îbid, t. I, p. 561, et t. II, p. /lOii
388 LKS TOXINES.
réconomie pourrait-elle se produire, se réveiller, sous Tinfluence d'une matière chimique définie, organique ou minérale î Rien ne nous paraît s'opposer à priori à la réalisation de cette hypothèse*. Il est possible que certains médicaments, tels que le fer, l'iode, l'arsenic, le mercure, etc., se comportent comme des excitants de certaines sécrétions internes ; qu'à la façon des diastases vaccinales, ils agissent indirectement pour défendre l'économie contre les causes spéciales de maladies, telles que la chlorose, la leucocythémie, la scrofulose, le goitre, la malaria, la syphilis. Ce sont là des hypothèses, il est vrai, mais qui sont dignes des recherches de l'avenir.
1. Il semble même qu^elle ait été réalisée, en partie, pour les vaccias au moyen des hypochlorites de soude on de chaux qui agissent non seulement m vitro, mais même dans Téconomie, lorsqu^on les injecte directement, et qui empêchent Penvenimatiou. Des expériences analogues ont été faites par MM. Roux et Vaillard avec le chlorure de chaux et les produits de culture du tétanos. Voyez Institut l'astmr, t. VIII, p. 278.
GHAPJTRE SIXIÈME
Moyens de défense de l'organisme contre les toxines : phagocytose ; antitoxines. — Sérothérapie. •
On a déjà vu (p. 368 et suiv.) qu'atteint par les toxines qu'excrètent les microbes virulents, l'organisme se défend, avec plus ou moins de succès et de vigueur suivant qu'il est ou non vacciné, qu'il est ou non réfractaire, grâce à deux puissants mécanismes : \di phagocytose et la production d" antitoxines. Quoique les phénomènes de la phagocytose ne comportent pas, au moins pour le moment, de grands développements chimiques, et qu'en ce qui touche aux substances antitoxiques il semble qu'on ne devrait s'en occuper dans cet Ouvrage que pour en donner les propriétés physiques et les caractères qualitatifs, nous allons présenter ici le rapide exposé des deux moyens principaux de défense que l'organisme oppose à Tintoxication. C'est un chapitre de physiologie générale dont les développements sont réservés à la chimie biologique du XX° Siècle.
Phagocytose.
La lutte des cellules de l'organisme, et en particulier des globules blancs du sang et des globules lymphatiques, contre l'invasion des microbes a été pour la première fois
LES T0XINK8.
clairement signalée par E. Metclmikoff vers 1885'. On savait avant lui que dans le monde microscopique inférieur, plusieurs animaux unicellulaires, les amibes, les rhizopodea, les infusoires flagellés ou cilliés... se nourrissent des différentes bactéries qu'ils rencontrent dans les infusions; il en est de même des éponges. Chez les animaux plus élevés, celte digestion intracellulaire est remplacée par une digestion extracellulaire ; mais le mode primitif de digestion élémentaire intracellulaire continue chez eux à s'observer pour les cellules qui sont issues du mésoderme ; comparables, sous beaucoup de rapports, à des amibes ou à des acUnophryens, ces cellules conservent la faculté d'englober non seulement les petits corps solides inertes qu'elles rencontrent, mais les microbes vivants qu'elles dissocient et détruisent avec une extrême rapidité, probablement pour s'en nourrir.
Les faits précédents éclairent le phénomène de la phagocytose. Constamment, à l'état normal, une migration de cellules lymphatiques se produit vers la surface interne des muqueuses. D'autre part, et malgré l'intégrité des épithéliums, les microbes saprophytes ou pathogènes qui se l'intestin, les poumons, ces muqueuses; mais ancontreut les cellules î digèrent. C'est par ce les tissus en sont sans
I, p. 197 et 320. - WirehoWi i. CVII, p. 209 et 249. — Ann.
ilkoff, Meisser avait observé ivaient être englobas par les tusion ou généralisaLioD de lervalions de KovaLewsk;.
PHAGOCYTOSE. 391
cesse débarrassés, ainsi que Pasteur l'avait depuis longtemps reconnu. Mais qu'on introduise, par inoculation directe, un * virus microbien, la bactéridie du charbon par exemple, sous la peau d'un animal, grenouille ou poule, réfractaire à cette maladie, dès le lendemain, autour du foyer infecté, les lymphatiques seront remplis d'une quantité énorme de globules blancs venus de divers côtés après avoir traversé les tissus par diapédèse. Ils forment comme une véritable barrière autour du point où le virus a été déposé ; et si Ton examine les leucocytes qui se pressent en foule aux abords de ce foyer, on les trouve remplis de bactéries dont une par- , lie reste encore vivante. Les jours suivants tous, ou presque tous, les bacilles charbonneux sont englobés dans les globules blancs en train de les dissoudre ou de les digérer.
1/expérience est facile à suivre, en injectant un peu de culture charbonneuse dans la chambre antérieure de Tceil, non plus d^m animal réfractaire, mais d'un vacciné. Au bout de quelques heures on voit se développer dans Thumeur aqueuse une masse de bactéridies filamenteuses; mais bientôt cette liqueur se remplit de leucocytes venus d'ailleurs et qui entrent aussitôt en lutte avec les bactéridies. Très rapidement le nombre de ces dernières diminue et Tanimal guérit. Les mômes obseiTations peuvent être faites avec le virus érysipélateux et son streptocoque; avec les spirilles du typhus à rechutes; avec le coccobacille de la peste d'Orient, le petit bacille de Tinfluenza, le vibrion du choléra, et même sur les hématozoaires de la fièvre malarique. Quant aux bacilles de la diphtérie qui ne pénètrent pas dans les tissus, les phagocytes traversant les muqueuses, s'introduisent dans la membrane diphtéritique elle-même pour envelopper et dissoudre le microbe infectieux.
lyM LES TUXINKS.
La fonction phagocytaire est ordinairement dévolue à deux sortes de cellules : les unes, les leucocytes microphages de Metclmikoff, sont à noyau bilobé ou multiple ; ce sont les plus petites. On les trouve surtout dans le sang et la lymphe, ou plus ou moins dispersées dans tous les tissus. Les autres, les macrophayes, sont constituées par les cellules fixes du tissu conjonctif, les cellules épithéliales des alvéoles pulmonaires ou d'autres organes (foie, rate). Elles sont ca[»ables aussi d'englober les microbes et les corpuscules solides. Celles-ci sont munies d'un seul grand noyau*. Les leucocytes adultes à noyau polymorphe, compact, paraissent être les plus efficaces.
On a constaté que les bactéridies charbonneuses directe^ ment injectées dans le sang des lapins en assez grand nombre sont presque en totalité, au bout de quelques minutes, englobées par les i)hagocytes (Verigo). Les bacilles de la tuberculose, un quart d'heure à peine après l'inoculation intmvasculaire, se n^ti'ouvent dans les globules blancs et sont ainsi soustraits à l'action directe des jjounions {Bo/rel).
\. MrtCUNIKOFF, Wirchow*s Arch., 18S8, t. CXIII, et Annales de VlnsL Pasteur, i. II, p. 50o. Voir aussi au sujet des diverses espèces de leucocytes et de leur pouvoir d'englober les microbes, Même recueil, t. VII, p. IGo et 131. — Sur les globules à granulations éosinophiles ou lymphocytes, voir Annales Inst. Pasieur, t. IX, p. 2î>9. — Les granulations protoplasmiqiies de nature albuminoïde de ces globules, ne Qxent que les couleurs d'aniline acides. On n'eu trouve que 2 à 4 pour cent dans le sang, mais leur proportion est beaucoup plus grande dans la lymphe. Les cellules blanches d'Ebrlich ne sont pas aptes, malgré leurs propriétés amiboïdes, à englober les microbes.
Lorsque, sur la lamelle du microscope, on traite une préparation de globules de sang par un molange «rauranlia, d'induline et d^éosine dissoutes dans la glyctîrine, rbémoglobine prend la couleur orange de la première, les no>aux «les cellnles le bleu noir de Tinduline, tandis que les granulations dr-^ cellules éosinophiles se teignent en rouge d'éosine.
PHAGOCYTOSE. 3î>3
Ces iiliénomènes de phagocytismc se jiroduisent alors même que les microbes sont iiicai)ables d^infecter utilement l'animal, par exemple, si Ton injecte la bactéridie charbonneuse sous la peau de la grenouille ou l'épiderme de Tescargot, animaux qui sont réfractaires au charbon.
Les microbes englobés par les phagocytes restent plus ou moins longtemps vivants dans ces cellules, ainsi que Metchnikoff Ta surabondamment prouvé. Certains même, ([uoique absorbés, peuvent ne pas être digérés et se reproduisent dans le leucocyte qui les englobe. C^est le cas des microbes de la septicémie de la souris, de la lèpre, de la tuberculose. Quoique saisis par le phagocyte, ils résistent et restent offensifs grâce aux toxines qu'ils continuent à sécréter et qui paralysent sans doute l'action des globules blancs. C'est le cas tout particulièrement dans la diphtérie : vingt-quatre heures après l'infection, on voit un grand nombre de leucocytes nécrosés par les toxines que continuent à sécréter les microbes diphtériques déjà englobés ( Gabritschewsky) .
Lorsqu'on dépose un virus ou même les cultures stérilisées de ce virus, en un point de l'économie, les phagocytes affluent vers lui de tous côtés comme nous l'avons vu. Quelle est la force qui les y attire? Pfeffer a, le premier, désigné sous le nom de chimiotaxis une curieuse propriété des organismes inférieurs doués de mobilité, propriété qui se manifeste par des mouvements rapprochant ou éloignant ces organismes de certaines substances dont la présence, même lointaine, paraît les impressionner comme par une sorte de sens comparable à l'olfaction. Pfeffer a démontré qu'il existe pour ces organismes des excitants pour ainsi dire spécifiques qui les aj)pellent. C'est ainsi que chez les végétaux
PHAGOCYTOSE. 39o
de ce même viras, les leucocytes pénètrent en masse dans ces tubes, attirés qu'ils sont par les matières qu'élaborent les microbes. D'après M. J. Massart les microbes peu viralents ou leurs produits attirent plus vivement les phagocytes que les virus très actifs. Cette inégalité d'effets ne saurait tenir à ce que les microbes très pathogènes ne produisent pas assez de matière attirante; en effet, si Ton dilue leur virus, ou les produits stérilisés de leurs cultures, l'attraction se manifeste avec beaucoup plus d'activité. Il faut donc (ju'à côté d^s matières attirantes, le microbe nuisible sécrète aussi des matières réjmlsives aptes à éloigner le phagocyte'. C'est à cette substance, qui paralyserait aussi les centres vaso-dilatateurs et qui par là s'opposerait à la diapédèse et à la phagocytose, que Ch. Bouchard a donné le nom à'anectasine.
Les anesthésiques tels que le chloral, le chloroforme, etc., les acides, le froid, entravent la chimiotaxie positive des phagocytes. On comprend dès lors comment ces agents, le froid en particulier, favorisent dans bien des cas l'infection de l'organisme par les microbes que nous portons tous sur tout le parcours du tube intestinal, à l'entrée du poumon, etc. ".
On est encore mal renseigné sur les substances à chimiotaxie positive ou négative sécrétées par les microbes; on sait seulement que leurs principes toxiques (tuberculine, albumoloxines, tétanine, malléïne, etc.) excitent la diapé-
1. Annales de l'Institut Pasteur, t. VI, p. 323. G^est aussi Topiniou de Ch. Bouchard, fondée sur ses expériences personnelles. Voir sa publication, Les Microbes pathogènes, p. 94. Voir aussi les recherches de MM. Vailard et Vincent sur le phagocytose dans le tétanos en particulier, Inst. Pasteur, t. V, p. 36.