‹ Les tragiques (volume 4)Chapitre 38 sur 313 · I. Var.: aux bords. — 2. Chyle, de chimus · texte numérisé non relu

I. Var.: aux bords. — 2. Chyle, de chimus

3. Béquille. D'Aubigrié a employé ce mot en ce sens dans le Baron de Fitneste (1. Il, ch. V, édit. Mérimée, p. 78) : « Tant de bourdes de ces boiteux.» — 4. Var.: encor.

Misères. 57

De canons et de feux chacun met en esclats La moitié qui s'oppose, et font verser en bas(i) L'un et l'autre enyvré des eaux et de l'envie, Ensemble le navire, et la rage, et la vie (2). En cela le vainqueur ne demeurant plus fort Que de voir son haineux le premier à la mort, Qu'il seconde, autochire(5), aussi tost de la sienne, Vainqueur: mais helas! c'est vaincre à la cadméene(4).

Barbares en effect, François de nom, François, Vos fausses loix ont eu des faux et jeunes rois , Impuissans sur leurs cœurs, cruels en leur puissance; Rebelles , ils ont veu la désobéissance. Dieu sur eux et par eux desploia son courroux , N'aiant autres bourreaux de nous-mesmes que nous.

Les rois , qui sont du peuple et les rois et les pères, Du troupeau domesticq sont les loups sanguinaires ; Ils sont l'ire allumée et les verges de Dieu, La crainte des vivans. Ils succèdent au lieu Des héritiers des morts; ravisseurs de pucelles. Adultères, souillans les couches des plus belles Des maris assommez ou bannis pour leur bien. Ils courent sans repos, et quand ils n'ont plus rien Pour soûler l'avarice, ils cerchent autre sorte Qui contente l'esprit d'une ordure plus forte. Les vieillards enrichis tremblent le long du jour, Les femmes, les maris, privez de leur amour, Par l'espais de la nuict se mettent à la fuitte ; Les meurtriers souldoiez s'eschauffent à la suitte. L'homme est en proie à l'homme, un loup à son pareil. Le père estrangle au lict le fils, et le cercueil '~ Préparé par le fils sollicite le père.

Le frère avant le temps hérite de son frère.

I. Couler bas. — 2. Var.: et la charge. — 3. De sa propre main. De k\>x6yup. — 4. Var. :

Vainqueur, comme l'on peut, c'est vaincre à la cadmène. Les hommes nés des dents du dragon tué par Cadmus s'entr'égorgèrent , à l'exception de cinq .

On trouve des moiens, des crimes tous nouveaux,

Des poisons inconnus, ou les sanglans cousteaux

Travaillent au midi; et le furieux vice

Et le meurtre public ont le nom de justice.

Les belistres armez ont le gouvernement.

Le sac de nos citez ; comme anciennement

Une croix bourguignonne espouvantoit nos pères(i),

Le blanc les fait trembler; les pitoiables(î) mères

Pressent à l'estomac leurs enfans(5) esperdus,

Quand les tambours françois sont de !om (4) entendus.

Les places de repos sont places estrangères.

Les villes du milieu sont les villes frontières;

Le village se garde, et nos propres maisons

Nous sont le plus souvent garnisons et prisons.

L'honorable bourgeois, l'exemple de sa ville,

Souffre devant ses yeux violer femme et fille ,

Et tomber sans merci dans l'insolente main

Qui s'estendoit n'aguère à mendier du pain.

Le sage justicier est traisné au suplice,

Le mal-faicteur lui faict son procès ; l'injustice

Est principe de droict; comme au monde à l'envers,

Le vieil père est fouetté de son enfant pervers.

Cduy qui en la paix cachoit son brigandage

De peur d'estre puni, estalle son pillage.

Au son de la trompette, au plus fort des marchez,

Son meurtre et son butin sont à l'ancan preschez,

Si qu'au lieu de la roue, au lieu de la sentence,

La peine du forfaict se change en recompense.

Ceux qui n'ont discerné les quereles des grands

Au lict de leur repos tressaillent, entendans.

En paisible minuict, que la ville surprise

Ne leur promet sauver rien plus que la chemise.

Le soldat trouve cncor quelque espèce de droict,

I. Dans la guerre des Armagnacs et des Bourguignons. — 2. Var.: et les tremblantes mères. — 3. Vûr.:\ems pouppons. — 4. Var. :

Quand les grondans t;imbours sont br.ttans entendus.

Misères. 39

Et mesme , s'il pouvoit , sa peine il lui vendroit. L'Espagnol mesuroit les rançons et les tailles De ceux qu'il retiroit du meurtre des batailles, Selon leur revenu; mais les François n'ont rien, Pour loi de la rançon(i) des François, que le bien. Encor' vous bien-heureux qui, aux villes fermées, D'un mestier incognu avez les mains armées. Qui goustez en la peur l'alternatif sommeil De qui le repos est à la fièvre pareil ; Mais je te plains, rustic(2), qui, ayant, la journée, Une piteuse vie en tes sueurs traînée (3), Reçois au soir les coups, l'injure et le tourment, Et la fuite et la fin , injuste payement. Le païsan de cent ans , dont la teste chenue Est couverte de nege , en suivant sa charrue , Voit galopper de loin rargolet(4), outrageux , Qui d'une rude main arrache les cheveux , L'honneur du vieillard blanc, meu de faim et de rage Pour n'avoir peu trouver que piller au village (;)- Ne voit-on pas des-jà dès trois lustres passez Que les peuples fuyards des villages chassez Vivent dans les forests : là chacun d'eux s'asserre Au ventre de leur mère, aux cavernes déterre; Ils cerchent , quand l'humain leur refuse secours. Les bauges des sangliers et les roches des ours , Sans conter les perdus , à qui la mort propice Donne poison , cordeau , le fer ou précipice.

Ce ne sont pas les grands, mais les simples païsans, Que la terre connoist pour enfans complaisans. La terre n'aime pas le sang ni les ordures. Il ne sort des tyrans et de leurs mains impures Qu'ordures ni que sang : les aimez laboureurs

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