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RAPPEL A LA VIE PAR LES TRACTIONS LINGUALES

Obs. XLIV. — « Le 7 septembre dernier, arrive tout essoufflée, dans mon cabinet, une femme de mon voisinage, me racontant qu’en rentrant pour dîner (elle était partie le matin, à six heures, pour aller à sa journée) elle avait trouvé sa jeune fille âgée de 18 ans, couturière de son état, couchée, d’une pâleur cadavérique, et aux pieds de son lit, sur le plancher, une grande quantité de sang caillé.

J’accompagnai cette femme chez elle et je pus constater l’exactitude de ce qu’elle venait de me raconter. Chemin faisant je lui avais demandé si sa fille n’était pas enceinte, elle me répondit qu’elle n’en croyait rien, qu’il était vrai que depuisquelque temps elle ne voyait plus ses règles, mais que sa santé générale n’avait subi aucune altération, que sa taille était toujours la même, qu’elle ne lui connaissait aucune relation, enfin qu’elle allait très exactement tous les jours à son travail et qu’elle ne sortait le soir et les dimanches qu’en sa compagnie.

Arrivé auprès de la fille, je lui demandai néanmoins si elle n avait point eu un a.ccouchement à terme ou au moins une fausse couche. Elle nia énergiquement.

Je n étais point convaincu. Soulevant alors les coiuertures, je pratiquai le toucher et trouvai dans le vagin le placenta complètement détaché, le cordon passé sous les fesses.

En présence de ce fait, il lui fut impossible de continuer à nier encore et elle se décida alors à m’indiquer l’endroit où elle avait déposé son enfant qui était venu au monde 45 à 50 minutes avant mon arrivée auprès d’elle.

Cet enfant, du sexe masculin, bien conforme, bien constitué, semblant être venu, à en juger par ses dimensions, à terme, avait été déposé dans un coin de la chambre et recouvert d’une chemise et d’un autre morceau de toile.

Le corps était flasque, décoloré, le cordon avait été déchiré à 25 centimètres de l’ombilic, sans ligature.

Malgré le temps déjà long écoulé depuis l'accouchement, et la fille-mère m’ayant dit qu’il avait crié en venant au monde, j’essayai, quoique n’ayant que bien peu d’espoir, de le faire respirer à nouveau, mais je me rappelai le cas de mon vieux noyé.

Ce fut pendant au moins vingt minutes que je pratiquai les mouvements rythmés de la langue au nombre de 18 environ à la minute; eu même temps je titillais par moments avec l’index gauche le fond de l’arrière-gorge.

Enfin au moment où j’allais cesser et abandonner la partie n’ayant plus d’espoir, j aperçus de petits mouvements du côté de la région diaphragmatique, ainsi que du côté des narines et j’entendis un léger vagissement précédé d'un rejet de mucosités glaireuses.

Continuant alors la manœuvre, je vis la respiration s’établir de mieux en mieux, et bientôt la peau perdit sa teinte cadavérique, la chaleur

revint à la surface cutanée, et des cris furent poussés; l’enfant était sauvé et vraiment ressuscité au grand ébahissement de la grand’mère, et au grand mécontentement de la jeune mère, je crois.

Mais enfin le lendemain après avoir fait comprendre à celle-ci les graves conséquences de son acte, elle me remercia chaleureusement, me promit de s’attacher à son enfant, auquel elle présenta pour la première fois le sein en ma présence.

Elle a tenu promesse, et son enfant vit et est actuellement un fort beau poupon ne demandant qu’à vivre. »

Que ce fait, ajoute très judicieusement notre confrère et ami, serve d’exemple à la plupart des médecins-accoucheurs qui, quand un enfant vient au monde sans donner signe de vie, font pendant quelques minutes seulement, dés efforts insuffisamment prolongés pour le faire respirer. Combien d’enfants naissant en état de mort apparente seraient rappelés à la vie, si l’on y mettait plus de persistance; ce que permet plus que jamais le procédé si simple, si facile et si puissamment efficace des tractions rythmées de la langue. »

Je n'ai pas cessé, du reste, depuis cette époque, et je ne cesse pas de recevoir, journellement, de nouveaux faits, presque invariablement favorables, qui continuent à se multiplier d’autant plus, que la connaissance du procédé s’étend et se vulgarise davantage.

C’est toujours dans ce but de vulgarisation que je faisais, le 19 décembre dernier, la communication suivante à l’Académie :

J’apporte cinq cas nouveaux de rappel à la vie par les tractions rythmées de la langue, — on peut dire, avec leurs auteurs, de véritable résurrection, — de nouveau-nés en état d’asphyxie et do mort apparente, dans des conditions telles que je croirais faillir à un devoir de ne les point faire connaître, afin de montrer toute la puissance du procédé et la confiance et l’espoir qu’il doit inspirer à ceux qui y ont recours avec persistance.

Le premier fait, dont je recevais communication le 26 novembre dernier, de la part de M. le docteur Patin (de Boulogne-sur-Mer), mérite doublement d’étre signalé, à cause d'une particularité observée au cours des tentatives nombreuses et simultanées faites pour ranimer l'enfant, et qui montre bien la supériorité du procédé de la Langue sur tous les autres, pour provoquer le retour du réflexe respiratoire :

Obs. XLV . — « Permettez-moi, m’écrivait mon confrère, de vous signaler un nouveau succès à ajouter au nombre déjà considérable de rappels à la vie, dûs à l’emploi de votre méthode de tractions rythmées de la langue.

J’étais appelé hier auprès d’une femme d’Equiheu, en mal d’enfant depuis plus de vingt-quatre heures, pour une présentation de l’épaule.

J’arrivai près d’elle vers huit heures du soir ; le bras gauche de l’enfant faisait saillie presque en entier en dehors des parties génitales, la poche des eaux était rompue depuis avant midi, le bras s’était présenté à la vulve vers cinq heures.

Je procédai à une version rendue difficile par l’absence totale de liquides, la rigidité de l’utérus,

l’absence de contractions, et le volume considérable de l’enfant.

Après des efforts laborieux, celui-ci fut amené dans un état de mort apparente aussi caractérisé que possible.

Saisissant alors la langue avec une serviette (voir le dessin ci-contre), je lui fis subir des tractions que j’associai d’ailleurs aux autres moyens usités en pareil cas : frictions, flagellation, trempage à l’eau très chaude, aspersion violente consécutive avec de l’eau froide, compression et relâchement rythmés du thorax, élévation et abaissement des bras, voire même quelques insufflations faites de bouche à bouche, à défaut de tube laryngien.

Dans cet imbroglio de moyens que l'extrême nécessité me faisait mettre en œuvre, j’ai constaté que chaque période de traction linguale était suivie d'un réflexe inspiratoire, sorte de hoquet qui fut le premier symptôme de rappel à la vie.

Après trois quarts d’heure de soins constants, la petite fillette respirait, et c’est dans un état aussi satisfaisant que possible que je la quittai, vers neuf heures et demie.

La sage-femme du Postel, Madame Sergent- Herbez, qui m’assistait et qui possède une expérience déjà longue, m’a affirmé n’avoir jamais été témoin d’un retour à la vie dans des conditions aussi problématiques, et souscrit absolument à l’efficacité de votre méthode, quelle n’avait jamais vu appliquer, et qu’elle est enchantée de connaître. »

On le voit — et c’est ce qu’il importe de retenir de ce cas intéressant — toutes les fois qu’intervenait, à tra-

— iio -

vors toutes les autres tentatives simultanément et concuremment employées, une période de Tractions linguales, alors, et alors seulement, so produisait le réflexe respiratoire, dont le retour définitif doit être essentiellement attribué, en ce cas comme en tant d’autres, à l’influence prédominante du procédé en question.

Nous tenons d’autantplus à enregistrer lefaitsuivanl qu’à part le réel intérêt qu’il présente en soi, il nous vient de l’ile de la Réunion (commune de Saint-Louis), et qu’il prouve que la pratique du procédé des tractions linguales, avec toute son efficacité, a franchi les mers. — Voici, en effet, ce que nous écrivait, le 11 novembre dernier, notre honoré confrère de la Réunion, M. le docteur Cobdooan :

« J’ai l’honneur de vous adresser une observation de mort apparente, par asphyxie, d’un nouveau-né ramené à la vie par les tractions rythmées de la langue. Le cas date d’hier, il est donc tout récent. C’est un nouvel appoint que je viens joindre aux nombreuses observations que vous avez déjà recueillies sur ce sujet.

« Voici cette observation que je vous envoie dès aujourd’hui, la malle qui part demain ne me permettant pas d’attendre plus longtemps:

05s. XLVI. — « Appelé le 10 au matin auprès d’une primipare de 24 ans, en travail depuis la veille au soir, 6 heures, je constate que le col n’est pas encore complètement dilaté, les membranes ne sont pas rompues et la présentation est O. I.G. P.

« Vers les 1 1 heures les choses n’étant pas beaucoup plus avancées malgré des tranchées assez

fortes, je fais mettre la malade dans un bain et je romps les membranes à la sortie de ce bain. — Les tranchées, qui étaient assez éloignées, se rapprochent, le travail paraît se faire avec plus de régularité; mais vers 1 heure de l’après-midi, voyant les contractions s’éloigner de nouveau et diminuer d’énergie, je me décide à faire l’application du forceps, après avoir constaté que les battements du cœur fœtal paraissaient faiblir.

« J’amène un enfant du sexe masculin, qui ne paraît donner aucun signe de vie : la face est pâle, exsangue, les lèvres bleues, pas d’inspiration. — Cependant, après quelques claques données sur les fesses et la plante des pieds, pression du thorax, insufflation, etc., le petit être fait une légère inspiration qui me donne un peu de courage, mais la seconde inspiration n’arrivant pas, et pensant qu’il avait rendu le dernier soupir, je me décide à employer votre procédé de tractions linguales.

« Au moyen d’une pince hémostatique de Péan, je saisis la langue et la ramène au dehors; au bout de 3 tractions, l’enfant fait une inspiration ; je continue, seconde inspiration, puis une troisième suivie d’une plainte.

« La face se colore, et la respiration s’établit graduellement normale.

« J’ai revu la mère et l’enfant vers les sept heures du soir, ce dernier est très bien, il boit bien et je me félicite d’avoir employé votre procédé qui m'a donné ce résultat si inespéré.

* Vous le voyez, de loin comme de près, votre découverte rend des services inappréciables, et

bon nombre d’enfants, qui seraient morts malgré l’emploi rationnel des moyens ordinaires, pourront renaître à la vie : c’est à vous qu’ils le devront. »

M. le docteur Auguste Augé (de Pithiviers) m’adressait, à son tour, le fait suivant, également des plus remarquables, et qui mérite de figurer à côté du précédent :

« J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt les travaux que vous avez consacrés à l’étude des tractions rythmées de la langue dans les cas d’asphyxie avec mort apparente.

Je m étais promis d’employer votre procédé lorsque l’occasion s’en présenterait. Cette occasion vient de se produire.

Obs. XL \ II. — Dans la soirée du 12 novembre dernier, je suis appelé par Mademoiselle Beaugendre, sage-femme à Pithiviers, auprès d’une de ses clientes en travail depuis vingt-quatre heures.

Madame L..., âgée d’une vingtaine d’années, primipare, a ressenti les premières douleurs de l’accouchement le 11 au soir. Au début, le travail a marché régulièrement. La poche des eaux s’est percée le lendemain à midi; à cinq heures du soir la dilatation était complète.

Malgré la persistance des douleurs, l’accouchement ne se terminait pas. Mademoiselle Beaugendre , jugeant une intervention nécessaire, m’envoie chercher à neuf heures du soir.

Je reconnais une présentation de la face en mento- iliaque gauche antérieure, avec léger rétrécissement du bassin.

J’applique immédiatement le forceps, et après avoir surmonté beaucoup de difficultés, d’abord pour le dégagement de la tête, ensuite pour celui des épaules, j’extrais un enfant très vigoureux de complexion, ayant le tronc entouré d’une circulaire du cordon, et se présentant en état de mort apparente.

Tous les moyens recommandés en pareil cas pour ramener l’enfant à la vie sont employés. Voyant leur inutilité, j’ai aussitôt recours au procédé que vous avez si heureusement trouvé, et si minutieusement décrit : saisissant, à l’aide d’une pince à pansement, l’extrémité de la langue de l’enfant, je pratique les tractions rythmées, en même temps que je fais exercer des pressions sur le thorax.

Au bout de quelques instants, une inspiration profonde se produit. Les tractions sont continuées, et rapidement la respiration se rétablit, la cyanose disparaît, l’enfant crie et ouvre les yeux.

Cette fois encore, ce fut une véritable résurrection, et c’est à vous qu’en revient tout l’honneur. Sans votre procédé, cet enfant était voué à une mort certaine.

J’ai attendu, avant de vous envoyer cette note, de pouvoir la compléter par des nouvelles de l’état de 1 enfant. C’est actuellement un superbe bébé, ne se ressentant aucunement de l’extrême danger qu’il a couru au moment de sa naissance. »

Dans la série de ces faits qui se multiplient, comme on le voit journellement, vient se placer le suivant,

également des plus probants, que nous devons à M. le docteur Tem (de Thann, Haut-Rhin) :

« Je suis heureux de pouvoir vous signaler un cas où j’ai pu rappeler à la vie un nouveau-né par le ; procédé des tractions rythmées de la langue.

06s. XLVIII. — Le 12 septembre dernier j’étais appelé chez une femme, primipare., âgée de 29 ans, de petite taille, mais sans anomalie du bassin, en travail depuis deux jours.

La poche des eaux était rompue depuis trentesix heures. Les douleurs, fortes au début, avaient peu à peu diminué et ne revenaient plus qu’à de longs intervalles. Au toucher, je constatai que la tête était engagée dans le petit bassin.

J’appliquai le forceps, et l’extraction de la tête fut vite faite; par contre, les épaules ne voulaient pas suivre. Ce ne fut qu’après avoir dégagé un des bras que je pus amener l’enfant qui présentait toutes les apparences de la mort. Le tout avait duré six à sept minutes.

Après avoir essayé, sans aucun succès, la respiration artificielle, le bain, les flagellations, etc., bref tout l’arsenal des moyens recommandés en ce cas, y compris le procédé de Schultze (<r Schwingungen ») très en vogue en Allemagne, je me souvins fort heureusement de votre procédé et commençai au bout d’un quart d’heure à l’appliquer.

Après une dizaine de tractions que j’exerçai en tenant la langue de l'enfant avec un mouchoir, je perçus une première et profonde inspiration, suivie bientôt de beaucoup d’autres. Les contractions du

cœur, faibles et très ralenties au début, devinrent plus fortes et plus fréquentes; la cyanose disparut peu à peu.

Au bout d’un quart d’heure, l’enfant était sauvé.

Les parents étaient ravis, la sage-femme, qui n’avait jamais vu pratiquer ce genre de rappel à la vie, n’en revenait pas; car elle secouait la tête d’un air de doute, voyant la peine que je me donnais.

L’enfant qui pesait dix livres à sa naissance — poids qui aurait pu lui devenir néfaste — vit encore et se porte très bien.

Je tenais à vous signaler ce succès à ajouter aux nombreux déjà obtenus par votre ingénieux procédé. »

Ce fait tire un intérêt de plus de l’emploi d’un procédé en vogue en Allemagne , après l’essai duquel, aussi infructueux, comme on l’a vu, que tous les autres, a parfaitement réussi le procédé de la langue.

L’observation suivante, que nous devons à notre honoré confrère, M. le docteur Letort (de Bierné, Mayenne), par l’entremise de notre éminent collègue et ami M. le professeur Laboitlbène , président de l’Académie de Médecine, est une des plus remarquables, et des plus démonstratives, en faveur de la puissante efficacité du procédé des Tractions rythmées de la langue, dans les cas les plus désespérés ; elle peut être rapprochée de celle de M. le docteur Sorre, qui est parvenu à ressusciter — on s’en souvient — un nouveau-né abandonné, depuis plus d'une heure, en état de mort apparente, dans l'intention d’infanticide (plus haut, p. 105) :

Obs. XLIX. — « Le 23 septembre, à quatre heures du matin, nous écrit M. le docteur Letort, on vient me prier de me rendre à Saint-Laurent-des-Mortiers pour terminer un accouchement chez Madame Blossier, primipare, âgée de 25 ans; la sage-femme est près d'elle depuis 24 heures.

A mon arrivée, la sage-femme vient au-devant de moi à la descente de voiture ; il était 5 heures ; elle m’explique que l’accouchement s’est terminé spontanément, il y a environ une demi-heure ; que l’enfant n’a vécu que quelques minutes ; qu’elle n’a rien négligé pour le ranimer ( frictions alcooliques, insufflations, bains chauds, etc.) ; que la mère est délivrée.

J’entre et je vois un enfant du sexe masculin assez bien constitué, le corps flasque, décoloré. Je ne perçois aucune pulsation du pouls, aucun battement du cœur.

Considérant l’enfant comme mort, on l’avait déposé sur un oreiller, que la mère de l’accouchée tenait sur ses genoux en m’attendant.

Malgré le temps déjà long écoulé depuis l’accouchement, la sage-femme m’affirmant que l’enfant avait fait quelques inspirations et poussé quelques cris après sa naissance, j’essayai, sans grande conviction, je l’avoue, et simplement par acquit de conscience, quelques nouvelles frictions, flagellations, insufflations, pendant que j’envoyais chercher ma trousse dans ma voiture, me proposant d’essayer la méthode de Laborde, sur laquelle j’avais lu plusieurs observations quelques jours auparavant.

Je pris une pince à pansement, j’écartai les lèvres, saisis la langue et commençai à pratiquer des tractions rythmées (une douzaine environ par minute), pendant qu’en même temps, de l’autre main, je faisais, de temps à autre, des frictions ou flagellations sur le corps.

Je pratiquai ces tractions pendant, au moins, dix minutes sans aucun résultat, et j’allais y renoncer lorsqu’il me sembla apercevoir de petits mouvements du côté du diaphragme et des narines.

Je continuai alors et l’enfant fit une inspiration, puis s’arrêta; les mouvements diaphragmatiques me paraissaient plus distincts, une couleur légèrement rosée remplaçait peu à p6u la teinte cadavérique du petit corps.

Ce ne fut qu’après vingt minutes, au moins, de tractions que l’enfant poussa quelques légers cris, et au bout d’une demi-heure que la respiration s’établit d’une façon à peu près régulière.

Je restai près de lui pendant une heure environ, recommençant les tractions sitôt que la respiration me semblait s’arrêter.

La sage-femme resta dans la maison pendant trois ou quatre heures, se préparant à se servir de la pince que je lui avais laissée, si cela était nécessaire.

L enfant fut tenu toute la journée sur un oreiller près du feu, frictionné de temps à autre avec de la flanelle imbibée d’alcool.

Le soir, il paraissait en aussi bon état qu’un enfant né dans des conditions ordinaires.

J eus 1 occasion de le revoir quinze jours après, il allait aussi bien que possible.

Je suis absolument certain que sans l’emploi do ce procédé, l’enfant n’eût pas été rappelé à la vie. »

Je n’ai rien à ajouter à un fait qui parle si éloquemment de lui-même, si ce n’est pour insister sur la nécessité encore si bien démontrée, en ce cas, de ne point se décourager trop tôt, en présence d’un résultat qui, bien que se faisant attendre, peut être favorable et récompenser des efforts tels que ceux de notre confrère de Bierné, qui ne saurait être assez félicité de son heureuse persistance.

Le fait suivant, dû à M. le docteur Babdon (de Brive), est certainement, dans la catégorie à laquelle il appartient de l 'asphyxie néo-natorum, avec mort apparente, un des plus dignes d’intérêt, non seulement à cause des conditions extrêmes dans lesquelles il s’est produit avec un succès inespéré, mais aussi en raison du soin minutieux qui a présidé à sa relation :

« Permettez-moi de vous adresser la relation d’un nouveau succès à l’actif de votre procédé des tractions rythmées de la langue dans un cas de mort apparente chez un nouveau-né. Il n’est pas vieux : il date d’avant-hier, 24 décembre, à sept heures du soir.

Obs. L. — Appelé en toute hâte par une sagefemme qui se trouvait depuis bientôt quarante-huit heures auprès d’une primipare de 26 ans, je constate rapidement la présentation et la position, et j’applique non sans quelque difficulté les branches de mon Pajotsur une tête en O. I. D. A. dans un bassin rétréci.

A peine la branche gauche est-elle en place qu’il s’écoule au dehors une quantité considérable de méconium, ce qui est loin de me rassurer sur l’état de l’enfant.

Bref, après des tractions longues et pénibles, celui-ci arrive en apparence complètement mort : pas un cri, pas la moindre trace de mouvements respiratoires ; face livide, lèvres bleues, tète ballante sur les épaules; pas de trace évidente de battements cardiaques : je dis évidente, car, vous le pensez bien, vu l’urgence, je n’ai pas pris la peine de procéder à une inspection méticuleuse.

Connaissant votre procédé dans ce qu’il a de général, mais ignorant le modus faciendi raisonné, je me demande instinctivement si je dois lui donner la préférence, ou si, au contraire, je dois recourir d’emblée à la respiration artificielle que tout médecin, même à ses débuts, connaît pour l’avoir appliquée au moins une fois. Plus familiarisé avec le second procédé, c’est à lui que j’ai recours sans autre tergiversation.

Je fais les mouvements alternatifs d’élévation et d’abaissement des bras avec compression latérale de la base du thorax pendant un temps que je ne puis exactement préciser, mais qui m’a semblé bien long par la douleur dorso-lombaire que m’occasionnait la position penchée sur la table où reposait l’enfant : je crois être au-dessous de la vérité en fixant le temps écoulé à dix minutes.

Malgré toute la peine prise pour rappeler la respiration, malgré l’insufflation de bouche à bouche et les immersions dans Peau tantôt très froide, tantôt très chaude, aucun signe de vie ne se révé-

lant, je prends la langue avec un mouchoir, à défaut de pince, et je fais des tractions plus ou moins rythmées.

Après trois ou quatre minutes, je ne sais au juste, il me semble remarquer comme une légère ébauche de respiration, reconnaissable à un léger mouvement d’élévation et d’abaissement des côtes, à un léger râle laryngo-trachéal, et aussi, fait signalé à haute voix par les assistants, à la coloration rosée du visage qui succède à la pâleur cadavérique du début.

La main placée sur le cœur sent nettement ses ondulations ; enfin survient une inspiration spasmodique composée de deux ou trois saccades, après quoi les mouvements respiratoires paraissent s’installer définitivement, quoique avec lenteur.

A ce moment, je veux reporter l’enfant dans l’eau chaude en recommençant quelques mouvements d’élévation et d’abaissement des bras dans le bain, mais je sens que je perds du terrain ; et vite je reprends les tractions : nouvelle inspiration, saccadée, et retour plus marqué de la respiration ; la langue, inerte jusque-là, se défend de mes doigts, chaque fois que, l’ayant échappée, je veux la reprendre.

Enfin le membre inférieur droit se soulève, l’enfant urine abondamment, et, sans un cri, se met à respirer sans discontinuité.

Tels sont les faits qui' se sont passés depuis sept heures et demie, où l’enfant est né, jusqu’à huit heures et quart, où je l’ai fait mettre au berceau.

Inutile d’ajouter que tous les assistants — et ils étaient nombreux, comme ils le sont toujours dans

ces circonstances — ont été frappés du résultat, eux qui déclaraient bien haut que tous mes efforts resteraient inutiles.

Comme dans l’observation du docteur Patin, (Voir plus haut, p. 108) , la sage-femme qui m’assistait était la plus émerveillée. Que d’enfants pareils à celui-ci, disait-elle, j’ai vu abandonner dans un coin de la chambre et qui vivraient si on avait eu recours à votre méthode!

En somme :

I. Enfant en état de mort apparente extrait par le forceps après un travail de près de deux jours.

II. Ptespiration artificielle de dix minutes à un quart d’heure , avec insufflation de bouche à bouche, et immersions alternatives dans l’eau chaude et l’eau froide, sans résultat apparent.

IV. Retour à la respiration artificielle dans le bain chaud, et perte du terrain gagné avec affaiblissement marqué des mouvements respiratoires.

V. Nouvelles tractions et rétablissement définitif de la respiration. »

Nous ajoutons également ici, dans son résumé très succinct, un autre cas de rappel de la respiration et de la vie, chez un nouveau-né en état asphyxique et de mort apparente.

Ce cas nous a été communiqué par M. le docteur Oonvers (de Saint-Etienne), en ces termes :

« J’ai l’honneur do voua informer que j’ai employé, avec succèa, votre procédé des tractions rythmées de langue chez un enfant né en état d’asphyxie et de mort apparente. Voici, en quelques mots, le cas dont il s’agit :

Obs. LI. — Femme primipare, inertie utérine, présentation du sommet en occipito-sacrée.

Application des forceps amenant un enfant du sexe masculin en état de mort apparente.

Tractions rythmées de la langue, prolongées pendant un quart d’heure.

Ce ne fut qu’au bout de ce temps que l’enfant eut une inspiration.

Tout en continuant les tractions, j’ai alors employé les autres moyens : flagellation, frictions, bain chaud, et peu à peu les mouvements respiratoires sont devenus réguliers ; la circulation s’est rétablie.

« L’enfant était sauvé. »

Voici encore un fait, que nous tenons de l’obligeance de M. le docteur Ph. Ledoüx (de Pagney, Jura), qui rentre dans la catégorie des cas extrêmes, où l’efficacité du procédé se montre dans toute sa puissance, et où une grande part doit être faite à la persistance et à la ténacité de celui qui l’applique avec confiance.

« Bien que pas mal de nouveau-nés, en état complet d’asphyxie, aient été rappelés à la vie par l’emploi de votre méthode des tractions rythmées de la langue, j’ai l’honneur de vous envoyer l’observation suivante, qui ne me paraît pas sans intérêt.

Obs. LU. — Le 15 de ce mois (décembre 1893), à huit heures du soir, je fus appelé à sept kilomètres de ma résidence, auprès d’une dame qui, à quatre heures, avait ressenti les premières douleurs de l’enfantement.

Le début de celles-ci avait été marqué par la rupture de la poche des eaux et l’apparition d’une main de l’enfant en dehors de la vulve.

Aussitôt arrivé, je me mis en devoir de pratiquer la version.

J’avais à faire à une présentation du plan latéral gauche, en seconde position.

Les manœuvres furent rendues particulièrement difficiles par les contractions énergiques et très rapprochées de la matrice, l’absence du liquide amniotique, l’élévation des pieds, qui se trouvaient tout au fond de l’organe, un certain degré de déflexion de la tête, le long de laquelle les bras s’étaient redressés.

Toutefois, au bout d’un quart d’heure, l’accouchement était terminé : la mère se portait bien, mais l’enfant très mal. En état de mort apparente, il avait les téguments décolorés et tachetés, par places, de plaques ecchymotiques, surtout à la face ; les chairs flasques, un bras cassé, et point du tout de respiration. Je le crus mort sans rémission.

Cependant je voulus tenter de votre moyen. Pour cela je fis maintenir l’enfant par un aide, dans un seau d’eau tiède ; puis, avec mes pinces à pansement, je saisis sa langue et j’exerce sur elle une traction toutes les quatre secondes à peu près. Au bout de douze minutes, il n’y avait encore

aucun signe de retour à la vie ; pas l’ombre de réflexe respiratoire.

Je continuai mon exercice. Bien m’en prit, car quelques minutes plus tard un râle guttural se faisait entendre, puis un autre à un intervalle assez éloigné, quarante à cinquante secondes, et ainsi de suite, mais toujours en se rapprochant, jusqu’à ce qu’un véritable vagissement vînt annoncer l’établissement définitif de la respiration avec toutes ses conséquences.

Les tractions de la langue ont seules amené ce résultat. Je ne saurais, en effet, qu’attribuer une action pernicieuse à une immersion de quelques secondes dans de l’eau très froide, apportée, par erreur, au début, en place de l’eau tiède demandée. La pâleur des téguments indiquait une asphyxie rapide par compression du cordon, et, dans ce cas, le froid devait certainement être nuisible.

Aujourd’hui, le petit ressuscité est merveilleusement portant ; et, sans témérité, je crois devoir vous rapporter tout l’honneur de cette résurrection. »

M. le docteur Bécour (de Lille-Fives), médecin de la Société centrale de médecine du Nord, m’a fait également parvenir, après l’avoir insérée dans le Bulletin médical du Nord , l’observation suivante :

Obs. LIII. — « Une sage-femme me fait appeler, le 10 novembre 1893, pour une femme à terme atteinte d’éclampsie; primipare, taille au-dessous de la moyenne, 20 ans, très grasse et infiltrée à la

face, aux mains, à l’abdomen avec engorgement notable des grandes et petites lèvres, et œdème généralisé aux cuisses et aux jambes; on n’a pu me donner de l’urine.

L’enfant lâche son méconium, le cœur bat au niveau de l’ombilic à droite, présentation du siège, dilatation à peu près complète; col mou, dilatable.

Le cas étant pressant, vu les accès éclamptiques, j’introduis le doigt dans le pli de l’aine droite de l’enfant et j’amène la fesse à la vulve. Les pieds sont dégagés, le tronc suit, puis les bras; la tête descend dans l’excavation, je la fais basculer en introduisant le doigt dans la bouche de l’enfant, le menton s’abaisse.

Le cordon, flasque, ne bat plus, plusieurs inspirations de l’enfant m’indiquent que la situation est critique pour lui ; n’ayant pas de forceps, et pris au dépourvu, j’essaie de dégager la tête par la pression sur les épaules et l’abaissement forcé du menton, ce qui exige bien cinq ou six minutes (difficile d’évaluer le temps); l’enfant est décoloré, flasque, enfin, après un dernier effort, la tête franchit la vulve que je m’apprêtais à inciser.

Le cœur de l’enfant trémule faiblement, il ne donne pas d’autre signe de vie.

J’avais au préalable fait préparer un bain tiède, je l’y plonge aussitôt en ordonnant des affusions fraîches sur l’occiput, pendant que je tirais la langue de V enfant d’une façon rythmée à peu près de la vitesse du pouls d’un adulte, j’ai opéré ainsi pendant 10 minutes avec l’index et le pouce, en tenant la langue tantôt par les faces supéroinférieures, tantôt par les bords latéraux.

Au bout ch ce temps le cœur s’est accéléré, une légère inspiration est survenue, je n’ai cessé les tractions que lorsque les battements du cœur me semblaient assez soutenus et réguliers de même que l’inspiration et l’expiration; la coloration des tissus s’est accentuée peu à peu, et j’ai abandonné l’enfant entre les mains de la garde lorsqu’il a crié largement.

J’ai pu me convaincre que la traction rythmée de la langue est le moyen le plus rapide, le plus sûr et le plus efficace pour ramener à la vie l’enfant, qui naît dans des conditions les plus désavantageuses, chez une primipare éclamptique, infiltrée, et avec présentation du siège.

Le moyen préconisé par M. Laborde trouvera maintes fois son application dans tous les états asphyxiques. »

Mon honoré confrère, M . le docteur Barre, de Toulon-Mourillon, me transmettait à son tour, le 24 décembre dernier, la brève mais très éloquente relation ci-après :

« La reconnaissance me fait un devoir de vous transmettre l’observation suivante :

Obs. LIV. — a 9 décembre 1893. — Primipare, âgée de 20 ans environ, en travail depuis 3G heures : présentation de la face.

La sage-femme qui assistait la parturiente avait administré de l’ergot de seigle.

A mon arrivée, je trouve la mère épuisée, les bruits du cœur du fœtus à peine sensiblesr

Application immédiate du forceps, amenant un enfant du sexe féminin en état de mort apparente

(asphyxie blanche).

Pendant que je faisais préparer un bain chaud, etc., saisissant la langue avec une pince, je pratiquai les tractions rythmées.

A la deuxième traction, léger frémissement; encouragé, je continue.

Deux minutes après, la jeune mère embrassait son enfant vivante.

Il est probable que le mal avait été produit par le seigle, et que sans les tractions rythmées de la langue, remède héroïque, nous n’aurions pas eu la satisfaction de ramener à la vie cette enfant, qui se porte très bien depuis. Car, je dois ajouter que le bain et l’insufflation, employés alternativement, n’ont en rien impressionné le nouveau-né ; à la reprise des tractions de la langue seulement les cris se sont fait entendre et la respiration s’est rétablie. »

M. le docteur Delobel (de Noyon) nous a communiqué, de son côté, les deux très remarquables cas qui suivent :

05s. LV. — ASPHYXIE BLANCHE ET MORT APPA- RENTE CHEZ ON NOUVEAU -NÉ, A LA SUITE DE MANOEUVRES DIFFICULTUEUSES DE VERSION.

Rappel à la vie par les tractions rythmées de la langue, après échecs des autres moyens, notamment de l’insufflation bouche à bouche.

« Appelé, le 2 août dernier, à quatre heures du matin, dans un village voisin, chez une secondi-

pare (qui n’a pas eu d’enfant depuis huit ans), par une sage-femme, afin de pratiquer une version, je saisis aisément, malgré la procidence du bras gauche, un pied. Mais j’ai eu de la peine à l’amener à la vulve; ensuite j’ai dû, et j’avoue que ce n’était pas sans inquiétude, tirer avec force pour arriver à faire sortir le membre inférieur gauche.

Pour le deuxième, la chose a été facile. Mais les difficultés se renouvellent pour faire sortir le tronc et surtout les bras. Pendant que je dégage ceux-ci, l’enfant fait quelques mouvements respiratoires, et je crains qu’il ne succombe. Enfin je fais sortir la tête en mettant un doigt plié en crochet dans la bouche et en ramenant le dos de l’enfant sur le ventre de la mère.

L’enfant est pâle, inerte : il est en état d'asphyxie blanche.

La flagellation suivie d’un bain ne donne rien. Je mets la bouche sur la bouche et le nez de l’enfant, et je souffle.

Au bout de dix minutes, n’obtenant rien, je saisis la langue avec une pince hémostatique et pratique d’une main des tractions rythmées en même temps que, de l’autre, j’exerce la compression du thorax suivie de la décompression. Le père tenait la tête de son fils immobile.

Au bout de cinq minutes, c’est-à-dire vingt minutes après sa naissance, l’enfant fait une première inspiration, bientôt suivie d’autres inspirations de plus en plus rapprochées.

Je ne le quitte qu’à sept heures du matin, respirant très bien. Il est aujourd’hui très bien portant. »

ObS. LVL— ÉTAT ASPHYXIQUE A LA SUITE D’UNE APPLICATION LABORIEUSE DE FORCEPS.

Rappel de la respiration et de la vie par les Tractions rythmées de la langue.

« Le 4 novembre dernier, nous écrivait le même docteur Delobel, à sept heures du soir, je suis appelé par la sage-femme auprès de Madame U..., primipare, en travail depuis quatre heures du soir.

Partie de Paris à une heure quinze, cette femme a perdu ses eaux en route et est arrivée chez sa mère à quatre heures.

La dilatation du col s’est faite assez rapidement, mais il n’y a eu aucun progrès dans le travail jusqu’à sept heures. La présentation est celle du siège décomplété, mode des fesses, S. I. G. A. Les battements du cordon sont tombés à 100.

Nous faisons une application de forceps; le siège est amené très lentement à la vulve, pendant les douleurs. De plus, il y a une étroitesse remarquable de la vulve (au point que nous l’avons déchirée en introduisant doucement la main recouverte de vaseline).

Il nous faut dix minutes pour amener le siège à la vulve, dégager les membres inférieurs, puis les supérieurs, et enfin la tête.

Les battements du cordon n’existent plus ; mais je perçois encore ceux du cœur.

Je fais l’insufflation bouche à bouche durant cinq minutes, je n’obtiens que deux mouvements respiratoires.

Je saisis alors la langue avec une pince hémostatique, et j’exerce d’une main des tractions rythmées de la langue, tandis qu’avec l’autre je fais la compression suivie de la décompression du thorax.

Les mouvements rospiratoires s'établissent presque aussitôt; bientôt l’enfant se met à crier, et je le considère hors de danger.

Il est neuf heures quand je quitte la mère et l’enfant bien portants.

L’insufflation aurait-elle été suffisante? Sans douter absolument de son effet en cette circonstance, je trouve que le procédé des tractions rythmées de la langue agit d’une façon bien plus rapide. »

Un honorable confrère du Tarn, M. le docteur Milttau (de Labastide-Rovairoux), nous adressait, le 17 novembre, l’observation ci-après, en ces termes :

« Encore un succès de rappel à la vie par votre méthode, les tractions rythmées de la langue.

Obs. LVII. — « Une de mes clientes de la campagne accoucha, il y a un an environ, d’un bel enfant que tous les moyens connus alors, et mis en usage par la sage-femme qui l’assistait, ne purent réussir à rappeler à la vie : respiration de bouche à bouche, immersion dans l’eau chaude, etc.

a Cette femme, sur le point d’accoucher de nouveau, me fit prévenir, il y a quelques jours, de me transporter sans retard auprès d’elle, dès qu’elle me ferait appeler, désirant que j’assiste à sa défi-

vrance pour donner mes soins au nouveau-né, s’il y avait lieu.

« A l’appel de ma cliente, j’enfourchai mon cheval, et, comme j’arrivais, l’enfant était né il y avait un instant, en état de mort apparente.

« Les femmes présentes avaient lié et coupé le cordon, avaient fouetté l’enfant avec la main, et l’avaient frictionné avec de l’eau-de-vie.

« J’étendis l’enfant sur une table, fis des aspersions d’eau fraîche, la respiration de bouche à bouche, la respiration artificielle ; je présentai l’enfant devant le feu, puis à l’air extérieur. Je n’obtins aucun résultat.

« C’est alors que j’eus recours aux tractions rythmées de la langue.

« Au bout de trois à quatre minutes survint une inspiration ; deuxième inspiration une minute après seulement. Les inspirations se rapprochèrent et l’enfant fut sauvé.

« J’ai cru utile de vous signaler ce fait, qui m’a édifié sur votre procédé que j’appelle souverain. »

Presque en même temps que les précédentes, je recevais de M. le docteur C. Pacaud (de Sillans, Isère), la suivante :

Ayant suivi attentivement les différents articles de la Tribune médicale relatifs aux tractions rythmées de la langue, j’étais décidé à m’en servir le cas échéant.

06s. LVIII. — « Le 28 décembre 1893, je fus appelé, vers neuf heures du matin, dans un village distant d’environ sept kilomètres, auprès d’une primipare de 22 ans, sans aucune déformation pelvienne.

Le travail durait depuis la veille dans l’aprèsmidi ; vers neuf ou dix heures du soir, la poche des eaux s’était rompue.

A mon arrivée, le col est dilate et même lacéré par le petit travail d’une sage-femme d’antan : Douleurs continues, sans résultat.

A l’auscultation, on ne perçoit aucun bruit fœtal. Présentation O. I. D. P., application de forceps, durée : dix à quinze minutes environ.

La tête, sortie, laisse passer un peu de méconium. Issue de l’enfant, ligature du cordon.

L’enfant est cyanosé, quelques claques sur les fesses et sur les joues n’amènent pas de respiration.

Je prends une pince hémostatique dans ma trousse et je commence les tractions de la langue.

Au bout de cinq minutes l’enfant pousse un soupir; je continue, et au bout de huit à dix minutes, en totalité, l’enfant se ranime, la cyanose a disparu, et une évacuation intestinale me décide à cesser les tractions.

Comme disent les autres confrères, le procédé de la langue a fort intrigué l’assistance, et changé le rire naïf de la sage-femme en une exclamation..»

Après avoir reproduit les cas observés à l’hôpital Trousseau et relatés par M. le docteur Moizard (V. p. 44), le Concours médical, dans son numéro du 23 décembre dernier, y ajoutait, de la part de M. le docteur P. IIuguenin (de Paris), l’observation suivante en faveur de l’efficacité du procédé :

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