‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 186 sur 313 · De celui dont · texte numérisé non relu

De celui dont

248 Les Tragiqjjes.

Parmi ces âpres temps, l'esprit, ayant laissé Aux assassins mon corps en divers lieux percé (1) , Par l'ange consolant mes amères blessures , Bien qu'impur, fut mené dans les régions pures. Sept heures (2) luy parut le céleste pourpris Pour voir les beaux secrets et tableaux que j'escris , Soit qu'un songe au matin m'ait donné ces images, Soit qu'en la pâmoison l'esprit fît ces voyages, Ne t'enquiers (mon lecteurl comment il vid et fit, Mais donne gloire à Dieu en faisant ton profit. Et cependant qu'en luy, extaticq, je me pasme ; Tourne à bien les chaleurs de mon enthousiasme.

Doncques , le front tourné vers le Midi ardant, Paroissent du zenit, panchant vers l'Occident, Les spectacles passez qui tournoient sur la droicte. Ce qui est audevant est cela qui s'exploite. Là esclatent encor cent portraicts eslongnez , Où se monstrent les fils du siècle embesongnez : On void qu'en plusieurs lieux les bourreaux refusèrent Ce que bourgeois, voisins et parens achevèrent. L'esprit, lassé par force, advisa le monceau Des chrestiens condamnez qui (nuds jusqu'à la peau) Attendent par deux jours quelque main ennemie. Pour leur venir oster la fami avec la vie. Puis, voicy arriver secours aux enfermez : Les bouchers, aux bras nuds, au sang accoustumez , Armez de leurs couteaux qui apprestent les bestes. Et ne font qu'un corps mort de bien quatre cens testes.

Les temples des Baalins (5) estoient remplis de cris De ceux de qui les corps, comme vuides d'esprits, Vivans du seul sentir par force , par paroles. Par menaces, par coups s'enclinoient aux idoles;

1. D'Aubigné, blessé à cette époque, .suivit Montferrand , qui, quelques jours avant le massacre, avoit été prendre congé de l'amiral , « aunant mieux estre au rang des fols que des sots ». (Ibid., p. s 37-)

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