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CHAPITRE XVI. — Du mérite de la pauvreté

1 . Sahl-ben-Sa d-Es-Sa idi a dit : « Comme un homme passait auprès de l’Envoyé de Dieu, celui-ci demanda à une personne qui était assise auprès de lui ce qu’il pensait de ce passant. « Cet homme, « répondit la personne interrogée, est un des hommes les plus « nobles; il mérite d’ètre marié à la femme dont il a demandé la « main et d’être écouté quand il sollicite en faveur de quelqu’un. » L’Envoyé de Dieu garda le silence, puis comme un autre homme passait, il demanda de nouveau : « Que penses-tu de celui-ci ? — 0 « Envoyé de Dieu, répondit la personne interrogée, cet homme est

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« un des musulmans pauvres ; il mérite de ne pas être agréé par la « personne qu'il demande en mariage, de ne pas être écouté quand « il sollicite en faveur de quelqu’un et Ton ne doit pas écouter ce « qu’il dit. — Eh bien, reprit l’Envoyé de Dieu, cet homme-ci vaut « à lui seul mieux que toute la population de la terre si elle était « composée de gens pareils à l’autre. »

2. Ahou-Ouâïl a dit : « Nous allâmes rendre visite à Khabbâb qui nous dit : « Nous avons émigré avec le Prophète dans le désir « de la face de Dieu. Le Très-Haut devra nous en récompenser. « Parmi nous il en est qui ont disparu sans recevoir aucune récom- « pense, tel Mos ab-ben- Omaïr qui a été tué le jour d’Ohod ne laisse sant pour tout bien qu'un court manteau. Quand nous lui couvrions « la tète avec ce manteau nous découvrions ses pieds et quand nous « lui couvrions ses pieds nous découvrions sa tête. Aussi le Prophète « nous enjoignit-il de lui couvrir la tète avec le manteau et les pieds « avec des touffes d 'idzkhir. Il en est d’autres, au contraire, dont les « actes ont porté des fruits qu’ils ont cueillis. »

3. D’après Amrân-ben-Hosaïn, le Prophète a dit : « On m’a montré le paradis et j’ai vu que le plus grand nombre de ses habitants étaient des pauvres; on m’a montré l’enfer et j’ai vu que le plus grand nombre de ses habitants étaient des femmes. »

Confirmation du hadîts avec un autre isnâd.

4. Anas a dit : « Jusqu’à sa mort le Prophète ne s’est jamais assis à une table ; jusqu’à sa mort il n’a pas mangé une seule fois du pain blanc. »

5. * Aïcha a dit : « Le Prophète mourut sans qu’il y ait jamais eu sur la planche quelque chose à manger en fait de viande. Il y avait seulement sur ma planche une demi-charge d’orge. Après en avoir mangé pendant longtemps je voulus en mesurer la quantité ; il n’en restait plus. »

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CHAPITRE XVII. — Quelle était la nourriture du Prophète et de ses Compagnons: leur éloignement pour les choses de ce monde. — Abou-No'aïm m'a raconté environ la moitié de ce hadîts.

1. Modjâhid rapporte que Abou-Horeïra disait : « J’en jure par Dieu, celui en dehors de qui il n’y a pas de divinité, il m'est arrivé d'appuyer mon foie contre terre à cause de la faim ; il m'est arrivé de serrer des pierres contre mon ventre à cause do la faim. Un jour j'étais assis sur le bord du chemin qu'ils suivaient en s’eri allant. Abou-Bekr passa; je lui demandai un verset de Dieu, mais je n’agissais ainsi que pour qu’il m'invitât à le suivre chez lui ; il passa son chemin sans rien faire. Omar passa le second ; je lui demandai un verset du Coran, mais je n'agissais ainsi que pour qu'il m’invitât à le suivre chez lui; il passa son chemin sans rien faire. Alors passa Abou-'l-Qàsim qui se mit à sourire quand il me vit et qui, à ma figure, comprit ce que je désirais. « Hé ! Ahou-Dzarr, me dit-il. — A vos « ordres, ô Envoyé de Dieu, lui répondis-je. — Suis-moi, ajouta-t-il. » Il marcha et je le suivis. Il entra (chez ses femmes) et je lui demandai l'autorisation d’entrer. Il me l'accorda et quand il entra chez lui il trouva un bol de lait. « D'où vient ce lait? demanda-t-il. — C'est « un tel — ou une telle — qui te l’a envoyé, lui répondit-on. — Hé ! « Abou-Dzarr, s’écria- t-il. — A vos ordres, ô Envoyé de Dieu, « répondis-je. — Va, ajouta-t-il, trouver les gens de la Soffa et invite-les à venir. »

« Les gens de la Soffa, dit Abou-Horeïra, étaient les botes de l'islamisme, qui n'avaient ni famille, ni fortune, ni personne auprès de qui trouver asile. Quand le Prophète recevait une aumône il la leur envoyait sans en prendre la moindre des choses. S’il recevait un cadeau il les mandait auprès de lui, prenait une part de ce cadeau et la partageait avec eux.

« La demande du Prophète me peina car je me dis : Qu’est-ce que ce bol de lait pour les gens de la Soffa. Il vaudrait mieux que je boive seul ce lait pour me donner des forces. Si les gens de la Soffa

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viennent, le Prophète m’ordonnera de les servir moi-mème et alors que pourra- t-il bien me rester de ce lait. Cependant je ne pouvais me dispenser d’obéir à Dieu et à l’Envoyé de Dieu. J’allai donc inviter les gens de la Sofia qui arrivèrent. Ils demandèrent à être reçus et quand ils y eurent été autorisés ils prirent place dans la pièce. « Hé! « Abou-Dzarr, dit le Prophète. — A vos ordres, ô Envoyé de Dieu, « répondis-je. — Prends le lait et offre-le leur, reprit-il. » Je pris le bol, le passai à un homme qui but à sa soif et me rendit ensuite le bol, puis je le passai à un second qui but également à sa soif et me rendit le bol que je passai à un troisième qui but également à sa soif et me rendit le bol et cela continua jusqu’à ce que j’arrivai à la fin au Prophète. Tout le monde ayant bu, il prit le bol, le plaça sur sa main et me regarda en souriant : « Hé ! Abou-Dzarr, dit-il. — « A vos ordres, ô Envoyé de Dieu, répondis-je. — Il ne reste plus « que toi et moi, ajouta-t-il. — C’est juste, ô Envoyé de Dieu, lui « répondis-je. — Alors, reprit-il, assieds-toi et bois. » Je m’assis et bus.« Bois toujours », me dit-il. Je bus et il ne cessa de me dire de boire jusqu’à ce que je lui disse : « Par celui qui t’a envoyé « apporter la vérité, je n’ai plus de place. — Donne-moi le bol », me dit-il. Je le lui donnai ; il loua Dieu, dit bismillah et but le reste. »

2. Qdis rapporte qu’il a entendu Sa'd (ben- Abou-Ouaqqâs) dire : « Je suis le premier des Arabes qui ait lancé une flèche dans la voie de Dieu ; je nous vois encore faisant des expéditions et n’ayant rien autre chose à manger que des feuilles de hobla et ce samor{i). Nos défécations ressemblaient à celles des moutons, elles n’étaient pas agglomérées. Enfin un beau matin les Benou-Sa'd m’ont enseigné les règles de l’islamisme ; j’ai été fort déçu alors, car j'avais perdu tous

mes efforts antérieurs. »

3. D’après El-Asouad, 'Aïcha a dit : « Jamais, avant la mort de son chef, la famille de Mohammed ne mangea à sa faim des mets de

(U La plante appelée hobla est un arbre une variété d’acacia. Quant au samor c’est épineux dans le genre du talha, qui est une sorte de mimosa.

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froment plus de trois jours de suite depuis le moment où il était arrivé à Médine. »

4. ' Or oiia rapporte que 'Aïe ha a dit : « La famille de Mohammed n'a jamais fait deux repas dans un même jour sans que Fun d’eux ne consistât qu’en dattes. »

5. D’après Hichâm, 'Aïcha a dit : « La couche de l’Envoyé de Dieu était en cuir rembourré de libres de palmiers. »

6. Qatâda a dit : « Nous allâmes chez Anas-ben-Màlik qui avait son pannetier auprès de lui. « Mangez, nous dit-il ; je ne sache pas « que le Prophète ait jamais vu du pain blanc feuilleté avant d’avoir « rejoint le Seigneur et qu’il ait jamais vu de ses yeux un mouton « entier rôti à la broche. »

7. * O roua rapporte que 'Aïcha a dit : « Il nous arrivait parfois de rester un mois sans faire de feu et de n’avoir que des dattes et de l’eau à moins que l’on ne nous apportât quelque petit morceau de viande. »

8. ' Or cma rapporte que 'Aïcha a dit : « O fils de ma sœur, nous avons vu trois fois le croissant de la lune en deux mois sans qu’on ait allumé du feu dans les appartements de l’Envoyé de Dieu. — Et de quoi viviez-vous? demanda 'Oroua. — Des deux choses noires, les dattes et l’eau, répondit-elle. Toutefois l’Envoyé de Dieu avait pour voisins des Ansârs qui possédaient des chamelles et qui envoyaient au Prophète du lait qu’il nous faisait boire. »

9. D’après A bon-Horèira, l’Envoyé de Dieu a dit : « Grand Dieu, donne à la famille de Mohammed quelque chose à manger. »

CHAPITRE XVIII. — Du droit chemin et de la persévérance dans l’acte ù).

1. Masrouq a dit : « J’interrogeai 'Aïcha pour savoir quel était l’acte qui plaisait le plus au Prophète. — L’acte qui persiste, répondit-elle. — A quel moment se levait le Prophète? demandai-je ensuite. — Il se levait, répondit-elle, dès qu’il entendait le coq. »

(i) L’acte dont il est question dans tout tout la prière et le jeûne, le rit d’une

ce chapitre est l’acte de dévotion, sur- manière générale.

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2. Ibn-Ez-Zobeïr rapporte que 'Aïcha a dit : « L’acte qui plaisait le plus à l’Envoyé de Dieu était celui dans lequel persistait son auteur. »

3. D’après A bou-Horeïra, l’Envoyé de Dieu a dit : « L’acte qu’il fera n’assurera le salut d’aucun de vous. — Pas même s’il s’agit de toi, 6 Envoyé de Dieu, lui dit-on. — Pas même s'il s’agit de moi, reprit-il, à moins que Dieu ne m’enveloppe de sa clémence. Allez

dans le droit chemin, rapprochez-vous du but, pratiquez matin et soir et un peu la nuit, restez toujours dans le droit chemin et vous arriverez au but. »

4. Selon 'Aïcha, l’Envoyé de Dieu a dit : « Allez dans le droit chemin, rapprochez-vous du but, mais sachez que l’œuvre d’aucun de vous ne le fera entrer dans le paradis. Le meilleur des actes auprès de Dieu est celui qui persiste le plus, même s’il est court. »

5. Abou-Salama rapporte que 'Aïcha a dit : « Comme on demandait au Prophète quel était l’acte le meilleur auprès de Dieu, il répondit : « Celui qui persiste le plus, meme s’il est court. Imposez- « vous seulement les actes que vous ôtes capables de faire. »

6. ' Alqama a dit : « J’interrogeai Aïcha, la mère des Croyants, en lui disant : « 0 mère des Croyants, comment pratiquait le Prophète ; « avait-il des jours réservés à certains rites? — Non, répondit-elle, sa « pratique était constante. Qui de vous serait capable de faire ce « que le Prophète faisait? »

7. Selon 'Aïcha, le Prophète a dit : « Allez dans le droit chemin, rapprochez-vous du but et réjouissez-vous. L’acte ne fera pas entrer son auteur dans le paradis. — Pas même toi, ô Envoyé de Dieu, lui dit-on. — Pas même moi, répliqua-t-il, à moins que Dieu ne m’enveloppe de pardon et de clémence. »

Indication de variantes légères avec d’autres isnâds.

8. Hilâl-ben- Ali a entendu Anas-ben-Mâlik dire : « Un jour, l’Envoyé de Dieu nous fit faire la prière, puis il monta en chaire et, faisant un geste avec la main du coté de la qibla de la mosquée, il dit :

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« Pendant que je dirigeais votre prière je viens de voir à l’instant « même le paradis et l’enfer représentés sur ce mur devant moi. « Jamais, jusqu’à ce jour, je n'avais vu le bien et le mal; jamais, « jusqu’à ce jour, je n’avais vu le bien et le mal. »

CHAPITRE XIX. — De l’espérance avec la crainte. — Sofyân a dit : « Il ri y a pas pour moi dans le Coran de verset plus énergique que celui-ci : « Vous ne reposerez sur rien tant que vous ri observerez pas le Pentateuque « et V Évangile , et ce qui vous a été révélé par le Seigneur » (sourate v, verset 72).

1. Abou-Horeïra rapporte qu’il a entendu l’Envoyé de Dieu dire : « Dieu a créé la clémence et ce jour-là il en fit cent parties dont il en garda quatre-vingt-dix-neuf par-devers lui, puis il envoya la centième partie pour tous les êtres qu’il a créés. Si l’infidèle savait tout ce que Dieu a de clémence par-devers lui, il ne désespérerait pas du paradis ; si le Croyant savait tout ce que Dieu a de châtiment par-devers lui, il ne se sentirait pas à l’abri de l’enfer. »

CHAPITRE XX. — De la résignation a supporter les prohibitions de Dieu. — De ces mots du Coran : «... Seuls les résignés auront leur récompense qrion leur donnera sans compter » (sourate xxxix, verset 13). — ' Omar a dit : « C'est dans la résignation que nous avons trouvé le meilleur de notre vie. »

1 . Abou-Saîd rapporte que des hommes des Ansàrs sollicitèrent l’Envoyé de Dieu. Aucun d’eux ne demanda quelque chose sans que le Prophète le lui donnât, si bien qu’il épuisa tout ce qu’il possédait. Quand il eut distribué tout de sa main, il dit : « Tout ce qui me viendra do biens je ne vous en priverai pas en le mettant en réserve, car celui qui cherche à être réservé, Dieu le rend réservé, celui qui demande à être riche, Dieu lui accorde la richesse. Vous ne recevrez jamais un don meilleur et plus large que la résignation. »

2. E l-Moghîr a-ben- Cho'ba disait : « Le Prophète priait tant qu’il en avait les pieds gonflés — ou, suivant une variante, enflés. — Et

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quand on lui en faisait l’observation il répondait : « Comment ne « serais-je pas un adorateur reconnaissant ? »

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