De la Saint- Barthélémy
Les Feux. 19^
Sauva le moins aagé de trois de ses enfans(i)- Deux filles, qui cuidoient que le nœu de la race (2) Au sein de leurs parens trouveroit quelque place, Se vont jetter aux bras de ceux de qui le sang De la tendre pitié devoit brusler le flanc. Ces parens, mais bourreaux, par leurs douces paroles, Par menaces après, contraignoient aux idoles Ces cœurs vouez à Dieu, puis l'aveugle courroux Des inutiles mots les fit courir aux coups. Par trente jours entiers ces filles deschirées De verges et fers chaux demeurent asseurées : La nuict on les espie , et leurs sanglantes mains Joinctes tendoient au ciel; ces proches inhumains Dessus ces tendres corps impiteux s'endurcirent , Si que hors de l'espoir de les vaincre ils sortirent. En plus noire mi-nuict , ils les jettent dehors, La plus jeune, n'ayant place entière en son corps, Est prise de la fièvre et tombe à demi-morte. Sans pouix, sans mouvement, sur le seuil d'une porte; L'autre s'enfuit d'efTroy, et ne peut ce discours Poursuivre plus avant le succès de ses jours (5). Le jour estant levé, le peuple esmeu advise Cet enfant que les coups et que le sang desguise. Inconnu, pour autant qu'en la nuict elle avoit Fuy de son logis plus loing qu'elle pouvoit. On porte à l'hospital cette ame esvanouie. Mais si tost qu'elle eut pris la parolle et la vie, Elle crie en son lict : « 0 Dieu , double ma foy, C'est par les maux aussi que les tiens vont à toy :
1 . Ces sept vers sont remplacés par les suivants dans l'édition sans date :
Ce père avoit trié de la grand'boucherie
Sa fidelle moitié d'une tremblante main ,
Et un de leurs enfans qui luy pendoyent au sein ,
Deux filles qui cuidoyent...