NOS
i9o NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
P. 21, v. 17 à 22. — Tu déniaises son aisnesse, c -à-d. tu primes l'ouvrage « déjà né de moi, tout à la fois pire et plus heureux » : tu es publié avant lui. — Allusion de d'Aubigné aux vers (encore aujourd'hui inédits) qu'il avait composés sept ans auparavant, lorsqu'il était amoureux de Diane, fille de Salviati, sieur de Talcy. lien fit plus tard un recueil que, dans ses Mémoires, il appelle son Printemps comme plus tard aussi il nomma son Hiver un petit nombre de pièces publiées dans les Petites œuvres meslées, 1629'!. — Il y a dans les Tragiques d'autres allusions à ces mêmes poésies d'amour, ses premiers-nés, qu'il condamnait alors. Voir ci-après, p. 39, v. i5, et p. 90, v. 25; voir aussi, tome II, p. 108, v. i5, un souvenir du temps où il avait été « recueilli à Talcy », presque mourant.
P. 23, v. 17. — Vallons d'Angrongne. une des vallées du Piémont, où fuient si cruellement persécutés, en i56o, les Vaudois qui s'y étaient réfugiés. (Voir ce qui est dit cidessus, p. 3, 1. 11, d'un vieil pasteur d'Angrongne. — Voir aussi tome II. p. 82, v. 6.)
P. 26, v, i5. — Purent les chiens.. Pour repurent (de (de paître) : var. de notre ms., au lieu de furent, qui n'avait pas de sens.
P. 3o, v. 2 5. — Voir ce qui est dit ci-dessus, p. 11, sur cette stance et sur ce qui suit.
P. 39, v. i5. — Voir la note ci-dessus, sur p. 21, v. 17322.
P. 40, v. 21. — M. Lalanne nous a signalé, en 1860, le sonnet suivant, daté de 1576, qu'il venait de trouver dans un msnuscrit de la Bibliothèque nationale (collect. Gaignières, 566, 1,4):
La France alaicte encor deux enfans aujourd'hui, Dont l'un à ses deux mains tient les bouts de sa mère. Et à grands coups de pieds veut empescher son frère D'avoir sa nourriture aussi bien comme luy.
Le plus jeune, fasché d'avoir jeusné meshuy , Se deffend, affamé, et tous deux, en cholère, S'arrachent les deux yeux. Lors,ô douleur amère! La mère perd son laict et sustance, d'ennuy ;
Elle vole des mains aux cheveux et aux tresses. Et dit à ses deux fils, les regardant en pièces : « O malheureux enfans, d'exécrable nature !
Vous m'ostez donc le laict qui vous a alaictè ! Vous polluez de sang mon seing et ma beauté ! Vous n'aurez que du sang pour vostre nourriture. ».
Rapprochant ce sonnet anonyme du passage des Tragiques dont il s'agit ici, M. Lalanne n'hésitait pas à l'attribuer à d'Aubigné. (Bull, de la Soç. d'Hist. du Protest, franc., IX, 393.)
P. 41, v. 6. — Besson, jumeau [bis — son).
P. 42, v. 22. — Discrasie. L'édition Jannet dit en note : « Probablement : dissension, du grec ôtxpaTr^, qui est gouverné par deux chefs ». M. Mérimée n'admettait pas cette explication. C'est, en effet, au grec qu'il faut recourir, mais à celui d'Hippocrate. Le dictionnaire de Littré nous dit bien : « Dyscrasie ô-jjxpasia, ou;, mal xpaaÉç, mélange), mauvais mélange des humeurs, mauvaise constitution. »
P. 4 3, v. 10. — Bourde, béquille, Dans une épigramme du Baron de Fœneste (1. II, ch. 5), d'Aubigné joue sur ce mot. Il l'emploie dans ce sens et dans celui de fadaise (ital. burla, moquerie, bourle ou bourde). « Bons contes, bourdes vraies », dit-il encore dans Fœneste (I. 1 1, ch. 14, et préf. du livre III).
P. 44. v. 9. — Authochyre : manu propria, du grec â'JTO/stp. (V. aussi tome II, p. 3i, v. 25.
P. 44, v. 10. — Vaincre à la cadméenne, à la façon de Cadmus, qui tua le dragon, mais vit s'entre-tuer les hommes nés des dents du monstre qu'il avait semées sur la terre. (V. aussi tome II, p. 70, v. 28.)
i92 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
P. 46, v. 27. — l'argolet, pour argoulet, cavalier armé, ou carabin, chevau-léger, soldat pillard ; synonyme de coupejarret, dans la Dédicace de la Confession de Sancy.
P. 48, v. 18. — Allouvis, ayant faim comme des loups. (Voir aussi p. 5o, v. 5, et p. 59, v. 17.)
P. 49, v. 27. — Crottons, vieux mot, pour cachots. (V. aussi tome II, p. 46, v. 8; p. 61, v. 22 ; p. 148, v. 12.)
P. 5o, v. 9. — Cimois, cordons, lisières d'enfant. Voir aussi p. 5 5, v. 2 5.)
P. 5 5, v. 2. — Partir, pour répartir, partager.
P. 56, v. 25. — Il pousse trois fumeaux, c'est-à-dire fumées, ou haleines, respirations. « Les hocquets et^ derniers fumeaux» (de la vie , dit d'Aubigné dans son Eloge de Simon Goulart, Petites Œuvres meslées, p. 175.
P. 57, v. 18. — Le rideau de Timante, le voile que le peintre giec de ce nom jeta sur le visage d'Agamemnon, pour exprimer qu'il se sentait impuissant à rendre la douleur du père prêt à sacrifier sa fille.
P. 8, v. 21. — C'est peut-être un des endroits dont il est question ci-dessus, dans l'avis aux lecteurs, p. 10 : <• prédictions de choses avenues avant l'œuvre clos, que l'auteur appeloit en riant ses apophéties » (prophéties faites apiès coup) ; mais il se peut aussi qu'il ait écrit ces vers « avant la chose avenue », à l'adresse du roi de Navarre, qui lisait les Tragiques en manuscrit.
P. 59. v. i5. — Au rumeau, c'est-à-dire in extremis ; familièrement : au bout du rouleau.
P. 59, v. 16. — On l'abeche avec l'eau. Abéquer, c'est donner la becquée, on lui met de l'eau aux lèvres avec un bout de plume. (Voir aussi p. i83,v. 12.)
P. 60, v. 1. — Aux forains : aux étrangers.
ET PHILOLOGIQUES i93
P. 61, v. 28. — Bée douteusement. Baye, reste là, bouche béante. Du vieux verbe béer, aujourd'hui bayer.
P. 6 3, v. 2. — Lousche : borgne, douteux, obscur (luscus). Dans ses Instructions à ses filles manuscrit de la collection Tronchin, encore inédit), d'Aubigné dit, au sujet de deux livres qu'une dame de Saintonge lui avait fait faire: « L'autre estoit des cornettes, qu'elle me contraignit d'escrire sur l'explication de ce distique qui est aux Tragiques :
Ce cornette menace, et promet à la terre
Lousche, pasle, flambant, peste, famine ou guerre . »
Malheureusement d'Aubigné déclare que ces deux livres ont été perdus.
P. 63, v. 3. — A ces trois... calamités.
P. 63, v. 14. — Parangon, modèle, type de comparaison, du grec Trapâysiv.
P. 66, v. 10. — Consoleront tes plains... ou plaints... pour plaintes.
P. 66, v. i3. — Notre manuscrit supprime ici un vers qui, répétant le mot teste, triplait la rime féminine. C'était un rajoutage défectueux de la seconde édition, qui se trouve ainsi régulai isé. (V. éd. Jannet, p. 56, v. 8.)
P. 68, v. 20. — Accravante, pour aggravante : écrasant.
P. 68, v. 2 5. — Arc-boutant qui fulcre : c'est-à-dire qui étaye, de fulcrum, support.
P. 68, v. 2 5 à 28. — Vers nouveaux fournis par notre ms.
P. 70, v. 7. — Leurs tais. Aujourd'hui test, ou têt, crâne. (Voir aussi huit vers plus loin.)
P. 70, v. 19. — Céraste, serpent à cornes, de xspaç. Les Tragiques. — T. I. 2 5
i94 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
P. 7 1 , v. 12. — D'efficace d'erreur : par la vertu, l'efficacité, le pouvoir de l'erreur.
P. 76, v. 12. — Au roole des juments. Dans le sens littéral du latin jumenta, bètes de somme, bêtes de joug.
P. 77, v. 9. — Naims, pour nains.
P. 78, v. 26. — Fermes sur leur rondelle, fond de cuir des haut-de-chausses, ici pour signifier : fermes sur leur derrière.
P. 79, v. 7 et 8. — Vers nouveaux fournis par notre ms. Il y avait ici quatre rimes fém. à la suite.)
P. 84, v. 10. — On dresse quelque fuye. Fuie, refuge, ou petit colombier pour les pigeons. Du latin fuga.
P. 84, v. 28. — D'os de morts asserrez. Variante de notre ms. Ailleurs, massacrez.
P. 89, 1. 1 . — Le prince de Condé (le fils), qui n'aimait pas d'Aubigné, suggéra au duc d'Epernon de lire les Tragiques et lui exposa le sujet du second livre comme écrit pour luy. « D'où celui-ci jura la mort de l'autheur, comme aussi elle fut pratiquée de là et d'ailleurs en plusieurs façons. » (Mém. de d'Aubigné, p. 1 2 3 , éd. Lalanne.)
P. 90, v. 12. — Veritas, sicuti virlus, — laudatur et alget. (Horace.)
P. 96, v.6. — Et, propler vitam, Vivendi perdere causas! (Juvénal.)
P. 99, v. 1. — Change un pseaume en chanson. Florimond de Rcemond rapporte que Henri II avait adopté le psaume Ainsi qu'on oyt le cerf bruire, qu'il chantait à la chasse, sans doute sur un air de fanfare; que Diane de Poitiers avait pris pour elle, c'est-à-dire pour son royal amant, le psaume Du fond de ma pensée, qu'elle chantait en volte (sorte de valse, ; que la reine avait choisi Ne veuillez pas, à Sire, qu'elle chantait sur le « chant des bouffons ». Hist.de !a naissance de l'Hérésie, 1610, m-4, p. 1043.
ET PHILOLOGIQUES i95
P. 99, v. 11. — Refronché, renfrogné.
P. 10 5, v. 7. — Courbeaux enfarinez : variante, Corbeaux.
P. io5, v. 28. — Forçaires, c'est-à-dire forçats.
P. 1 10, v. 8. — M. Lalanne dit ici en note qu'il a du renoncer à trouver de ce vers une explication satisfaisante. Il nous semble qu'en voici une plausible et que facilite d'ailleurs une correction due à notre manuscrit : selon une ancienne croyance populaire , le castor poursuivi coupait avec ses dents le sac contenant le parfum auquel en voulait le chasseur; de même, le riche sauve sa vie au moyen de son or, qu'il abandonne ou qu'on lui enlève, pour le distribuer aux courtisans et aux favoris.
P. 11 5, v. 2. — Inadvertance de l'auteur : quatre rimes masculines se suivant.
P. 1 i5, v. 3. — Vers substitué par notre ms. à celui des éditions précédentes.
P. 119. v. 8. — De petits Olinvilles. La terre d'Olinville, près d'Arpajon Seine-et-Oise , où Henri III fit bâtir un château. Ici pour maison de plaisance et de débauche. (Voir aussi p. 1 18, v. 8.;
P. 101, v. 19. — Chicot et Hamon : le premier, bouffon aimé de Henri III; le second, austère précepteur de Charles IX, martyrisé pour cause de religion. Ils sont ici pris pour types de ceux que les Nérons ont en amour et en haine.
P. 119, v. 24. — Rara temporum felicitate, ubi sentire qux relis et qux sentias dicere licet. (Tacite, Hist., I.)
P. 124, v. i3. — Marmiteux, gens à l'air piteux, gueux.
P. 1 2 5 , v. 22. — Des garces du Hulleu, c'est-à-dire de la rue du Grand ou du Petit-Hurleur (qu'on prononçait Huleu par corruption , rue, comme celle du Coeur- Volant et autres,