LIVRE V
Hclas! l'homme est toujours le plus faible des ùlres... Mais trêve au préambule, et commençons enfin : — Trois apprentis Crcsus, désirant passer maîtres, Dans un touchant accord s'étaient mis en chemin.
Ah ! l'amitié sans doute est une belle chose, Lorsqu'elle a pour lien l'amour du bien d'aulrui; Mais ce beau sentiment a sa métamorphose : Nos intérêts d'hier sont-ils ceux d'aujourd'hui'/
Or, nos amis de cœur aperçurent un coilVe
Que quelque diligence avait laissé tomber :
« Frères, il est à nous ! c'est le sort qui nous l'ollre ;
Mais aux yeux des passants il faut le dérober,
c< Dit l'un d'eux ; vous voyez ce roc à haute taille : 11 cache une caverne; elle n'est pas bien loin; Là, nous pourrons savoir ce qu'est notre trouvaille. Et nous la partager sans crainte et sans témoin. »
Sitôt dit, silùl Tait. — La malle était pesante; Mais ce poids était doux à leur avidité, ils marchent à grands pas; dans la grotte béante Le fardeau précieux est bientôt abrité.
Ce n'est pas sans travail qu'on en brise le pêne. On l'ouvre; sa lourdeur tient ce qu'elle a promis. Devant les pièces d'or dont la valise est pleine, Nos hommes bien longtemps restèrent ébahis.
On compte cependant la somme, on la partage; Dans trois sacs pour chacun le tiers est destiné : Mais ils étaient à jeun ; vers le prochain village Le plus agile court pour chercher le dîné.
Or, l'un des deux restants se prit à dire à l'autre : « Une part divisée en deux vaut mieux qu'en trois, « Le lot de notre ami pourrait grossir le nôtre, (( 11 faut s'en emparer, frère, si tu m'en crois. »