De noz sens desmentoyt T
495. Cet'horreur. Allusion à une scène du siège de Jérusalem rapportée par Josèphe, De bello Jud., VI,201-220, D'Aubigné connaissait et lisait cet auteur (cf. 1, 379, Lettres etII, 619, Fæn.) et l'allusion est rendue évidente par le rapprochement de ce passage du Jugement (IV, 281), où s'adressant à Paris, qu'il compare à « Hierusalem », il lui dit : « Tu mangeras, comme elle, un jour la chair humaine. » Ce fait se passa, suivant les mémoires du temps, à la fin de 1520 au siège de Paris. Cf. Poirson, Aist. du règne de Henri IV,t. 1, p.76. Voltaire le rapporte également dans la Henriade, ch. x. Quelques-uns de ses vers (302-303) rappellent d'Aubigné :
Rends-moi le jour, le sang que t'a donné ta mère; Que mon sein malheureux te serve de tombeau.
— Douté, employé activement. Cf. III, 68, Print. : « De. l'aigreur de mes maulx doubtans la verité. » Cf. aussi 1V, 163, Feux. 496. Dementoyent..., ne pouvaient croire à l'exactitude de cet ancien et
authentique récit. — D'Aubigné emploie plus souvent démentir au sens de donner un démenti à, contredire. Cf. IV, 215, fers; III, 2114, Poés. diverses.
503. Se desveloppe. Sur cet emploi, assez récent alors, et dù à l'influence italienne, du pronominal pour le passif, cf. Darm. et Hatzf., p. 265. Voir un autre exemple v. 1084.
506. Les liens de pitié... Tous ces substantifs, repris et résumés par
[ tout cela (v. 510), sont à la fois compléments directs de deffaisant et sujets * de se destord.
Qui deffaict le cimois : cetle bouche affamee, Triste, soubs-rit aux tours de la main bien-aimee. 515 Cette main s’employoit pour la vie autres-fois ; Maintenant à la mort elle employe ses doits, . La mort qui d'un costé se presente, effroyable, 4 {La faim de l’autre bout, bourrelle impitoyable. “La mere ayant long-temps combatu dans son cœur 520 Le feu de la pilié, de la faim la fureur, Convoite dans son sein la creature aimee Et dict à son enfant (moins mere qu’affamee) : ‘ « Rends, miserable, rends le corps que je t'ay faict ; Ton sang retournera où tu as pris le laict; 525; Au sein qui t'allaictoit r’entre contre nature : + Ce sein qui t'a nourri sera ta sepulture. » La main tremble en tirant le funeste couteau, Quand, pour sacrifier de son ventre l'agneau, <**" Des poulces ell’ estreind la gorge, qui gazouïlle 530 Quelques motssansaccentis,croyantqu'onlachatouille. Sur l'effroyable coup le cœur se refroidit.
Deux fois le fer eschappe à la main qui roidit. : Tout est troublé, confus, en l’ame qui se trouve :N'avoir plus rien de mere et avoir tout de louve. 535: De sa levre ternie il sort des feux ardens, Elle n’appreste plus les levres, mais les dents; Et des baizers changés en avides morsures La faim acheve tout de trois rudes blessures : Elle ouvre le passage au sang et aux esprits.
513. Les cimois AT. [| 514. Aufour de la main T. || 536. Elle n'appreste plus la bouche À.
516. A la mort, pour la mort, comme le montre la symétrie avec le vers précédent.
621. Convoite dans... Rapprocher de ce vers les v. 525 et 526 qui en précisent le sens. .
531. Sur. Ce mot marque non un rapport de causalité (comme ferait sous), mais un rapport de temps, de simultanéilé. Cf. partir sur l'heure;
sur le champ; sur ces entrefaites ; sw le matin. 539. Esprits. Voir la théorie de d’Aubigné sur les esprits vitaux dans la Création, III, et notamment p. 408,414,439.
L'enfant change visage et ses ris en ses cris;
ll pousse trois fumeaux, et n'ayant plus de mere,
Mourant, cerche des yeux les yeux de sa meurtriere. On dit que le manger de Thyeste pareil À
Fit noircir.et fuir et cacher le Soleil. 2°
Suivrons-nous plus avant? voulons-nous voir le reste
De ce banquet d'horreur, pire que de Thyeste?
Les membres de ce fils sont conus aux repas, — 4. 41e
Et l’autre estant deceu ne les conoissoit pas.
Qui pourra voir le plat où la beste farouche
Prend les petits doigts cuits, les jouëts de sa bouche; Les yeux esteints, ausquels il y a peu de jours
Que de regards mignons s'embrazoyent ses amours, Le sein douïllet, les bras qui son col plus n’accollent,
Morceaux qui saoulent peu et qui beaucoup desolent?,
552, De regards mignons embrazoient B.
540. Change visage. Cf. Vaugelas IT, 454 : « M. de Malherbe dit, Vous tourniez le visage vers la Provence. Il ne faut point d'article devant visage, et il faut dire, Vous tourniez visage vers la Provence. » Sur la suppression, beaucoup plus fréquente au seizième siècle qu'aujourd'hui, de l’article dans certaines locutions, cf. Darm. et Hatzf., p. 254, — Ses ris en ses cris. Cf. v. 1368 ; et IV, 121, CA. dor. :
La troupe qui la void change en plainte ses ris, Elle change leurs chants cn l'horreur de ses cris.
541. Fumeaux, haleine, souffle, dernier soupir. Cf. les exomples recueillis par M. Legouëz, et notamment III, 279, Poés. reliq. : Souspirer en passant le pas
Par les trois fumeaux du trespas C'est plaindre comme il faut se plaindre.
Godefroy ne cite, en dehors de d'’Aubigné, qu'un exemple de ce mot (Lég. du muet, S. Barthomé, bibl. La Rochelle.) D'Aubigné emploie encore dans le même sens le mot confumeau (LEGOUËZ).
546. FPuir. Vaugelas, II, 178, veut encore que ce verbe soit dissyllabique au prétérit et à l'infinitif. Mais Patru, Thomas Corneille ct l’Académie déclarent qu'il est toujours d’une syllabe. Cf. Thurot, I, 550.
66£&. Saoulent. Des grammairiens du temps notent la prononciation sañler (Thurot, 1,506). Il est possible que d'Aubigné ait voulu faire un jeu de mots sur saoulent et desolent. Il est coutumier du fait. Cf, 1V, 153. leur:
Poursuivons l'Angleterre, où les vertus estranges La font nommer païs, non d’Angles, mais des À nges.
IV, 183, Feux : « Mais l'aise leur fut moins douce que la fornaise. » Voir
55 Le visage pareil encore se fait voir, ci
Ne