CHAPITRE LE — De LA DÉSIGNATION DU CALIFE
1 . El-Qâsm-ben-Mohammed rapporte que Aïcha ayant dit : « Ah ! ma tète ! » L’Envoyé de Dieu lui dit : « Si cela (1) arrivait pendant que je suis vivant, je demanderais pardon à Dieu pour toi et ferais des prières pour toi. — Malheureuse que je suis ! reprit Aïcha, par Dieu, je crois que tu désires ma mort et, si elle arrivait, tu passerais le reste de ta journée à faire le jeune marié avec une de tes femmes. — Pas du tout, répondit le Prophète, c’est moi qui puis dire : ah ! ma tète ! Je pense — ou, suivant une variante, je désire — envoyer chez Abou-Bekr et son lils pour le désigner comme mon successeur dans la crainte qu’on ne lui conteste le pouvoir ou qu’il ait des compétiteurs. » Ensuite, il ajouta : « Dieu ne voudra pas qu’il en soit autrement et les Croyants repoussent tout autre compétiteur — ou, suivant une variante : Dieu repoussera tout autre compétiteur — et les Croyants ne voudront pas qu’il en soit autrement. »
2. ' Abdallah-ben- Omar rapporte qu’ayant dit à 'Omar : « Pourquoi ne désignes-tu pas ton successeur ? » 'Omar lui répondit : « Si je
(0 C’est-à-dire : si tu mourais avant moi.
DES SENTENCES
désigne mon successeur, quelqu’un qui vaut mieux que moi, Abou- Bekr, a désigné son successeur. Si je ne désigne personne, quelqu’un qui vaut mieux que moi, l’Envoyé de Dieu, n’a pas désigné son successeur. » Les assistants approuvèrent ces paroles. Omar ajouta :
« Je suis partagé entre le désir et la crainte. J’aurais voulu échapper à ces fonctions et n'avoir à en supporter ni les avantages ni les inconvénients pas plus de mon vivant qu’après ma mort. »
3. Anas-ben-Mâlik rapporte qu'il a entendu Omar, installé dans la chaire de la mosquée, prononcer son dernier prône, et cela le lendemain du jour où le Prophète avait rendu le dernier soupir. Il prononça la profession de foi musulmane, tandis que Abou-Bekr gardait le silence, puis il ajouta : « J’espérais que 1 Envoyé de Dieu vivrait assez longtemps parmi nous afin de nous diriger. — Omar voulait dire par là qu'il leur survivrait à tous. — Si, ajouta-t-il, Mohammed est mort, c’est parce que Dieu a mis parmi nous un flambeau qui pourra vous guider dans la bonne voie que Dieu avait tracée à Mohammed. Abou-Bekr, qui a été le compagnon de l’Envoyé de Dieu, est un autre lui-mème et il est le plus digne de tous les musulmans pour diriger vos affaires. Levez-vous donc. » On prêta alors à Abou-Bekr serment de fidélité; déjà un certain nombre de fidèles l’avaient fait auparavant dans la véranda des Benou-Sà ïda. Mais la prestation générale du serment eut lieu auprès de la chaire.
Anas-ben-Mâlik, d’après Ez-Zohri, rapporte qu'il a entendu ce jour-là Omar dire à Abou-Bekr : « Monte en chaire », et qu’il insista auprès de lui jusqu’à ce qu’il se décidât à y monter; alors les fidèles lui prêtèrent tous serment de fidélité.
4. Djobaïr-ben-Mofim a dit : « Une femme vint trouver le Prophète pour lui demander quelque chose et, comme il lui disait de revenir plus tard, elle répondit : « O Envoyé de Dieu, que me conseilles-tu « de faire si je viens et que je ne te trouve pas — il semble qu’elle « voulait entendre par là qu’il pouvait mourir. — Si tu ne me trou- « ves pas, répondit-il, rends-toi chez Abou-Bekr. »
TITRE XCIII
5. Târiq-ben-Chihâb rapporte que Abou-Bekr dit à la députation des Bozàkha : « Vous suivrez la queue de vos chameaux jusqu’à ce que Dieu fasse voir au successeur de son Prophète et aux Mohadjirs un moyen de vous tirer d’embarras. »
6. Djâbir-ben-Samora a dit : « J’ai entendu le Prophète dire qu il y aurait douze princes (1). et il ajouta des paroles que je n’ai pas entendues. Mais mon père m’a dit que ces paroles étaient : « Tous seront des Qoraïchites. »