RAPPEL A LA VIE PAR LES TRAGTIONS LINGUALES
Le 4 mars. — Un cobaye adulte est maintenu pendant une minute quarante secondes constamment sous l'eau, d’où il n’est retiré que lorsqu’il tombe de luimême au fond, immobile.
Il est sorti, absolument inerte, sans réflexe oculopupillaire, ni constriction maxillaire, sans respiration ni circulation perceptibles.
On lui saisit la langue avec une pince à pansement,
et l’on opère des tractions énergiques, ! rythmées , d’arrière en avant et en sens inverse.
Ce n’est qu’après 15 à 20 secondes qu’un premier hoquet inspiratoire, très net, se manifeste, suivi bientôt de quelques autres, puis la respiration se rétablit, le cœur est senti à la palpation; l’animal est essuyé alors, et abandonné à lui-même près du feu de la cheminée, où il reste d’abord assoupi, avec une respiration précipitée, irrégulière.
Une demi-heure plus tard, il était presque complètement remis.
Exp. IV- — COBAYE EN ÉTAT DE MORT APPARENTE APRÈS SUBMERSION PROLONGÉE DE 1 MINUTE 1/2.
Rappel à la vie par les Tractions linguales.
Le 8 décembre à 3 heures, un cobaye adulte de 450 gr. est plongé dans de l’eau à 9°, de façon à le laisser venir, à deux ou trois reprises, respirer à la surface; puis, après avoir été maintenu sous l’eau jusqu’à. disparition complète de tout mouvement, ce qui arrive au bout d’une minute et demie d’immersion, il est retiré de l’eau absolument inerte, ne présentant plus ni mouvement respiratoire, ni réflexe oculo-palpébral, ni battement cardiaque perceptible.
On a immédiatement pris la langue avec une pince et opéré des tractions rythmées successives, les deux mâchoires étant maintenant écartées par un aide, ce qui a fait pincer les narines pendant une minute environ, par inadvertance.
A.u bout de 4 minutes de tractions, l'animal ayant été essuyé et recouvert de linges chauds, s’est produit le premier hoquet inspiratoire, faible, suivi bientôt par deux ou trois autres isolément, à quelque distance d’intervalle ; alors s’est manifestée une légère respiration diaphragmatique, par saccades successives, tandis qu’une fine écume bouillonnait aux orifices nasaux et que le réflexe oculo-pupillaire était revenu à l’état normal.
On continue des tractions sur la langue pendant 10 minutes ; la respiration diaphragmatique devenant plus régulière et l’animal faisant des mouvements généraux assez prononcés, on l'abandonne à lui-même et on le place près du feu de la cheminée.
Il continue à respirer un peu précipitamment, et une heure après la submersion il est bien revenu à lui. On le laisse deux jours à cette place; il prend de la nourriture comme à l’ordinaire, et le samedi matin 10 décembre il est remis en cage et se porte aussi bien que les autres.
Exp. V. — COBAYE EN ÉTAT DE MORT APPARENTE PAR SUBMERSION DE 3 MINUTES.
Rappel à la vie par les Tractions rythmées de la langue.
Le 5 décembre. — Un cobaye de 380 grammes est plongé sous l’eau, puis on le laisse venir respirer à plusieurs intervalles à la surface ; après quelques spasmes respiratoires et des mouvements généraux exécutés sous le liquide, il y reste complètement inerte au bout de trois minutes.
Retiré alors sans réaction aucune, sans le moindre indice de vie, on lui prend immédiatement la langue pour la soumettre à des tractions successives, mais non sans difficulté, par suite du mauvais état de la pince.
Néanmoins quelques faibles hoquets se manifestent, après quelques minutes seulement, pendant lesquelles tout espoir semblait perdu, et plus de cinq minutes depuis le début des tractions la respiration diaphragmatique s’est complètement rétablie ; le réflexe cornéen, absolument aboli après la noyade, est également revenu, puis la respiration thoracique et faciale a reparu, des mouvements généraux se sont manifestés spontanément, et l’animal a pu être abandonné à luimême après dix minutes de tractions linguales. Essuyé
pendant co temps et recouvert de linges secs et chauds, il est placé près du feu.
25 minutes après la sortie de l’eau, la respiration est précipitée, irrégulière, et s'accompagne de petits soubresauts spasmodiques.
Cependant l’état général va s’améliorant et l’animal reste deux jours près de la cheminée, prenant très peu de nourriture ; enfin le 7 décembre- au matin il est tout à fait rétabli, aussi vif qu'auparavant, et partage la vie commune avec ses congénères.
Il convient de remarquer que la durée de 3 minutes de submersion constitue une limite tout à fait extrême pour le cobaye, et que ce n’est qu’exceptionnellement qu’il est possible, en ce cas, grâce à la puissance du moyen, de ramener définitivement la fonction respiratoire et la vie.
Il peut se faire, ainsi que nous l'avons déjà dit, que le rappel des contractions du muscle essentiellement inspirateur, le diaphragme, ne soit que passager, dans certaines conditions où les phénomènes asphyxiques — notamment à la suite de la noyade — sont arrivés à un degré tel que le rappel à la vio est impossible par tous les moyens, quels qu’ils soient.
Mais tellement puissante est l'action des tractions linguales que, même dans ces conditions, elle parvient à susciter un certain nombre de contractions diaphragmatiques, avec les mouvements respiratoires qu’elles constituent, et alors qu’aucun des autres procédés de respiration artificielle, en usage habituel en ces cas, n’est capable de provoquer la moindre apparence de mouvements de cette nature.
Voici lo résumé de quelques expériences qui, tout en donnant la preuve du fait qui précède, permettent, en même temps, de fixer les indications de la méthode, principalement dans les cas d’asphyxie par submersion.
Trois chiens submergés le 4 mars, dans la cuve du laboratoire, n’ont pu être rappelés à la vie malgré quelques hoquets inspiratoires déterminés, dans chaque cas, par des tractions linguales répétées; le réflexe avait donc été provoqué, mais l’obstruction complète de la trachée, des bronches et des alvéoles pulmonaires par une écume fine très abondante, constatée à l’autopsie, avait mis obstacle au rétablissement de la fonction.
Exp. V ].— Le premier de ces animaux, aussitôt plongé dans l’eau, tombe au fond et ne parvient pas, malgré des efforts réitérés, à venir respirer une seule fois à la surface.
Il est retiré au bout d’une minute et demie, immobile et insensible, les pupilles dilatées, les mâchoires relâchées, sans respiration, ni cœur perceptibles.
Soumis aux tractions linguales successives et rythmiques, il manifeste un faible hoquet après cinq minutes, mais rien à la suite; de sorte qu’on le traite en vain pendant 15 minutes, un peu de liquide et d’écume sortant de la bouche et du nez par la déclivité imprimée à la tête.
Autopsie. — Environ 45 minutes après la noyade, il a les poumons ecchymosés par endroits, et remplis d écume fine, blanche, qui en sort à la coupe et à la pression; les bronches et la trachée sont encombrées par une mousse semblable.
Le cœur est en diastole et contient du sang liquide dans les deux cavités, mélangé à quelques caillots peu considérables de consistance moyenne. L’estomac renferme beaucoup d’eau, l’intestin est normal,
Exp. VII. — Le second, plongé dans l’eau dans les mêmes conditions, se débat énergiquement pendant quatre minutes et parvient à respirer plusieurs fois à la surface, quoiqu’on l’oblige à replonger tant qu’on peut.
Sorti de la cuve immobile et insensible, sans réflexe oculaire, mais avec une certaine roideur maxillaire, il est traité aussitôt par le procédé de la. langue, qui amène un hoquet inspiratoire au bout de la 101' traction, mais sans autre indice vital, les mâchoires ellesmêmes s’étant relâchées.
On continue néanmoins à agir sur la langue pendant 15 minutes, sans résultat; du liquide en assez grande quantité, mélangé d’un peu d’écume, sortant de la bouche et du nez par la déclivité de la tête, on fait alors sur le thorax et l’abdomen des pressions énergiques successives qui augmentent beaucoup cet écoulement, puis on suspend l’animal par les membres postérieurs, ce qui lui fait rendre encore beaucoup de liquide.
E autopsie, faite 30 minutes après l’immersion, montre les poumons ecchymosés par places, donnant à la coupe une mousse fine, blanche, très abondante, qui obstrue également les grosses bronches et la trachée d’une façon complète.
Le cœur contient du sang liquide dans les deux cavités, en voie de coagulation dans le ventricule gauche.
L’estomac renferme des aliments solides et peu d’eau. L’intestin est normal, mais la muqueuse est fortement hyperhémiée dans les anses qui avoisinent la vessie.
Exp. VIII. — Le troisième est submergé dans les mêmes conditions expérimentales que les précédents, mais ne réagit pas beaucoup et ne vient qu’une seule fois, au début, respirer à la surface, puis reste sous l’eau une minute et demie, en est retiré après deux à
(rois mouvements convulsifs, asphyxiques, éloignés l’un de l’autre, avec une roideur assez prononcée des mâchoires, mais sans réflexe oculaire, sans respiration ni circulation.
Soumis aux tractions linguales habituelles, il manifeste après trois minutes un hoquet inspiratoire assez intense, puis quelques autres plus faibles à quelques secondes d’intervalle, mais rien ne survenant au bout de la dixième minute, l’animal est abandonné et autopsié.
Cœur en diastole, rempli de caillots très consistants.
Poumons, bronches et trachée obstrués par une écume fine en quantité.
Peu d’eau dans l'estomac.
Ces faits, comme on le voit, sont bien ceux dans lesquels l’inondation bronchique et du sang ont réalisé des conditions qui ne permettent plus la lutte contre l’asphyxie confirmée : l’excitabilité du système nerveux n’est plus suffisante pour que le réflexe respiratoire puisse être maintenu, bien que la provocation par les tractions linguales persistantes soit assez puissante pour le faire se manifester encore, mais passagèrement, l’état des poumons ne permettant plus, d’ailleurs, la réalisation fonctionnelle de l’hématose.
Ces cas expérimentaux représentent exactement ceux que le professeur Brouardel a signalés et si bien décrits chez les noyés, que nul procédé et aucune sorte de tentative ne sauraient rappeler à la vie.
Mais ce qui donne, en outre, un grand intérêt aux exemples qui précèdent, c’est qu’ils révèlent toute la puissance du moyen, par le résultat qu’il
provoque, même dans les cas les plus extrêmes, et dans lesquels les conditions de la mort apparente sont telles, qu’il est devenu matériellement impossible d’y remédier. Et l’on assiste, néanmoins, alors à ce fait remarquable que les tractions linguales persistantes parviennent à forcer, en quelque sorte, la manifestation du phénomène biologique ou du réflexe respiratoire, quand bien même il lui est devenu impossible de se maintenir pour donner lieu au rétablissement de la fonction.
Ce n’est pas seulement à la suite des faits expérimentaux que cette constatation a pu être faite, la clinique s’est trouvée également en mesure de la donner, d’une façon éclatante, et dans des circonstances vraiment dramatiques que nous allons faire connaître.