DANS LA SYNCOPE PAR HÉMORRHAGIE
Obs. XXIII. — « Louise V..., âgée de 30 ans, accouche à minuit sans grandes douleurs. L’accouchement a été rapide et s’est opéré sans aucune difficulté.
Au bout de quelques instants, lorsque l’accoucheuse eut procédé à l’expulsion de l’arrière-faix, elle s’aperçut que l’accouchée perdait du sang avec abondance ; elle administra un gramme de seigle ergoté sans grand succès d’ailleurs, car cet agent hémostatique, ayant été abandonné, et, d’autre part, les vaisseaux de l’utérus continuant à donner abondamment, la sage-femme, voyant que la situation se gâtait, me fit appeler deux heures après le début de l’hémorrhagie.
Quand j’arrivai auprès de la patiente, je pus juger immédiatement son état. Une dyspnée très intense oppressait la malade; la peau, d’une froideur cadavérique, était empreinte d’une sueur visqueuse, le pouls, d’une faiblesse extrême, était si peu perceptible, qu’à un certain moment je pus le croire tout à fait disparu.
La patiente était en outre en proie à des syncopes fréquentes extrêmement pénibles pour l’entourage.
Il fallait agir vite, car le temps était mesuré. Ayant plongé ma main dans la matrice, je ramenai au dehors de nombreux caillots accumulés dans la cavité utérine, je revins plusieurs fois à la charge, je pratiquai la ligaturedesquatremembres, fis une injection d’ergotine, plaçai de la glace sur l’abdomen, et pratiquai à grande eau le lavage de l’utérus.
J’en étais là, lorsque la sage-femme chargée de surveiller, tant bien que mal, la respiration et le pouls, me fit part, toute troublée, de ses appréhensions, bien fondées, car la malade ne respirait plus, les contractions du cœur étaient arrêtées, tout semblait fini, et, au dire des parents, il ne restait plus qu’à jeter le drap sur la figure.
Me ravisant, je voulus tenter un dernier effort; l’accouchée avait eu, avant mon arrivée, de fréquentes syncopes, et je fus amené à penser que cet état de mort pouvait parfaitement n’être qu’apparent.
Ja me rappelais avoir lu, dans la Tribune médicale, des observations relatant les succès de la méthode Laborde, dans les cas de mort apparente,
et, à tout hasard, je me mis en devoir de pratiquer les tractions rythmées de la langue. Au moyend’une pince hémostatique, adhérente à l’extrémité de cet organe, je fis plusieurs tractions.
A la treizième, j’eus la satisfaction de voir le sujet faire une inspiration profonde, suivie d’une forte expiration ; la vie revenait.
C’était, par conséquent, bien une syncope, seulement elle était plus prolongée que les autres, ce qui s’explique bien par l’énorme déperdition sanguine qu’eut à subir l’organisme et partant le cerveau.
L’éther phosporé fut prescrit en injection hypodermique; j’y joignis les toniques, les stimulants, les frictions sèches et un lavement d’infusion forte de café, sans oublier l’alcool largâ manu.
Je n’ai publié cette observation que pour bien mettre en évidence la supériorité du procédé Laborde, sur tous les autres moyens de rappel à la vie usités dans une pareille circonstance ; les procédés de Marschal-Hall, de Sylvester, de Paccini, que j’ai vu employer tour à tour dans des cas où la vie semblait tout à fait disparue, ne m’ont pas paru avoir fourni plus de succès, à eux tous réunis, que le procédé Laborde, beaucoup plus simple et plus pratique. »
LE PROCÉDÉ des TRACTIONS RYTHMÉES de la LANGUE