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SA MARCHE DANS LE MONDE

Nous ne pouvons, dans cet ouvrage, reprendre un à un les noms de tous les dieux védiques, et expliquer le mythe qui leur a donné naissance. Ce travail, ainsi que nous venons de le dire, exige une étude spéciale, et cette étude qui nous occupe depuis de longues années, dépassera de beaucoup les bornes d'un volume. Mais s'il ne nous est pas possible d'aborder ce sujet dans un chapitre, du moins, pouvons-nous dégager de la légende mythique la pensée générale qui a guidé tous les rapsodes du Rig-Véda.

Au-dessus de l'univers se trouve VÉtre souverain^ créateur de tout ce qui existe et dont le souffle — asoura — a fécondé l'Infini.

Ce Dieu a trois formes, et reste Un, et spus ces

trois formes qui représentent des attributs, tantôt il est désigné sous les trois noms de :

Agni — Indra — Sourya Le Feu — VEther — le Soleil.

Tantôt et suivant le poëte qui chante, il est représenté par un seul de ces noms.

L'Univers, c'est-à-dire la nature entière, a été divinisée sous le nom d'Aditi. Et la terre mère des hommes, sous ceux de Prisni ou de Prithivi.

Varouna vient ensuite qui représente le ciel étoile;

Puis Vayou, qui est l'air;

Rendra, le vent ;

Les Marouts, les brises ;

Les Aswins, les deux crépuscules;

Et enfin Ousha ou Dahana, l'aurore.

Voilà la conception primitive dans toute sa simplicité. Et le Dieu unique aux trois formes a, autour de lui, des mandataires suffisants, pour se livrer à son œuvre de perpétuelle fécondation, de création constante.

Des trois formes manifestées du Dieu, Indra-Agni- Sourya, toutes trois pourvues d'épouses, vont naître l'armée des dieux mandataires inférieurs qui chacun dans un rôle militant livrera le combat du bien contre le mal, de la vie contre la mort.

, Pour beaucoup de poëtes du Rig, le Dieu Un se manifeste surtout dans Indra, qui absorbe Agni et Sourya et qui est le perpétuel dispensateur de la vie.

Indra Sourya , c'est-à-dire Indra-soleil , d'après MM. Max Grazia et Jules David, « est le dieu le plus distinct, le plus évident, et le plus actif de tous les dieux.... Rien n'est douteux dans sa puissance, rien n'est équivoque dans ses diverses manifestations. Son séjour est dans le ciel, mais son empire est aussi bien sur la terre que dans les airs, dans l'espace qu'il remplit, dans la nature qu'il éclaire, échaufife et féconde. Les animaux lui doivent la vue pour se diriger; les hommes l'intelligence pour le comprendre; il donne aux montagnes leur physionomie, à laplaii^e sa parure, au fleuve son scintillement, à la fleur sa beauté, à tous les êtres, ce qui les caractérise et les diffiérencie. Son absence eff'ace toutes les couleurs, rhorizon vide, éteint tous les yeux, confond tous les esprits, détruit toute invidualité et remplace par un chaos temporaire l'harmonie des mondes, qui n'est autre chose pour les hommes primitifs que la lumière. »

. Pour M. Eug. Burnouf, un maître^ Indra est le symbole de l'énergie de la vie fécondée par le soleil.

Voici le passage dans lequel cet éminent indianiste explique sa pensée qui, comme une vive

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lueur, éclaire toute la primitve Mythologie védique.

« J'appelle Indra la puissance météorique du so-

leil. Ahi, Sushna, Vritra, le nuage sous ses aspects, Marouts les vents déchaînés. Indra ne và-t-il pas jouer dans les airs le même rôle qu'un roi paissant à la tête de son armée? C'est le dieu de la lutte par excellence : on l'appelle Indra, de la racine Ind, régner, Arya comme les nobles seigneurs du temps, Sorsipa, ou beau nez, pour distinguer le chef par ce signe de noblesse, des ennemis au nez aplati, que l'on appelait Daysous, et que l'on nomme ici Dâvanas; on le nomme Kchattrya comme les princes féodaux; on le nomme Raja, car il est vraiment roi des cieux; il est Div, c'est-à-dire paré de vêtements brillants; il est çakra, c'est-à-dire puissant. Voici inaintenant son cortège et son œuvre comme le Véda nous les présente. Quand la nuit touche à son terme, une fine lueur se répand d'en haut et commence à rendre visibles les silhouettes des arbres et des collines. L'âne s'éveille le premier et donne avis à toute la nature que le roi du ciel est en route et qu'il approche. C'est cette bête si belle dans les contrées du Midi, et dont la nôtre n'est qu'une grotesque dégradation, que les Aryasont donnée pour attelage aux cavaliers célestes, aux deux Açwins véridiques, courriers matinaux et médecins vigilants, qui

viennent avec la clarté pour remède, guérir la iiaturô entière des maux et des erreurs de la nuit. .

« Àswins, écoutez l'iiymne que chantait en votre honneur un homme errant dans lès ténèbres, hymne que que j'ai répétée en recouvrant la vue par votre protection, auteurs de tout bien. »

{Canivau^ 1, 241 , RiG.) ^

« Avec nos coursiers aux ailes d'or rapides, doux, innocents, s'éveillant avec Tauror^^ humides âe rosée, heii-^ reux et disposés à faire des heureux; venez à nos sacrifices , comme les abeilles au miel.

« Vos rayons avec le jour repoussent les ténèbres et projettent au loin dans rair les lueurs brillantes. Le soleil attelle ses coursiers. »

(Vamadéva^ 1 , 1 91 , RiG.)

Le char des Aswins à trois sièges, sur un desqugte pst placée la fille du soleil, Arjuni, cette charmante

lumière que le regard |des dieux suit avec un pur amour; la jeune et aimable fille est emportée par eux dans leur course circulaire.

Alors apparaît l'aurore, sœur de la nuit, elle est sur un char éclatant, rougeâtre, elle ouvre les portes de rOrient, elle s'avance, elle s'étend , elle remplit le monde de clarté.

« Ousha se dévoile comme une femme couverte de parure, elle semble se lever et se montrer à la vue, comme une femme qui sort du bain. Elle a tissé la plus belle des toiles ; et toujours jeune elle précède à l'Orient la grande lumière.

[Satyasravas^ 1 i , 375, Rio.)

« En effet, voici le roi lui-même, voici Indra. Le ciel n'est plus rougeâtre, les Aswins ont été plus loin vers l'Occident, l'aurore disparait comme eux, c'est le cortège royal qui va venir.

« Indra est monté sur un char d'or, traîné par des coursiers jaunes; il est lui-même tout resplendissant d'or ; dans la main, la foudre qui est sa flèche, sur son char est le disque d'or, aux bords tranchants. Il a pour cocher l'habile et prudent Matâli.

« L'escorte d'Indra est composée des Marouts,

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qui sont au nombre de soixante-trois. Matariewau,

de chien de Matali) est leur chef; il complète le

nombre soixante-quatre qui est celui des divisions

de la rose des vents. Les Marouts sont traînés par

des antilopes, les plus rapides des animaux. Fils de

Prisni qui est la terre montueuse, ou de Sindhou

qui est l'Indus, ils vont avec bruit autour de leur

seigneur^ prêts à le soutenir dans la lutte. Du reste

eux mêmes sont tous des princes et méritent le nom

d'Arias et de Kchatryas, comme Indra qui est leur

suzerain et leur chef de guerre.

« Tout ce cortège bruyant, mouvant et lumineux, dont les armes se choquent, et dont les fouets claquent au milieu des airs, s'avance vers le foyer d'Agni, s'y arrête Un instant, y reçoit de la main du prêtre, et par l'entremise du feu sacré, le soma, liqueur ardente des guerriers, et les aliments solides del'ofifrande. Indra et la brillante armée des rapides

Marouts , sont prêts désormais à engager le combat.

« Déjà en présence d'Indra qui s'avance, Ahi, le serpent, fait glisser son corps vaporeux dans les airs, et rassemble des montagnes de nuages. Sushna l'aride, tient les eaux suspendues dans l'atmosphère, les refuse à la terre, dessèche les plaines et les collines, tarit les fleuves, fait périr de faim et de maladies les troupeaux et les hommes. Le sacrifice

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languit, l'œuvre de la production et de la vie semble préside s'arrêter, les Asouras ne recevront plus les aliments dont ils ont besoin pour accomplir sans fatigue leurs fonctions divines. Tous les êtres sont intéressés dans la lutte. Vritra, celui qui couvre de nuages l'atmosphère, s'est emparé des régions dont Indra est le maître ; il y commande, il a voilé la face du resplendissant, et a dérobé à la terre la vue de sa majesté. Mais voici Indra qui s'avance armé de la foudre.

A Indra.

« Je veux chanter les antiques exploits par lesquels s'est distingué le foudroyant Indra. Il a frappé Ahi ; il a répandu les ondes sur la terre ; il va déchaîner les torrents des montagnes.

« Ahi se cachait dans la montagne ; il a frappé de cette arme retentissante, fabriquée pour lui par Twachtri ; et les eaux telles que des vaches qui courent à leurjé table se sont jetées au grand fleuve.

« Magavan a pris sa foudre qu'il va lancer comme une flèche, il a frappé le premier né des Ahis^

« Aussitôt les charmes de ces magiciens sont détruits ; aussitôt tu semblés donner naissance au soleil, au ciel, à Taurore. Uennemi a disparu devant toi.

« Indra a frappé Vritra, le plus nébuleux de ses ennemis. De sa foudre puissante et meurtrière il lui a brisé les membres, tandis qu'Ahi comme un arbre frappé de la hache, gît étendu sur la terre.

« 11 osait provoquer le dieu fort et victorieux; il n'a pu éviter un engagement mortel, et l'ennemi d'Indra d'une poussière d'eau a grossi les rivières.

« Privé de pieds, privé de bras il

combattait encore ; Indra de sa foudre le frappa à la tête et Vritra tomba déchiré en lambeau.

« La mère de Vritra s'abaisse; Indra lui porte par dessous un coup mortel, la mère tombe sur le fils. Danou est étendue comme une vache avec son veau.

« Le corps de Vritra ballotté au milieu des airs agités et tumultueux, n'est plus qu'une chose sans nom que submergent les eaux. Cependant l'ennemi d'Indra est enseveli dans le sommeil éternel.

« Indra, roi du monde mobile et immobile, des animaux apprivoisés et sauvages, armé de la foudre, est aussi roi des hommes. Comme le cercle d'une

roue en embrasse les rayons, de' même Indra embrasse toute chose,

(Hiramyastoupa 1 ,57, Rig.)

« Le résultat de la bataille est que la vie est rendue aux animaux et aux plantes; c'est l'œuvre d'Indra, prince dispensateur des richesses, trésor inépuisable de l'abondance. »

On peut dire que le Rig-V^da tout entier, n'est qu'un immense chant symbolique de cette lutte entre la vie et la mort, entre l'esprit de la création et l'esprit de la destruction, lutte de laquelle le premier, personnifié par Indra qui est souvent secouru par Agni, sort toi;ijours vainqueur.

Voilà le sens réel de la tradition du Rig-Véda. N'en déplaise à l'école allemande, les vieux Indous étaient arrivés depuis longtemps, au moment où ils chantaient ces poésies, à la notion de la Divinité, de cette divinité dont parle Dirgathamas lorsqu'il prononce ces paroles que nous avons déjà plusieurs fois citées :

Les sages donnent à l'Être unique plus d'un nom?

Et nous sommes d'autant plus à l'aise pour soutenir que cette école prête au Rig-Véda ses propres

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rêveries, que libre penseur avant tout, il nous importerait fort peu, de ne point rencontrer ces notions chez les Indous, tandis que nos adversaires, naturalistes ou matérialistes purs, hommes de parti-pris avant tout, sont obligés de soutenir le matérialisme des Védas, sous peine de ruiner leurs propres théories.

Ils auront beau faire et beau dire, pour tout homme qui étudie le Rig-Véda sans système, et au point de vue de la science pure, le Rfg-Véda n'est qu'un long cantique à la Divinité; et c'est des traditions de ce Uvre, que sont sorties toutes les traditions cosmiques et théogoniques, de la Chaldée, de l'Egypte, de la Grèce, de Rome, de la Germanie, de la Gaule et des pays Scandinaves.

De même que les langues de ces contrées doivent être comparées au sanscrit, idiome indo-européen coimmun, pour qu'on puisse retrouver leurs racines et leurs formes primitives, de même tous leurs mythes religieux doivent être comparés aux mythes des Védas pour être compris. C'est cette dernière œuvre que nous essayerons d'accomplir dans notre Étude sur la mythologie comparée.

Sur ce point nous sommes d'accord avec notre adversaire quand il dit que :

« La découverte de la Mythologie

des Védas a été à la mythologie comparée, ce que la découverte du sanscrit a été à la grammaire comparée. »

Nous ne voulons pas clore ce livre, sans montrer à nos. lecteurs que nous ne sommes pas isolés dans cette lutte que nous soutenons contre la science germanique à propos de l'interprétation des mythes védiques.

Qu'on lise les lignes suivantes que nous empruntons aux deux éminents indianistes cités plus haut, et on verra que eux aussi ont trouvé la conception divine dans son expression la plus élevée, là où Max MuUer et ses adeptes, n'ont rencontré que des masques sans acteurs, que des noms sans êtres, fiomina et non numina.

« Quel que soit le sens réel des Védas, quel que soit l'esprit qui les ait conçus, la foi qui les ait chantés, on demeure tout étonné au point de vue littéraire, de la sérénité du style, de la grandeur des idées, dé . la fermeté des sentiments qui les caractérisent. Il semble qu'un souffle divin ait enflammé tous ces esprits, inspiré tous ces poètes. On croirait à les entendre que de leur temps la fraîcheur odorante qui s'élevait à l'aurore, du fond des prairies, du feuillage des arbres, du sein des fleurs avait plus de

charmes pour les sens, et de grâce pour Tesprit que de nos jours.

« Mais si le ciel enchante les richis par ses clartés, la terre par ses parfums, l'atmosphère par ses couleurs; si la brise qui agite les moissons, la rosée qui diamante les herbes, le rayon naissant qui empourpre l'espace, jettent leur âme dans l'extase, et dirige leurs chants vers les cieux, n'est-ce pas la preuve indiscutable que leur cœur est poétique et que leurs lèvres sont sincères? N'en ressort-il pas cette évidence que l'humanité des premiers âges sentait instinctivement la divinité sourdre de l'âme, comme une source de la montagne? Que voulez-vous que soient ces vents harmonieux et bienfaisants, sinon des dieux propices, et cette atmosphère vivifiante, et ce soleil fécondant, et cette nature si riche, et ces eaux si utiles, c'est-à-dire tous les génies védiques, sinon d'admirables allégories de la force, de la grandeur et de la générosité d'un être supérieur et créateur, qui détaille ses bienfaits avec tant de prodigalité, que le contemplateur de sa 'bonté finit par s'égarer dans ces manifestations infinies. »

Nous voilà bien loin de ces métaphores m^\ comprises, de ces maladies du langage, de ces altérations de racines d'où l'antiquité aurait inconsciemment tiré tous ses mythes, bien loin de cette science

systématique, qui part en guerre avec un principe défini, et qui d'avance nous annonce qu'elle va prouver que la vieille antiquité indoue s'est agenouillée devant des radicaux atteints d'excroissances linguistiques.

Il fallait un cerveau allemand pour s'imaginer que toute une grande civilisation a pu courber la tête, offrir des sacrifices et prier, sans savoir devant qui elle se courbait, devant qui elle déposait ses offrandes, et à qui elle adressait ses prières.

Nota. — Dans un yolume spécial nous étudierons les Traditions africaines Tenues de l'Inde, et qu'un lien étroit rattache à celles de l'Europe.

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