‹ Les traditionnellesChapitre 44 sur 114 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Que lo mépris s'allaclic au dieu que l'on comprend; Que, dès que notre main peut peser sa poussière , Il n'a plus dans le ciel part à notre prière

Et n'est qu'un liornme un peu plus grand;

Puisqu'enfin, et peut-être est-ce la seule idée Dont leur âme envieuse est au fond possédée , ils veulent, dans l'accès d'un ridicule orgueil, Avides des honneurs qu'on ne veut point leur rendre, Se farder de la gloire attachée à ta cendre Kt parader sur ton cercueil ;

Eh hien ! Celui qui met les effets dans les causes Fait quelquefois du mal sortir de bonnes choses. Ce jour, à leur insu, doit être un jour heureux ; Afin de nous punir d'une cui)idc offrande, Los morts disent souvent plus qu'on ne h?nr demande Du fond de leur lit ténébreux.

Toi, qu'on croyait brûlé des feux de la lumière, Reprends l'essor... Jamais victoire plus entière, Ni quand tu formulas tes immortelles lois , Ni lorsque la Fortune, accordant à ton glaive Bien plus que ton espoir et bien plus que ton rêve. Fit son autel de ton pavois ;

Ni lorsque, enflammant l'air dans son vol intrépide, Ton coursier éclairait seul une nuit livide , Présent sur tous les points dans sa rapidité, Et dévorait sous lui, voyant fuir monts et plaines, L'horizon renaissant des victoires lointaines Au gré de ton avidité ;

Ni lorsque, consultant ta profonde Égérie, Dans un moule nouveau tu jetais la patrie ; Ni lorsque, subjugués aux feux de ton flambeau,

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(lontraints d'abandonner l'espace imaginaire, Les esprits, divisés jusqiics à la poussière, Se réunissaient en faisceau.

Vois cette multitude, héroïque canaille.

Qui change ses faubourgs en un champ de bataille , Boa séditieux , par ton glaive rompu , A qui tu fis passer une homicide ivresse, Et qui rendit, tordu sous ta main vengeresse , Le sang dont il s'était repu.

Ces bâtards du blason ou de la bourgeoisie, Si fidèles aux rois que fait leur fantaisie, Ces fiers républicains dont tu courbas les fronts, Tribuns s'encouragcant dans la haine du maître. Qui levèrent séance en gagnant la fenêtre Au seul bruit de tes éperons;

Soutanes de rebut, cotillons publicistes, Honncts carrés gonflés de biles jansénistes,

Veiniiiie qu'enfanta Barbacole et Danclin, El dont le sot orgueil sans relâche conspire, Rêve, griffonne, ergote et pousse au bas-empire. Objet de ton sanglant dédain ;

Tont ce qui s'éleva par un succès infâme. Tous ces lâches sans foi, sans honneur et sans âme, Qui, baisant cette main qui t'a martyrisé, Livrent, les poings liés, la France à l'Angleterre ; Tout ce qui tellement rampe à plat sur la terre Qu'il ne saurait être écrasé;

Tout cela bat des rrjains après ton char et crie : « Gloire à celui qui fit respecter la patrie! Notre raison subit celle de tous les temps: Le pouvoir souverain est une chose sainte; Gloire au bras fort qui sut en défendre l'enceinte ! Nous avons menti cinquante ans. »

Ton ennemi s'abjure, ô géant des batailles!

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Un triomphe de plus nait de tes funérailles. L'aspic sert de remède à son venin fatal, (^est, a[)rès son couiioux, Aman (jui se décide, Aman qui s'exécute et vient tenir la bride A ton destrier triomphal.

Mais, hélas! (et des morts l'àme en est plus certaine) Toujours un côté sombre est dans la gloire humaine. Triomphateur funèbre, écoute... écoute-moi^ Si ton attention jusqu'à moi peut descendre : I*armi tous ces honneurs que l'on rend à ta cendre, 11 est une leçon pour toi.

Quand minuit laissera tomber ses sombres heures; Quand les foules auront regagné leurs demeures. Lasses de leur orgie ou de leur abandon; Quand la grande cité, la cité souveraine.

Tâchera d'endormir son plaisir ou sa peine Sur la paille ou sur Tédredon;

Désertant ton cercueil, que ton pâle fantôme Monte silencieux les degrés de son dôme, Et, jusques au sommet lorsqu'ils t'auront conduit, Tourne-toi vers le nord. A travers les ténèbres. Ton regard trouvera des aiguilles funèbres. Car l'œil des morts voit dans la nuit.

C'est le vieux Saint-Denis, qui garde sous ses dalles Le somptueux néant des majestés royales, Le seid lit de repos que tu te sois promis. Demande-lui quels lieux recèlent la poussière De ceux dont le destin t'avait fait presque frère , Hélas! il répondra : « Mon fils!

(( 11 faut le demander à ce vent redoutable

Qui vient de temps en temps effacer sur le sable

Ce que l'orgueil humain de ses doigts a tiacé.

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Et (jui, cliimiicaiit soudain rétat de ratmosphère, Dans le sein de la niorl trouve encore à défaire, Et du présent fait le passé;

« Au vent dont pour un jour tu te rendis le maître, Au vent qui te fit voir et te fit disparaître, Que ta chute a rendu plus ardent aux affronts, Et qui, du front des rois que leur astre abandonne, Comme une feuille morte emporte la couronne, Et parfois couronnes et fronts ;

« Au vent qui fait aller la nef de tout royaume, Comme sur l'Océan ce navire fantôme Qui, portant le démon de l'orage à son bord, De son sinistre aspect fait pâlir le pilote. Et qui, d'un pôle à l'autre, incessamment ballotte Sans pouvoir toucher à nul port.

« Oh' puisses-tu, mon fils, dans un sommeil tranquille, Jouir encor longtemps de ton funèbre asile !

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C'est beaucoup maintenant (ju'un abri pour ses os; Car, dans la vieille Europe, en proie à des tempêtes Qui grondent sous les pieds ainsi que sur les tètes, La tombe même est sans repos. »

Et je vois à ces mots ton spectre qui s'alïaisse, Ta tête sur ton sein retombe de tristesse, Et tu vas retrouver ta couche de granit. En disant anatlième à ces mains outrageuses Qui l'ont ravie aux mers cent fois moins orageuses Que ce vieux monde qui finit.

• 15 décembre 1840.

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