CHAPITRE V
De ce qui est répréhensirle en fait d’examen
APPROFONDI ET DE DISCUSSION DANS LA SCIENCE THÉOLOGIQUE ; DE L’EXAGÉRATION ET DE L’iNNOVATION EN MATIERE RELIGIEUSE, CAR IL EST DIT dans le Coran : « 0 vous qui avez reçu les Ecritures, ne dépassez pas la juste mesure dans votre religion et ne dites de Dieu que ce qui est vrai... » (sourate iv, verset 169).
1 . D’après Abou-Horëira, le Prophète a dit : « Ne prolongez pas le jeûne. — Mais, lui répondit-on, tu le prolonges toi-même. — Moi, reprit-il, je ne suis pas comme vous ; le Seigneur me rassasie et m’abreuve pendant la nuit. » Puis, comme les fidèles persistaient à prolonger le jeûne, le Prophète continua de le faire pendant deux jours — ou, suivant une variante, deux nuits. A ce moment, on aperçut le croissant de la lune et le Prophète, en manière de reproche, ajouta : « Si le croissant de la lune avait tardé à paraître, je vous aurais fait continuer. »
2. Ibrah im-ben- Yêzîd-E t- Temîmi rapporte que son père a dit : « Ali nous fit un sermon, installé sur une chaire de briques ; il avait sur lui son sabre auquel un feuillet était attaché. « Par Dieu, dit-il, <( nous n’avons d’autre écrit à lire que le Livre de Dieu et le con- « tenu du présent feuillet. » Il déploya ce feuillet où se trouvaient ces mots : « Les dents des chameaux : Médine est territoire sacré, « depuis la montagne de 'Aïr jusqu’à tel endroit ; quiconque y « introduira une innovation aura contre lui la malédiction de Dieu, « celle des anges et de tous les hommes. Dieu n’acceptera de lui ni (( pratique obligatoire, ni pratique surérogatoire ; la protection des « musulmans est universelle, elle s’applique aux plus faibles d’entre « eux. Celui qui humilie un musulman, aura contre lui la malédic- « tion de Dieu, celle des anges et de tous les hommes. Dieu n’accep- « tera de lui ni pratique obligatoire, ni pratique surérogatoire.
« Celui qui se met à la tète d’un peuple sans l’autorisation de ses « chefs aura contre lui la malédiction de Dieu, celle des anges et « de tous les hommes. Dieu n’acceptera de lui ni pratique obliga- « toire, ni pratique surérogatoire. »
3. Aïcha a dit : « Le Prophète avait fait une chose qu’il n’avait
TITRE XCVI
pas imposée aux fidèles, aussi certains d’entre eux s’en abstenaientils. Lorsqu’il apprit la chose, le Prophète loua Dieu et dit : « Pour- « quoi ces gens-là s’abstiennent-ils d’une chose que je fais moi- « meme. Par Dieu, nul d’entre eux ne sait mieux que moi ce que « Dieu veut et ne le redoute autant que moi. »
4. Ibn-Abou-Molaïka a dit : « Peu s’en est fallu que les deux meilleurs des hommes, Abou-Bekr et 'Omar, ne périssent, lorsque la députation des Benou-Temîm vint trouver le Prophète. L un des deux personnages avait conseillé de prendre El-Aqra'-ben-Hâbis-Et- Témîmi-El-Handzali, frère des Benou-Modjâchi', tandis que l’autre avait indiqué une autre personne. « C’est pour me contrarier que tu « fais cela, dit Abou-Bekr à 'Omar. — Non, répondit Omar, je neveux « pas te contrarier. » Tous deux à ce moment élevèrent la voix en présence du Prophète et c’est alors que fut révélé ce verset : « O vous « qui croyez, n’élevez point la voix au-dessus de celle du Prophète... « une récompense généreuse... » (sourate xlix, versets 2 et 3).
« Plus tard, ajoute Ibn-Abou-Molaïka, 'Omar, lorsqu'il entretenait le Prophète de quelque chose, le lui racontait comme on confie un secret et se faisait comprendre à demi-mot (1). »
5. Aïcha , la mère des Croyants, rapporte que, au cours de sa maladie, l’Envoyé de Dieu lit donner l’ordre à Abou-Bekr de présider la prière des fidèles. « Mais, lui fis-je observer, Abou-Bekr, lorsqu’il sera à ta place, ne pourra se faire entendre des fidèles parce qu’il pleurera. Donne donc l’ordre à Omar de présider la prière des fidèles. — Qu’on transmette mon ordre à Abou-Bekr pour qu’il préside la prière, reprit le Prophète. — Je dis alors à Hafsa de répéter (au Prophète) ces paroles que je venais de lui adresser : « Abou-Bekr, lorsqu’il sera à ta place, ne pourra se faire entendre des fidèles parce qu’il pleurera. Donne donc l’ordre à Omar de présider la prière des fidèles. » Hafsa fit ce que je lui avais dit et, en entendant ces paroles, l’Envoyé de Dieu dit : « Vous êtes comme
l1) Tel paraît être le sens de l’expression employée ici.
les femmes qui étaient avec Joseph (1) 2. Qu'on donne l’ordre à Abou- Bekr de présider la prière des fidèles ! — Décidément, dit IJafsa à Aïeha, tu ne m’attires jamais rien de bon. »
6. Sahl-ben-Sa d-Es-Sa idi a dit : « Ouaïmir-El-Adjlâni vint trouver 'Asim-ben-'Adiyy et lui dit : « Lorsqu'un homme trouve un « autre homme avec sa femme et qu’il le tue, mérite-t-il la peine de « mort ? Interroge, ô 'Asim, l’Envoyé de Dieu à ce sujet. » Interrogé sur ce point, le Prophète réprouva la question et la blâma. A son retour, 'Asim ayant raconté que le Prophète avait réprouvé la question, 'Ouaïmir s’écria : « Par Dieu, je vais aller trouver moimème le Prophète. » Il s’y rendit, mais le Prophète, qui avait reçu la révélation du Coran après le départ d'Asim, lui dit : « Dieu a « révélé des versets du Coran au sujet de ce qui vous intéresse. » Il fit alors mander les deux époux qui se présentèrent et prononcèrent la formule de l’anathème. Cela fait, Ouaïmir dit : « O Prophète de « Dieu, j’ai accusé injustement ma femme; si je la gardais main- « tenant. » Il quitta sa femme, mais le Prophète ne lui en avait pas donné l’ordre. Dorénavant tel fut l'usage en matière de serment d’anathème. « Examinez l’enfant (qui naîtra), dit le Prophète; si cet « enfant vient au monde rouge et petit comme une ouahra je croi- « rai qu’il a menti ; mais si l'enfant vient au monde noir avec de « grands veux et deux fortes fesses, j’estimerai qu’il a dit vrai. » Or l’enfant qui naquit avait l’apparence chétive. »
7. Ibn-Chihâb a dit : « Mâlik-ben-Aus-En-Nasri m’a raconté un hadits dont Mohainmed-ben-Dj obaïr-ben-Mo j im m’avait déjà donné une partie. J’entrai chez Màlik et l’interrogeai au sujet de ce hadits. Je me rendis chez 'Omar et pendant que j’étais assis, son chambellan Yarfâ alla le trouver et lui dit : « Veux-tu recevoir 'Otsmân, 'Abder- « rahman, Ez-Zobeir et Sa'd qui demandent audience? — Oui », répondit-il. Ces personnages entrèrent, saluèrent et s’assirent.
(1) Allusion à un passage du Coran au sujet de l’aventure de Joseph avec la femme de Putiphar.
(2) Sorte de petit lézard.
TITRE XGYI
« Veux-tu maintenant recevoir Ali et 'Abbâs? demanda le chambellan. — Oui », répondit-il. Prenant la parole El-'Abbâs dit : « 0 « prince des Croyants, décide entre moi et cet homme inique. » Comme les deux adversaires s'injuriaient, le groupe qui comprenait Otsmân et ses compagnons dit alors : « O prince des Croyants, « tranche leur différend et mets chacun d’eux à l’abri de l’autre. — « Du calme, dit Omar; je vous le demande au nom de Dieu par « l’ordre duquel le ciel et la terre tiennent en place, savez-vous bien « que l’Envoyé de Dieu a dit : « On n’hérite pas de nous ; ce que nous « laissons est une aumône. » L’Envoyé de Dieu entendait parler de sa « propre personne. — 11 est vrai, dirent les gens du groupe, qu’il a « prononcé ces paroles. » Alors, se tournant vers Ali et 'Abbâs, 'Omar dit : « Je vous le demande à tous deux au nom de Dieu, « savez-vous que l'Envoyé de Dieu a prononcé ces paroles? — Oui, « répondirent-ils. — Eh bien, reprit Omar, je vais vous faire conc naître la tradition au sujet de cette affaire. Dieu a attribué spéciale- <( ment à son Envoyé une part de ses biens qu’il n’a donné à aucun « autre que lui, car il est dit dans le Coran : « Le butin qu’il a accordé « au Prophète, vous ne l’avez disputé... » (sourate lix, verset 6). « Donc ces biens appartiennent exclusivement à l’Envoyé de Dieu. « Ensuite, par Dieu, il n’en a pas usé de ces biens sans vous y faire « participer et sans vous en faire profiter. Il vous en a donné « une partie et l’a distribuée entre vous jusqu’à ce qu’il ne lui soit « plus resté que ce bien actuel. Le Prophète dépensait sur ces biens « la somme nécessaire annuellement aux besoins de sa famille, et ce « qui restait après cela il l’employait comme on doit employer le « bien de Dieu. C’est ainsi que le Prophète agit durant toute sa vie « et je vous le demande au nom de Dieu, savez-vous tout cela? — « Oui », répondirent-ils. Puis, se tournant vers Ali et 'Abbâs, il leur dit à tous deux : « Je vous le demande au nom de Dieu, savez-vous « cela? — Oui », répondirent-ils.
« Ensuite, le Prophète étant mort, Abou-Bekr dit : « Je suis le « successeur de l’Envoyé de Dieu. « Et il usa de ces biens de la môme
« façon qu'en avait usé l’Envoyé de Dieu et vous étiez tous deux « présents à ce moment ». ajouta-t-il, en se tournant vers Ali et vers 'Abbâs. « Vous avez élevé la même prétention vis-à-vis d’Abou- « Bekr, or Dieu sait si cet homme était loyal, pieux, intègre, fidèle « observateur delà loi. Quand Abou-Bekr est mort, j’ai dit : « Je suis « maintenant le successeur de l'Envoyé de Dieu et d’Abou Bekr ; j’ai « pris possession depuis deux ans de ces biens et j ’en ai usé comme « en avaient usé l'Envoyé de Dieu et Abou-Bekr. » Aujourd’hui, vous « venez me trouver et m’adresser la même réclamation, d’un com- « mun accord. Toi (ô 'Abbâs), tu me réclames ce qui te revient de « la part du fils de ton frère tandis qu Ali me réclame ce qui revient « à sa femme de la part de son père. Si vous le voulez, je vous « remettrai ces biens à la condition que vous preniez l'engagement « solennel devant Dieu d’en faire le même usage que celui qu’en a « fait d’abord l’Envoyé de Dieu, puis Abou-Bekr et enfin moi-même « depuis que j'ai été élevé au khalifat ; sinon ne m’en reparlez plus « en me disant de vous le remettre, car je ne vous le remettrai qu’à « cette condition. » S'adressant au groupe des fidèles, 'Omar leur dit : « Puis-je leur remettre ces biens dans ces conditions? — « Oui », répondirent les personnages du groupe. S’adressant alors à Ali et à Abbâs, il leur dit : « Je vous le demande au nom de Dieu, « voulez-vous que je vous remette ces biens dans ces conditions? — « Oui, répondirent-ils. — N’allez pas me demander une autre déci- « sion que celle-là, reprit Omar, car j’en jure par celui sur l’ordre « duquel le ciel et la terre tiennent en place, je ne prendrai pas « une autre décision que celle-ci jusqu’au jour de l'Heure dernière. « Si vous reconnaissez que vous êtes impuissants à le faire, « romettez-moi ces biens et je m’occuperai de vous. »