EXÉCUTION DES TRAVAUX EN GALERIE
Voici comment on parvint à surmonter la difficulté résultant de la présence de sables fluides et de la nappe d'eau des puits :
On abaissa le niveau général de la nappe d'eau souterraine, de manière à ouvrir à sec la petite galerie d'avancement, que les ouvriers nomment trou de rat. Une fois rabaissement du plan d'eau obtenu, les sables fluides devinrent si fermes que cette galerie fut ouverte d'un puits à l'autre sans aucune difficulté.
Lorsque les alignements entre les puits furent rectifiés par la jonction des trous de rat, on ouvrit les grandes galeries boisées.
Puis on déblaya l'emplacement de la voûte, opération que les ouvriers nomment le battage en grand. La voûte fut construite d'un puits à l'autre sans autre incident fâcheux que celui dont il sera question ci-après,
On abaissa enfin le plan d'eau de la nappe au-dessous du radier au moyen d'une rigole boisée, et on construisit la partie basse de l'égout par reprises en sous-œuvre. On préparait la fouille sur 4 à 6 mèlres de longueur en parlant du milieu de l'intervalle de deux puits et en se rapprochant des puisards par deux attaques opposées. On préparait la fouille d'un côté pendant qu'on maçonnait de l'autre .
La planche ci-contre donne tous les détails d'exécution de ces travaux en galerie.
Grâce au système d'épuisement adopté, les diverses galeries furent donc ouvertes dans ces sableg si fluides lorsqu'ils sont noyés par la nappe d'eau souterraine, absolument comme dans un terrain ferme.
J'ajouterai même que ces sablons, restant légèrement humides, étaient beaucoup plus résistants que les sablons naturellement desséchés comme ceux de Fontainebleau.
Deux menaces d'accidents eurent cependant lieu en cours d'exécution des travaux.
La première et la plus grave commença le 8 janvier 1858; je ne puis mieux faire, pour en rendre compte, que de reproduire in extenso le rapport de M. l'ingénieur Delaperche :
« Le soussigné s'empresse d'informer Monsieur l'ingénieur « en chef que le 8 janvier 1858, à deux heures de Taprcs-midi, tf tous les symptômes avant-coureurs d'un fort éboulement se c sont produits dans la partie du souterrain située au droit du « petit puils de service n** 8, sur une longueur de 25 mètres « où le battage en grand vient d'être achevé; en aval de celle « longueur se trouve une portion voûtée, en amont se trouve « une galerie de 2 mètres de largeur.
« Les blindages, qui avaient été posés jointifs et perpendicu- <r laires à l'axe du souterrain, ont commencé à s'infléchir du « côlé de l'est; on s'est mis en devoir aussitôt d'arc-bouter, contre <r des semelles posées sur le sol, les longrines qui supportent <r les blindages en question. Pendant que l'on s'efforçait ainsi « d'arrêter le mouvement de poussée latérale, le sol sablon- « neux, se séparant en tranches horizontales,, est venu peser « fortement sur les cadres qui ont commencé à s'écarter quelque « peu de la verticale : des craquements très forts ont commencé « à se produire ; on s'est empressé alors d'étrésillonner les <r cadres les uns contre les autres par de petites longrines. « Cette opération, plusieurs fois interrompue par les craque- « ments, a pu néanmoins se terminer ; alors le sol, pressant « d'aplomb sur les cadres et principalement du côté ouest, a « fait enfoncer ou casser les semelles et incliner les chapeaux; « l'enfoncement pour les trois cadres voisins du puits n° 8 a « été de 0°*,25 environ et s'est produit en quelques secondes. <r 11 a fallu interrompre toute espèce de travail confortalif, et les « ouvriers se sont retirés les uns sous la voûte, les autres sous « la petite galerie. Au bout de quelques minutes l'éboulement « ne se produisant pas, on s'est mis à consolider les cadres <r voisins de la partie voûtée, en plaçant dans le carré du milieu € deux pièces formant le V. Les charpentiers placés sous la « petite galerie ont commencé à en faire autant de leur côté, « profitant des intervalles entre les craquements; les deux « ateliers ont fini ainsi par se rejoindre. A quatre heures, les
« craquements ont diminué et l'on a pu espérer que Ton était <r maître du mouvement.
« On a continué alors à se consolider ; à dix heures du soir « le danger paraissait complètement passé et Ton commençait « à apporter les cintres pour faire la maçonnerie par anneaux. « Le 9 janvier au matin aucun nouveau mouvement ne s'est « prononcé.
< Il y a des pièces de chêne qui sont incrustées les unes dans « les autres de 0"*,003. Des précautions sont prises pour pré- « venir autant que possible, dans les parties restant à voûter, « le retour d'un mouvement analogue. On a soin principale- <r ment de forcer les dimensions des semelles.
« Nota. — Les craquements ont continué à se faire entendre « dans les journées des 9, 10, 11 ; ils ont cessé au fur et à < mesure de la continuation des anneaux maçonnés.
« Aujourd'hui, 12 courant, la voûte est fermée dans toute (c la partie où l'éboulement a failli se produire.
« Signé : Delapercue. »
Le 25 du même mois, une autre menace d'éboulement du même genre se produisit à l'amont du puits n° 7 et également sur une longueur de 25 mètres ; 7 cadres perdirent leurs contre-fiches et le sable commença à couler en abondance.
Tout était prêt pour maçonner la voûte. On commença immédiatement après avoir rétabli le boisage aussi bien que possible. La voûte fut fermée dans les premiers jours de février.
Ainsi ce grand souterrain a été construit, on peut le dire, sans aucun accident, puisqu*on a arrêté le mouvement du fontis qui a commencé à se produire le 8 janvier 1858. On a donc très heureusement surmonté, par l'application de la nouvelle méthode d'épuisement, la difficulté résultant de la présence des sables fluides.
Si ce souterrain avait été ouvert avec les procédés ordinaires,
OU se serait Irouvé dans les mêmes conditions d'exécution que M. Emmery, c'est-à-dire dans les sables fluides, et il n'est pas douteux qu'on eût éprouvé des accidents analogues, des excavations à grandes distances sous les parois des galeries et, par suite, des cloches, des fontis et autres éboulements fort graves.
Tout le gros œuvre de la maçonnerie fut exécuté en meulière et mortier composé en volume de cinq parties de sable pour deux de ciment de Vassy. Les parois ont été entièrement recouvertes d'un enduit en mortier formé de volumes égaux de sable et de ciment; mais ici une difficulté se présentait.
La nappe d'eau, en reprenant son niveau habituel, devait exercer une sous-pression considérable. 11 fallait donc s'attendre à voir les enduits se soulever. Dans ces conditions, je n'hésitai pas à laisser de dislance en dislance, dans le radier, des trous pour donner issue aux eaux souterraines qui s'écoulent ainsi dans la cunetle même de l'égout. Les trous ont été naturellement placés aux points où se montraient les suintements les plus abondants, et leur eflicacité fui telle que des tuyaux de drainage posés au niveau des banquettes ne donnèrent presque rien.
Les travaux des puits ont élé commencés le 7 mai 1857 : régout était terminé le 30 décembre 1858.
La durée de Tentreprise a donc élé de 603 jours.
La longueur de l'égout étant de 2059"\00
on a construit par jour une longueur d'égout de. 3™,41
La dépense s'est élevée à la somme de. . . . 1 850710^98
Les travaux autorisés étaient estimés :
Arrêté du 7 mai 1857 . . 170000^00 j ^^^^^^ ^ Arrêté du 26 septembre. . 1660000^,00 S ^ »50 000 ,00
Il y a donc eu un excédent de 20710^98
qui est peu considérable.
La dépense par mètre courant d'égout a été de
-— = 899 francs.
LES TRAVAUX SOIJTERR&l>S 1)E PAItlS.
TRONÇONS DU.COLLECTEl'R GËNtRAL RUE ROYiLE, PLACE DE LA MADELEI^E ET RUE RlUFORT, ÉCOLT DE JONCTION DE CES TR0SÇ0S5.
Vers la môme époque, c'esl-à-dire de 1858 à 1859, on cohstruisit les deux tronçons du collecteur général, stlués dans les i-ues Bumfort et Royale et sous la place de la Madeleine. On crut qu'en attendant Touverlure du boulevard Malesherbes. qui permettait de combler cette lacune, il convenait de relier ces deux tronçons par un ëgout construit dans les rues de la Madeleine, Notre-Dame de Grâce, d'Anjou et Lavoisier. Celégout a une section ovoïde de 2 mèlrcs de largeur aux iiaissaoces et de 5 mètres de hauteur sous clef (fig. 22); il est muni de rails. On lui donna le nom à'Égout de jonction.
Fig' îï. — Plin et coupe de l'Égout ilcjonclioi
Ces trois tronçons pénètrent profondément dans la nappe d'eau des puits cl dans les alluvions de sable fin et de gravier correspondant aux anciens lits quaternaires de la Seine. Oo con-
slruisit d'abord les voûtes comme on l'avait fait au tunnel de Monceau.
Ces voûtes se trouvaient entièrement au-dessus de la nappe d'eau des puits et leur construction ne donna lieu à aucune difficulté. On procéda par reprise en sous-œuvre pour l'établissement des piédroits et de la cunetlc, et quoiqu'on travaillât dans la nappe, on crut économique de ne pas appliquer la méthode d'assèchement qui avait si bien réussi au tunnel de Monceau. La voûte étant construite d'avance et la tranchée étant remblayée au-dessus, on n'eut à déplorer aucun accident ; c'était un excellent étaiemcnt qui empêchait toul déplacement latéral du sol de la rue et, par conséquent, tout mouvement dans les maisons voisines. Mais l'enlèvement des sables fluides par reprise en sous-œuvre donna lieu, comme dans les travaux do M. Emmery, à des difficultés inouïes, et lorsqu'on entreprit la construction du collecteur des Coteaux dans la rue de la Pépinière, on n'hésita pas à revenir à la méthode d'épuisement appliquée au souterrain de Monceau.
L'ancien égout de Ceinture construit dans l'emplacement du ruisseau de Ménilmontant passe rue Lavoisier. On a trouvé rue Rumfort, en construisant le collecteur général, les tourbes de l'ancien marais qui bordait ce ruisseau. C'est à la présence de ces tourbes qu'on doit attribuer le peu de stabilité des maisons de la rue dont les numéros pairs existent encore boulevard Malesherbes, entre les rues Lavoisier et de la Pépinière. Leurs fondations ne descendent probablement pas jusqu'au gravier. Le collecteur, au contraire, est assis au-dessous des tourbes, sur le sable du lit quaternaire de la Seine.
Les deux tronçons de collecteur dont il vient d'être question
ont coûté, sans l'Egout de jonction 600252 fr. 61,
leur longueur est de 632 mètres;
la dépense par mètre courant s'est donc élevée à. . . . 950 fr.
Nous avons vu que le tunnel de Monceau, dans des conditions plus mauvaises, n'avait coûté par mètre courant que. . 899 fr.
ce qui permet de mesurer la valeur relative des deux systèmes d'exécution appliqués à ces divers ouvrages.
Quant à Tégout de jonction dont la longueur est de 489 mètres,
il a coûté 138244 fr. 01 c,
soit par mètre courant 283 fr.,
prix très élevé pour une galerie de 2 mètres d'ouverture.
Celte grande dépense doit être attribuée aussi à ce qu'on a opéré dans les sables fluides par la méthode ancienne.
Cet ensemble de travaux exécutés entre l'égout Rivoli et la rue de la Pépinière, commencé le 2 août 1858, fut achevé le 12 mai 1859.