De ses proches
32 Les Tragic^ues.
Le visage meurtri de la captive Eglise, Qui à sa délivrance (aux despens des hazards) M'appelle, m'animant de ses trenchans regards. Mes désirs sont des-ja volez outre la rive Du Rubicon troublé; que mon reste les suive Par un chemin tout neuf, car je ne trouve pas Qu'autre homme l'ait jamais escorché de ses pas. Pour Mercures croisez(i), au lieu de Pyramides, J'ai de jour le pilier(2), de nuict les feux pour guides. Astres, secourez-moi ; ces chemins enlacez Sont par l'antiquité des siècles effacez : Si bien que l'herbe verde en ses sentiers accreue (5) En faict une prairie espaisse, haute et drue. Là où estoient les feu.x des Prophètes plus vieux, Je tends comme je puis le cordeau de mes yeux, Puis je cours au matin, de ma jambe arrosée J'esparpille à costé la première rosée, Ne laissant après moi trace à mes successeurs Que les reiui tous ployez des inutiles fleurs , Fleurs qui tombent si tost qu'un vrai soleil les touche. Ou que Dieu fenera (4) parle vent de sa bouche, [cieux Tout-puissant, tout-voyant, qui du haut des hauts Fends les cœurs plus serrez (i) parl'esclair detesyeux, Qui fis tout, et conneus tout ce que tu fis estre : Tout parfaict en ouvrant(6), tout parfait à connoistre. De qui l'œil tout courant, et tout voyant aussi. De qui le soin sans soin prend de tout le souci , De qui la main forma exemplaires^?) et causes. Qui preveus {^) les effets dès le naistre des choses : Dieu, qui d'un style vif, comme il te plaist, escris Le secret plus obscur en l'obscur des esprits : Puis que ae ton amour mon ame est eschauffée, Jalouze de ton nom , ma poictrine embrazée De ton feu pur, repurge aussi des mêmes feux
I. Aux carrefours. — 2. Le pilori ou le gibet. — j. Vûr. est creue. — 4. Fanera. — 5. Les plus serrez. — 6. En travaillant. — 7. Modèles, prototypes. — 8. Prévis.
Misères. ?3
Le vice naturel de mon cœur vicieux :
De ce zelle très-sainct rebrusle-moi encore,
Si que (tout consommé au feu qui me dévore,
N'estant serf de ton ire, en ire transporté
Sans passion) je sois propre à ta vérité.
Ailleurs qu'à te louer ne soit abandonnée
La plume que je tiens, puis que tu l'as donnée.
Je n'escris plus les feux d'un amour inconnu (i); Mais , par l'affliction plus sage devenu , J'entreprens bien plus haut, car j'apprens à ma plume Un autre feu, auquel la France se consume. Ces ruisselets d'argent que les Grecs nous feignoient, Où leurs poètes vams beuvoient et se baignoient, Ne courent plus ici; mais les ondes si claires Qui eurent les saphirs et les perles contraires. Sont rouges de nos morts; le doux bruit de leurs fîots. Leur murmure plaisant heurte contre des os. Telle est, en escrivant , ma non-commune image; Autre fureur qu'amour reluit en mon visage : Sous un inique Mars, parmi les durs labeurs Qui gastent le pappier et nostre ancre de pleurs (2), Au lieu de Thessalie aux mignardes vallées. Nous avortons ces chants au milieu des armées, En délassant nos bras de crasse tous rouillez. Qui n'osent s'esloigner des brassards despouillez. Le luth que j'accordois avec mes chansonnettes Est ores estouffé de l'esclat des trompettes : Ici le sang n'est feint, le meurtre n'y défaut, La Mort jouë elle-mesme en ce triste eschaffaut; Le juge criminel tourne et emplit son urne ; D'ici, la botte en jambe, et non pas le cothurne, J'appelle Melpomène en sa vive fureur.
Au lieu de l'Hippocrène, esveillant cette sœur