L’EMPLOI DES MOYENS EN USAGE
Rappel à la vie par les tractions rythmées et persistantes de la langue.
Le 9 mai 1893, je fus appelé, au milieu de la nuit, par Mme C..., sage-femme, avenue Parmentier, chez Mme B..., sa cliente.
Quand j’arrivai, la sage-femme me dit : « Je vous fait appeler, M. le docteur, pour Mme B. ..qui vient d’accoucher d’un enfant mort après trente-huit heures de travail. Cette femme perd beaucoup de sang. Le cordon s’étant rompu, je ne puis retirer seule le délivre. »
Je me mis donc en demeure d’extraire le placenta. L’opération fut rapidement terminée et je pus arrêter l’hémorrhagie.
Je prescrivis un traitement et je me retirais quand j’eus l’idée de demander à voir l’enfant. Il était enveloppé dans une serviette et relégué dans un coin sur un oreiller.
Le petit être, un garçon, était bien constitué. Il pesait 3 kilog. 1/2. — « Il est mort, » me dit la sage-femme, « je l’ai frictionné, flagellé. J’ai essayé la respiration artificielle sans résultat. Il n’y a plus rien à faire. » Hélas ! il n’y a plus rien à faire ! répéta la grand’mère.
A la vue de cet enfant, le procédé du docteur Laborde me vint aussitôt à l’esprit. Je saisis alors la langue de l’enfant avec le pouce et l’index entourés d’un linge, et je me mis à exercer des tr actions rythmées, de la main droite, tenant la tête un peu élevée, de la main gauche.
La grand’mère parut exaspérée. Il lui semblait que j’allais arracher la langue de son petit-fils et que j’allais commettre un sacrilège sur le cadavre.
Sans m’arrêter aux réflexions intempestives de la bonne dame, je priai la sage-femme de faire des pressions sur les flancs et le ventre pendant que j’attirais la langue de l’enfant. Ces tractions étaient répétées vingt-cinq fois environ par minute.
Dix minutes s'étaient écoulées sans résultat.
Il y avait là, en même temps que la sage-femme et la garde-malade, des tantes, des parentes et des voisines.
Toutes répétaient en chœur : « Mais laissez donc ce pauvre petit ange en paix. »
J’allais m’arrêter fatigué, quand je crus remarquer comme un soupçon de spasme du ventre, en même temps qu’une certaine résistance de la
langue. Bientôt l’enfant fit un léger hoquet inspirateur, puis un second plus marqué, un soupir, un faible cri, et peu à peu il se mit à respirer et à crier vigoureusement.
Cette résurrection a stupéfait toute l’assistance qui me vouait déjà aux dieux infernaux.
Il y avait bien trois quarts d’heure que cet enfant était né, et ne respirait pas, et plus d’une demiheure qu’il était considéré comme mort et presque oublié déjà.
Aujourd’hui, suivant le cliché traditionnel, la mère et l’enfant se portent bien.
Obs. LXI. — ENFANT NOUVEAU-NÉ EN ÉTAT DE MORT APPARENTE (ASPHYXIE flasque).
Rappel à la vie par les tractions rythmées de la langue.
« Le 25 octobre dernier, je fus demandé d’urgence, 15, boulevard de la Chapelle, près d’une dame en couches, par le docteur Mosingue.
A mon arrivée, mon confrère m’expliqua que sa cliente était en travail depuis vingt-quatre heures : dilatation moyenne, absence de contractions utérines, poche des eaux rompues depuis dix heures, battements du cœur de l’enfant imperceptibles. Il me priait de terminer l’accouchement pendant qu’il donnerait, lui, le chloroforme.
J’appliquai le forceps et amenai un enfant asphyxié; pas de pouls, pas de respiration , pas de mouvements, corps inerte, décoloré, fiasque.
Négligeant toute autre manœuvre, je me mis
immédiatement à exercer des tractions rythmées sur la langue de l’enfant, pendant que mon confrère s’occupait de la mère.
Au bout de deux minutes, après soixante tractions environ, j’obtins un hoquet, des vagissements; le cœur se mit à battre, la peau se colora, et l’enfant cria franchement et amplement (1). »
(1) Voir dans le Journal de la Polyclinique de Namur (n1* 17) et dans la Tribune médicale (numéro du 8 mars 1894) une nouvelle observation de M. le docteur Beugnies, accompagnée d’intéressantes remarques sur la durée possible de l’état de mort apparente chez le nouveau-né.