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Revue militaire de V étranger

MOBILISATION RT COSCENTHATIOM. 665

pouttsét) par le générai qui Euivait l'iufanterie «Je Skobeleff et qui, tnarubaot avec une exirtîme audace au milieu des troupes turques eu retraite, s empara d'Audrinople, défendue par 8,000 hommes et 60 canons.

11 e^l à remarquer d'abord que toutes ces ezpôditiûns faites en pleine guerre, n'ont qu'un rapport éloigné avec les incursions dirigées au début contre la mobilisation et la concentration. Les véritables riiids sont ainsi définis par le prince de Holenhohe dans ses Lettres sur la cavalerie : « Une incursion exécutée par une masse de cavaleriiï considérable, indépendante, isolée, dont le chef est absolument libre de son action et dt!s moyens à choisir pour atteindre le but désigné. »

Des incursions de celte nature, durant au delà de deux à trois jours, tentées avec des forces coneidérables, paraissent à la plupart des ofKciers de cavalerie impossibles dan? les conditions actuelles, dans des pays peuplés comme le sont ceux de l'Europe, avec la multiplication des voies ferrées, avec le télégraphe, etc. La cavalerie ruinerait ses chevaux et fprait >1éfaut la veille, le jour, et le lendemain de la bataille, comme nous venons de le voir pour Slonenian à Chancelloroville, comme il arriva k Sluart lui-môme à Gettysbourg, où son absence eut des résultats funestes... • Lee se trouva ainsi dans l'imiiossibilité »ie dissimuler comme d'habitude ses mouvements derrière un nuage d'escadrons volants », dit un biographe du général en chef des '/on fédérés, « et de pénétrer les desseins de son adversaire grâce à la hardiesse de sa cavalerie. »

Si ces raids sont déclarés impossibles au milieu de la guerre, réussiront-ils mieux au début, alors que les cavaleries des deux armées, appuyées par quelques bataillons de chasseurs, de forestiers ou de douaniers » qui sera sans doute confiée la garde des nœuds principaux de communication et des stations oij sont concentrés des approvisionnements, seront en face l'une de l'autre sur la frontière. Croit-on réellement posi^ible qu'alors cinq ou six divisions de cavalerie puissent se lancer un loin dans l'intérieur du pays ennemi? Croit-on que 10,000 cavaliers trouveront à vivre pendant plusieurs jours sans se disperser? Pour envoyer leurs coureurs porter la terreur à 60 lieues de la frontière, il leur

faudrait s'en éloigner eux-mêmes de 40 lieues au moins. Il leur sera peut-être facile d'y aller, mais ils n'en reviendront pas. Dans la poursuite de 1806, des escadrons de la cavalerie légère de Lasalle et de Milhaud ont fait jusqu'à 80 kilomètres en un jour. Stuart, nous venons de le voir, en a fait 128 dans son dernier raid. Des escadrons allemands, dans la guerre de 1870-1871, ont fourni 77-81 et jusqu'à 103 kilomètres en 12 heures ; une brigade de cosaques du Don, dans la guerre de 1877-1878, 122 kilomètres en 24 heures. M. le général de Gallifiet, dans son instruction de 1879, admet le chiffre de 70 à 80 kilomètres comme représentant la distance à franchir dans une marche forcée. Il faudra donc deux à trois jours à nos 10,000 cavaliers pour amver fatigués à 40 lieues de la frontière. A ce moment, et moyennant les mesures de précautions ordonnées à l'avance dans les corps d'armée frontières, il ne manquera pas de troupes d'infanterie et d'artillerie suffisantes pour leur opposer une résistance sérieuse. Le rideau de cavalerie qu'elles auront percé, par la ruse ou par la force, se refermera sur eux, et leur position sera fort aventurée. Ce sera 10,000 cavaliers, à bien peu près du moins, perdus pour le reste de la campagne.

Il est très vrai que nous avons reproché nous-mêmes aux chefs de l'armée française en 1870 de n'avoir pas lancé dans la Prusse Rhénane, dans le Palatinal et dans le duché de Bade, leur nombreuse cavalerie. Sans aller jusqu'à dire que ces escadrons n'auraient trouvé aucun obstacle, il est certain que jusqu'à la fin du mois de juillet, la route resta ouverte ; les Allemands eux-mêmes nous apprennent qu'il n'y avait qu'un rideau très mince sur la frontière. Ils s'y attendaient à nous voir venir. « Contre notre attente», dit un de leurs auteurs \ « la ligne de l'ennemi (ligne frau- « çaise) se tenait complètement tranquille. Notre cavalerie était « presque entièrement réunie le 19 juillet jusqu'au 24 et 25, la « route eut été libre devant elle, à condition qu'elle se présentât en « force. »

Mais la même situation ne se reproduira pas, ni d'un côté, ni de l'autre. Les Allemands trouveront notre cavalerie à la frontière, comme nous nous y trouverons la leur; or, si Ton admet qu'une

I. Le major von Ilahnke, de rétat-major prussien, 0/>er(i/ion« de la 3* armée.

MOBILISATION ET CONCENTRATION, i'iG?

dmeion de cavalerie peut, avec deux eBcadrons, faire le service Je I la découverte en avant d'elle eur unfi-ont de 40 kilomètres', 4 diviiB pounont, en première ligne, explorer une étendue de près de 150 kilomèlres; il reetei-a ainei en .irriùi-e, pour parer aux incureionB en inaese de l'ennemi, de 4 à 6 dlvieions, Buivant la quantité I des brigades de corps d'armée qu'on voudra y consacfer. Il n'y a ' don>: à craindre aucune surprime, si les divisions de première ligne font leur devoir, mais il faut s'y attendre à de grands chocs de cavalerie dès le jour môme de la déclaration de guerre.

Tel n'e&t cependant pas l'avis exprimé par le prince de Hohenlohe dans ses Lcllres sur la ravalent. Après avoir rappelé, ce que nous avons déjà dit, que dans la campagne de 1870-1871, la cavalerie allemande, après avoir été repoussée (4' division) sur la lisière de la ror5t d'Orléans par quelques troupes peu nombreuses, n'a tenté de faire une grande pointe ni sur Bourges, où étaient concentri?B 10U6 IfS moyens de production de l'artillerie française, ui sur Tours, où s'était installé le gouvernement de la Défense nationale, ni sur le Mans, où 6e concentraient de nouvelles forces, ni sur Rouen, riche capitale de la Normaudie, il démontre qu'une division de cavalerie isolée ne pourra s'aventurer au delà de 40 à ÔO kilomètres de la frontière, que les partis isolés qu'elle enverra ' de là courront gr.ind risque d'ôtre détruits en détail. « Où prend- « on >, dit-il, « que la cavalerie soit capable comme un Heuve, • soudain grossi par des pluies torrentielles, d'inonder le pays « ennemi, d'anéantir toute vie, d'y entraver toute circulation, d'y « cerner toutes les lignes de communications?... > Le môme auteur ' pense que sur tous les points dont la cavalerie aurait intérêt à s'emparer, elle trouvera des troupes de l'armée active et de l'armée territoriale, dont la mobilisation ne sera sans doute pas achevée, mais qui seront grossies déjà par l'arrivée d'un gi'and nombre de réservistes, et qui pouiTonl opposer à ses tentatives une réMistance I sériense. S'il ne s'agit que de briller des gares et do couper des I ligUÉS télégraphiques, de petits détachements de cavaliers suffl- I pont à cette besogne. Tl convient donc, suivant lui, que la cavalerie \ attende la concentration de l'armée pour se porter en avant, cer-

I. Général do GallilTul, Projttt ilh-itmetion de 1873,- p. 17.

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taine, dans ce cas, de trouver un appui en cas d'échec, c Mais alors >, dit-il, « les deux armées enverront en avant leurs grandes masses « de cavalerie, pour que les patrouilles d'officiers, qui en sont en € quelque sorte les antennes, s'étendent et rayonnent a&n de se € rendre compte de la force, de la position et des desseins de Ten- « nemi. Ces masses s'entrechoqueront et engageront la lutte pour « décider qui restera maître du terrain ; finalement, une des deux « aura le d(^ssus, elle refoulera celle de l'adversaire sur son infan- € terie... ♦

Quoi qu'il en soit, la nécessité de proléger les frontières par un rideau de cavalerie pendant la mobilisation et la concentration des armées est évidente aussi bien que celle d'augmenter à ce moment, autant que le permettront les ressources dont on dispose, la force numérique des divisions de cavalerie indépendantes ; nous sommes du même avis quant à Tutilité des bataillons de chasseurs à pied, douaniers, forestiers et compagnies francbes, formées sur la frontière avec les hommes de l'armée territoriale les plus familiarisés avec la contrée, pour flanquer la cavalerie dans les bois, dans les montagnes, dans les passages difficiles et pour protéger, contre les incultes des petits détachements ennemis, les points principaux des lignes de chemins de fer. Enfin, il est impossible que le début de la guerre ne soit pas marqué par le choc de grandes masses de cavalerie, qui dureront peut-être quelques jours et qui auront sur le résultat do la campagne une influence plus grande que n'en ont eu jusqu'à présent les engagements où la cavalerie figurait seule.

Si, au début d'une guerre entre l'Allemagne et la France, la cavalerie d'une des deux armées venait à être violemment refoulée à la suite d'une défaite, avant que la concentration de l'armée fût achevée, cette défaite aurait certainement des suites les plus funestes. Dans tous les cas, le résultat du premier engagement aura surtout en France des conséquences morales de la plus haute importance. Un échec subi à la frontière par notre cavalerie pourrait être certainement et promptement réparé. Une victoire de nos escadrons aurait dans tous les cœurs un retentissement prodigieux et inspirerait à l'armée ainsi qu'à la nation, cet espoir de succès qui fait la moitié d^i succès lui-même.

But de l'ouvrage. — Nécessité de l'étude de Thisloire. — Xeçons du passé.

— Défenses de Grave, de Lille, de Saint-Sébastien; capitulation de Soissons. — Surprises de Grefeld, de Taroutino et de Beaumont. — Poursuites après Frœschwiller, léna, la Katzbach, Waterloo. — Bataille de Fonlenoy.

— Mot du prince de Ligne. — Nos défaites no sont pas dues à nos règlements vieillis, mais à l'inobservance de ces règlements. — Dissémination des corps d'armée en 1870. Inaction de la cavalerie. Observations du maréchal Niel. Indications du général de Brack. — La tactique change tous les dix ans, mais le côté moral de la guerre reste le môme. — Exemples à éviter ou à suivre. — Baylen, le 116* régiment. — Capitulation de Minden. — Beni-Mered, Camaron, Tuyen-Quan. — Villeroy à Crémone, Bizanet à Berg-op-Zoom. — Brenier à Almeida, Ortega à Puebla. — Kléber à Torfou, le capitaine de SainJ-Sauveur à Gand. — Mot de l'amiral Jurien de la Gravière. — Von der Goltz, la Nation armée.

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