L'empereur Julien
j . Var. : arsenic,
Vengeances. 283
Il avoit la main pure, et le cœur fut si plain
De meurtres desrobez : il n'allumoit les flammes :
Ses couteaux et ses feux n'ataquoient que les âmes :
Il n'entamoit les corps, mais privoit les esprits
De pasture de vie : il semoit le mespris
Aux plus volages cœurs, estouffant par la craincte
La sainte deité dedans les cœurs esteinte.
Le chevalier du ciel, au milieu des combats,
Descendit de si haut pour le verser à bas.
L'apostat Julian son sang fuitif empoigne.
Le jette vers le ciel; l'air de cette charongne
Empoisonné fuma : puis l'infidelle chien
Cria : « Je suis vaincu par toi, Nazarien (i)- »
Tu n'as point eu de honte, impudent Libanie (2), De donner à ton Roi tel patron pour sa vie, Exaltant et nommant cet exemple d'erreurs Des philosophes roi^ maistre des empereurs.
Pacifiques meurtriers, Dieu descouvre sa guerre Et ne faict comme vous, qui cuidez de la terre L'estouffer sans seigner, et de traistres appas Empoisonner l'Eglise et ne la blesser pas.
Je laisse arrière-mov les actes de Commode Et Valantinian , qui , de pareille mode , Dépouillèrent sur Christ leurs courroux aveuglez, Pareils en morts, tous deux par valets estranglez.
Galerian aussi rongé par les entrailles. Et Decius, qui trouve au milieu des batailles Un Dieu qui avoit pris le contraire parti. Puis le gouffre tout prest dont il fut englouti.
Je laisse encore ceux qu'un faux nom catholique
1. Julien fut blessé mortellemenr dans un combat contre les Perses. Voy. le récit de sa mort dans Ammien Marcellin (1. 25, ch. 5), témoin oculaire. Il diffère de tout point avec celui des légendes chrétiennes que le poète a adoptées.
2. Libanius, célèbre sophiste grec, mort vers 390. D'Aubigné le fait figurer dans Fanesti, 1. 4, ch. 17 (édit. Mérimée, p. 323).
284 Les Tragiq ues.
A logez dans Sion, un Zenon Izaurique(i), Vif enterré des siens; Honorique(2) pervers, Qui eschaufFoit sa mort en nourrissant les vers.
Constant (5), par trop constant à suivre la doctrine D'Arius, qui versa en une orde latrine Ventre et vie à la fois , et luy, en pareil lieu, En blasphèmes pareils creva par le milieu. Tous ceux-là sont péris par des pestes cachées Comme ils furent aussi des pestes embuschées, Que le Sinon d'enfer establit par moyens En cheval duratée (4), au rempart des Troyens.
Quand Satan guerroyoit d'une ouverte puissance Contre le monde jeune et encor en enfance. Il trompoit cette enfance; or, ses traits descouverts A ce siècle plus fin descouvrent les enfers Dès la première veue, et faut que la malice D'un plus espais manteau cache le fond du vice.
Nous verrons cy après les effects moins sanglants, Mais des coups bien plus lourds et bien plus violants, En ce troisiesme rang d'ennemis de l'Eglize, Masquans leur noir courroux d'une douce feintize, Satans vestus en anges et serpents enchanteurs. De Julian le fm subtils imitateurs.
Ils n'ont pas trompé Dieu; leurs frivoles excuses, La nuit qui les couvroit, les frauduleuses ruses, Leur feinte pieté et masque ne put pas Rendre sèche leur mort, ni heureux leur trespas.
II faut que nous voyons si les hautes vengeances S'endorment au giron des célestes puissances, Et si (comme jadis) le véritable Dieu
1. Zenon l'Isaurien. Sa femme Ariadne le fit enterrer vivant en 491.