Chapitre IIL — Cavalerie, page
Contrairement à la légende généralement acceptée, le régiment des chevaux- légers polonais de la garde à qui revint, le 30 novembre 1808, tout Thonneur de la célèbre charge de Somo-Sierra, ne fut armé de lances qu'à la fin de 1809. Il est donc inexact de dire que le succès de cette charge fut dû à Teffet moral de la lance. 11 n'en est pas moins vrai que les lanciers polonais furent dès le mois d'avril ou de mai 1809 la terreur des insurgés espagnols. Ces lanciers formaient la légion de cavalerie de la Vistule et avaient été envoyés en Espagne dès le début de l'insurrection. Mis sous les ordres de Lefebvre-Desnouettes, ils se signalèrent immédiatement aux combats de Tudela et de Malien, les 8 et 13 juin, au premier siège de Saragosse, et surtout à la bataille de Tudela, gagnée par Lannes le 22 novembre suivant. Le renom des lanciers fut porté à son comble dans le nord de l'Espagne par un autre corps connu sous le nom de Lanciers de Derg, et par les chevau-légers polonais de la garde revenus dans ce pays en 1810 avec des lances.
Le colonel Niegelowski, ancien officier de ce corps d'élite, blessé à Somo-Sierra, a publié en 1854 une lettre destinée à redresser plusieurs erreurs commises par M. Thiers. Il dit dans cette note que huit jours (ïexercice suffirent pour transformer les chevau-légers de la garde en lanciers parfaits. En faisant la part de l'exagération et des différences de race, d'éducation et d'habitudes, on est donc en droit de penser que la manœuvre de la lance pourrait être enseignée à nos cavaliers dans un temps relativement court. Ainsi tomberait la plus forte des objections invoquées contre le maintien de la lance.