces plats-côtés, et il est surprenant combien les hommes et les femmes portent Les pesant dans la marche. Le reste du temps, jusqu'au mois de mars, se passe dans ada l'hivernement, où les femmes travaillent presque sans cesse ; les hommes vont de fois et udre d'autres, chasser le chevreuil ou des ours, sinon ils jouent, dansent, chantent, Ce sont istre tous gentilshommes, vivant sans autre métier que celui de la chasse, de la pêche et de la le se guerre. La vie qu'ils mènent au village (en été) est à peu près la même que celle de ’aux l'hivernement ; les femmes seules y labourent et sèment la terre, ce qu'elles font avec était grand soin, aussi pour l'ordinaire les blés sont-ils plus beaux et en abondance.” bon Dans la relation du voyage du père Jacques Gravier, des Illinois aux bouches du Mississipi, en 1700, publiée par Shea en 1859, on voit qu'étant parvenus à la sortie de la Il y rivière Wabash, trois des hommes de l'expédition—Louis Duhemme, de la Rivière-dunté, Loup, Augustin Lapointe, de la côte Saint-Michel, et Pierre Chabot, de l'ile d'Orléans — dé à furent atteints des fièvres et guéris par les soins et les prières du père Gravier. (C'était elles au mois d'octobre 1700.
ces Henry de Tonty n’obtint pas la récompense de sos longs et pénibles services, observe ème M. Gabriel Gravier dans ses Découvertes. Il mourut en 1704 au fort Saint-Louis de la du Mobile.
faire L'an dernier, en pratiquant des excavations près du Séarved Rock, les ouvriers mirent à la) à découvert une épée et des débris de sépulture. Un mystificateur confia la nouvelle plus à un journal de La Salle, Illinois, ajoutant que, près de l'épée on avait trouvé une main oits, de bronze articulée, laquelle ne pouvait être que celle de Tonty. J'ai fait savoir au lans journal que Tonty est décédé à la Mobile, et le rédacteur vient de m'écrire qu'il avait été FER | trompé indignement, comme on l’est souvent en pareils cas. a Il nous reste de Tonty deux ou trois mémoires sur les découvertes de la Salle en 1678- 82. C'était un homme de mérite, aimant la France comme sa mère et travaillant à lui “1 procurer dans l'Amérique du nord un ascendant qui paraissait devoir se disputer entre les salé À colonies anglaises, le Mexique et le Canada. 11 fut du groupe des deux Delietto, des que ‘ Duluth, de la Durantaye, de Nicolas Perrot, de Lamothe-Cadillac, de Louvigny, qui deux de | s'emparèrent des pays de l'ouest par leur seule valeur personnelle, on peut le dire, puisque ddl | l'administration les laissa toujours dans le besoin, tout en les appelant à son secours au
moment des crises qu’elle subissait elle-même. Tonty a été en quelque sorte, absorbé par la gloire de la Salle ; c'est pour le dégager de ce voisinage et le mettre dans sa lumière
1 Carayon: Premières missions des jésuites en Canada, 265, 271-8. Sec. I, 1803, 4.
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