‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 34 sur 313 · I. Henri IV. — 2. Dalila · texte numérisé non relu

I. Henri IV. — 2. Dalila

3 . Ce passage est une paraphrase du mot célèbre que d'Aubigné dit à Henri IV après l'attentat de Châtel, qui avoit blessé le roi à la lèvre (l 594). Voy. Mémoires, p. 94 et 382, etl'Estoile, édit. Champollion , année 1610, p. 613.

28 Préface.

N'attend que le coup du couteau Ainsi que la mortelle espée Suit de près le triste bourreau.]

Dans ces cabinets lambrissez, D'idoles de cour tapissez, N'est pas la vérité connue :

La voix du Seigneur des Seigneurs S'escrit sur la roche cornue, Qui est plus tendre que nos cœurs.

Ces monts ferrez, ces aspres lieux, Ne sont pas si doux à nos yeux , Mais l'âme y trouve ses délices; Et là où l'œil est contenté De braves et somptueux vices, L'œil de l'âme y est tourmenté.

Eschos, faictes doubler ma voix.

Et m'entendez à cette fois :

Mi-celestes roches cornues.

Poussez mes plaintes dedans l'air, Les faisant du recoup des nues En France une autre fois parler.

Amis, en voyant quelquesfois Mon âme sortir de ses loix, Si pour bravement entreprendre Vous reprenez ma saincte erreur.

Pensez que l'on ne peut reprendre Toutes ces fureurs sans fureur.

Si mon esprit audacieux Veut peindre le secret des cieux, J'attaque les dieux de la terre:

Il faut bien qu'il me soit permis De fouiller, pour leur faire guerre, L'arcenal de leurs ennemis.

Je n'excuse pas mes escrits Pour ceux-là qui y sont repris :

Mon plaisir est de leur desplaire; Amis, je trouve en la raison, Pour vous et pour eux fruict contraire,

Préface. 29

La médecine et le poison.

Vous lou'rez Dieu, ils trembleront; Vous chanterez, ils pleureront ; Argument de rire et de craindre Se trouve en mes vers, en mes pleurs, Pour redoubler et pour esteinare(') Et vos plaisirs et leurs fureurs.

Je plains ce qui m'est ennemi; Les monstrans j'ai pour eux gémi :

Car qui veut garder la justice Il faut haïr distinctement, Non la personne, mais le vice.

Servir, non cercher l'argument.

Je sçai que les enfans bien nez Ne chantent, mais sont estonnez Et ferment les yeux, débonnaires, (Comme deux des fils de Noé) Voyans la honte de leurs pères Que le vin fumeux a noyé.

Ainsi un temps, de ces félons (Les yeux bouchez à reculons) Nous cachions l'orde vilenie.

Mais nous les trouvons ennemis.

Et non pères de la patrie, Qui ne pèchent plus endormis.

Ren donc, ô Dieu, si tu cognois Mon cœur meschant, ma voix sans voix : O Dieu! tu l'eslève au contraire, C'est trop retenu mon devoir; Ce qu'ils n'ont pas horreur de faire J'ai horreur de le faire voir.

Sors, mon œuvre, d'entre mes bras; Mon cœur se plaind, l'esprit est las De cercher au droit une excuse :

Je vai le jour me refusant, Lorsque le jour je te refuse

Page 1