DÉPUTATION
1. Comme, dit Yahya-ben-A hou-Ishaq, Sâlim-ben-' Abdallah me disait : « Qu’est-ce que Yistibrciq ? » je lui répondis : « C'est du bro- « cart fort et épais. » « J’ai entendu, reprit Sâlim, 'Abdallah dire que 'Omar ayant vu sur un homme une tunique en istibraq la porta au Prophète et lui dit : « 0 Envoyé de Dieu, achète cette tunique et « revets-la pour recevoir les députations qui viendront te trouver. — « 11 n’y a que ceux qui n’auront aucune chance d’ètre bienheureux « qui portent de la soie », répondit le Prophète. Ces faits s’étant passés, le Prophète envoya plus tard une tunique à 'Omar. 'Omar la rapporta au Prophète et lui dit : « Comment, tu m’envoies ceci après « avoir prononcé les paroles que tu as dites ? — Si je te l ai en- « voyée, répondit le Prophète, c'est uniquement pour que tu en « retires quelque argent. » A cause decehadits Ibn-'Omar avait de la répulsion pour les étoffes h ramages.
CHAPITRE LXVII. — Du pacte de fraternité (2) et d’alliance. — Abou-Djohaïfa a dit: « Le Prophète unit comme frères Salmân et Abou'-d- Derdâ. » — Abderrahmân-ben-Ouf a dit : « Lorsque nous arrivâmes à Médine , le Prophète me donna pour frère Sa'd-ben-Er-RabVâ. »
1 . A nas a dit : « Lorsque Abdcrrahmân vint nous trouver, le
(O Pour ses ablutions.
(-) 11 s’agit ici de la fraternité morale que le Prophète créa, au début de sa mis¬
sion, entre certains de ses disciples, fraternité qui devait avoir les mêmes effets que celle résultant de la parenté.
TITRE LXXVIII
Prophète lui donna comme frère Sa'd-bcn-Er-Rabî'a. Le Prophète dit: « Fais un repas (de noces), ne consistât-il qu'en un seul « mouton. »
2. A sim rapporte qu’il a dit à Anas-hen-Màlik : « Est-il venu jusqu’à toi que le Prophète a dit : « Pas d’alliance 0) dans l lsla- « misme. » — Le Prophète, répondit-il, a fait allier dans ma maison les Qoraïchites et les Ansârs. »
CHAPITRE LXVI1I. — Du sourire et du rire. — Fâtima a dit : « Le Prophète m'ayant dit quelque chose à l’oreille je me mis à rire. » lhn- * Abhâs a dit : « C’est Dieu qui fait rire et qui fait pleurer. »
1. 'Aïchct rapporte que Rifà'a-EI-Qoradziyy avait répudié sa femme et Lavait fait d'une façon définitive. Abderrahmân-ben-Ez-Zobaïr épousa ensuite cette femme qui vint trouver le Prophète et lui dit : « 0 Envoyé de Dieu, j’étais mariée à Rifa'a; il m’a répudiée d’une triple répudiation et j’ai épousé ensuite ' Ab d e rr ahmân-b en-E z-Z obaïr, mais par Dieu, ô Envoyé de Dieu, il n'en a pas plus que cette cordelette », et, ce disant, elle montrait une cordelette des franges de sa tunique. Abou-Bekr était à ce moment assis auprès du Prophète tandis que Ibn-Sa'îd-bcn-El-'As était assis à la porte de la chambre attendant son tour d’audience. Khâlid se mit alors à dire : « Abou-Bekr, hé ! Abou-Bekr, ne vas-tu pas empêcher cette femme de divulguer ces choses à haute voix devant LEnvoyé de Dieu. » Cela cependant ne faisait qu'accentuer de plus en plus le sourire de l'Envoyé de Dieu qui dit ensuite : « Tu veux sans doute reprendre ton ancien mari ? Soit ! mais pas avant que tu n'aies goûté son petit miel et qu'il n'ait goûté le tien. »
2. Sad a dit: « 'Omar-ben-El-Khattâh demanda un jour audience à 1 Envoyé de Dieu alors qu'il avait auprès de lui des femmes des Qoraïchites qui lui posaient des questions, et élevaient toutes à la fois la voix au point de couvrir celle du Prophète. Quand Omar eut
0) C'est-à-dire : pas d’alliance avec les infidèles ou, plus exactement, aA-ec les idolâtres et les polythéistes.
DE L’É DU CATION
reçu la permission d'entrer, les femmes se hâtèrent de se retirer derrière le rideau. Le Prophète Payant autorisé, 'Omar entra, et trouva le Prophète en train de rire. « O Envoyé de Dieu, pour qui je don- « lierais la vie do mon père et celle de manière, que Dieu te fasse tou- « jours rire. — Ce qui m'a surpris, dit le Prophète, c'est de voir « ces femmes se hâter de se retirer derrière le rideau lorsqu'elles « ont entendu ta voix. — Cependant, ô Envoyé de Dieu, répondit « 'Omar, nul ne devrait leur inspirer plus de respect que toi. » Puis, se tournant vers les femmes, il ajouta : « 0 ennemies de vous- « mêmes, c'est moi qui vous en impose, et l 'Envoyé de Dieu ne vous « en impose pas ! — C'est, s'écrièrent -elles, que tu es plus dur et plus « grossier que l'Envoyé de Dieu. — Eh bien ! ô 'Omar-ben-El- « Khattâb, reprit le Prophète, j’en jure par celui qui tient mon âme « entre ses mains, si le diable te rencontrait dans un défilé, il pren- (( drait tout de suite un autre chemin. »
3. ' Abdallah-ben- Omar a dit: « Lorsque l'Envoyé de Dieu était à Taïf il annonça un jour que nous partirions le lendemain s'il plaisait à Dieu. Quelques-uns des Compagnons de l'Envoyé de Dieu dirent alors : « Nous ne partirons pas d'ici avant d'avoir pris la ville. « — Alors, dit le Prophète, allez au combat ce matin. » Ils y allèrent et un terrible combat s’engagea dans lequel il y eut de nombreux blessés. « Demain, dit de nouveau l’Envoyé de Dieu, nous « partirons si Dieu veut. » Comme tout le monde se taisait l'Envoyé de Dieu se mit à rire.
Ce récit a été donné an complet par Sofyân.
4. Abou-Horéira a dit : « Un homme vint trouver le Prophète et lui dit : « Je suis un homme perdu : j'ai eu commerce avec ma « femme pendant le Ramadan. — - Eh bien, dit le Prophète, affran- « chis un esclave. — Mais, je n’en ai pas. — Eh bien, jeûne deux « mois de suite sans interruption. — J’en suis incapable. — « Alors, donne à manger à soixante pauvres. — Je n'ai pas de « quoi. » A ce moment on apporta une ' araq dans laquelle il y avait
TITRE LXXVIII
des dattes (Ibrahim dit que le mot ' aroq signifie une corbeille). Alors le Prophète Payant rappelé lui dit: « Fais aumône de ceci. — A « plus pauvre que moi? Par Dieu ! il n’y a pas entre les deux harra(1) « de cette ville de famille plus pauvre que la mienne. » Le Prophète se mit à rire avec une telle force qu’on voyait ses molaires. « Alors, « s’écria le Prophète, gardez cela pour vous. »
5. Anas-ben-Mâlik a dit : « Comme je marchais un jour avec l'Envoyé de Dieu qui portait un manteau du Nedjrân, avec une épaisse bordure, un Bédouin s'approcha de lui et le tira violemment par son manteau. Et, ajoute Anas, j’aperçus le méplat de l’épaule du Prophète qui portait des traces de P éraflure de la bordure du manteau tant la secousse avait été violente. Puis ce Bédouin dit : « 0 Mohammed, enjoins que l’on me donne une partie des « biens de Dieu que tu détiens. » Le Prophète se tourna vers lui, se mit à rire, et donna ensuite l’ordre de lui remettre un cadeau.
6. Djarîr a dit: « Jamais, depuis que je suis musulman, le Prophète n'a refusé de me recevoir et jamais il ne m’a vu sans me montrer un visage souriant. Comme je me plaignais à lui de ne pas être solide à cheval il me frappa sur la poitrine avec sa main et dit : « Fais qu'il soit solide à cheval, qu'il conduise les autres dans la « bonne voie, et qu’il y reste lui-même. »
7. D’après Omm-Salama , Omm-Solaïm a dit: « 0 Envoyé de Dieu, Dieu ne rougit pas d’entendre la vérité. Une femme doit-elle se laver quand elle a éjaculé? — Oui, lorsqu’elle trouve de Peau. » Alors Omm-Salama se mit à rire en disant : « La femme éjacule donc? — Eh bien alors, s'écria le Prophète, comment l’enfant pourrait-il ressembler à sa mère? »
8. ‘ Aïcha a dit : « Je n'ai jamais vu le Prophète rire à gorge déployée au point de montrer sa luette. 11 se contentait du sourire. »
9. Anas rapporte qu’un jour de vendredi, un homme vint trouver le Prophète à Médine au moment où il faisait son prône et lui
O) Les harra ou lâbn étaient des ter- entre lesquels était placée la ville de Mérains volcaniques semés de pierres noires dine.
DE L’ÉDUCATION
dit : « La pluie fait défaut, demande à ton Seigneur qu’il fasse pleuvoir. » Le Prophète leva les yeux vers le ciel où à ce moment nous ne voyions pas un seul nuage ; il pria pour avoir de la pluie et aussitôt les nuages commencèrent à se rapprocher les uns des autres, puis la pluie se mit à tomber et l’eau dévala dans les ravins de Médine ; la pluie ne cessa de tomber sans s’arrêter jusqu’au vendredi suivant. Alors le même homme — ou, suivant une variante, un autre — vint trouver le Prophète au moment où il faisait son prône et lui dit : « Nous sommes inondés, invoque ton Seigneur afin qu’il retienne les eaux. » Alors le Prophète se mit à rire et dit par deux ou trois fois : « Autour de nous, mais pas sur nous. » Aussitôt les nuages s’écartèrent de Médine à droite et à gauche ; il plut tout autour de nous sans qu’une goutte d’eau tombât sur Médine. Dieu montra ainsi qu’il favorisait son Prophète et qu’il exauçait ses prières.
CHAPITRE LXIX. — De ces mots du Coran : « O vous qui croyez , craignez Dieu et soyez avec ceux qui disent la vérité » (sourate ix, verset 120). — De ce qui est défendu en fait de mensonges.
1 . D’après ' Abdallah, le Prophète a dit : « La vérité conduit à la piété filiale et la piété filiale mène au Paradis. Que l’homme soit toujours sincère en sorte qu’il mérite le nom de très sincère. Le mensonge mène à l’ingratitude, et l’ingratitude conduit à l’enfer. Il y a des hommes qui mentent au point qu’ils sont inscrits auprès de Dieu sous le nom de menteurs (de profession) (1). »
2. D’après Abou-Horeïra, l'Envoyé de Dieu a dit : « On reconnaît l’hypocrite à trois signes : lorsqu’il raconte il ment ; quand il fait une promesse il ne la tient pas, et si on lui confie quelque chose il le vole. »
3. D’après Samora-ben-Djondob , le Prophète a dit : « J’ai vu (en
songe) deux hommes qui sont venus à moi(2) . Ils dirent : « Celui
(!) Le sens de cette dernière phrase est (2) Le hadits n’est pas rapporté ici en douteux. entier.
TITRE LXXVII1
« dont tuas vu fendre le coin de la bouche, c’est un menteur; les men- « songes qu’il profère sont transportés jusqu’au bout du monde. On « continuera à le traiter de cette façon jusqu'au jour du Jugement « dernier. »