La péninsule de rHindoustaA et GeylaA
Au point de vue géographique, la presqu'île de l'Inde est bien définie, au sud du parallèle qui joint le golfe de Cambaye aux bouches du Gange. Mais sa limite géologique passe bien plus au Nord, entre le coude de ce fleuve et les environs de Delhi, en suivant le bord irrégulier et concave vers le sud des gneiss du Bengale et des couches vindhyennes de l'Inde centrale. Quatre formations principales recouvrent l'Hindoustan : l'Archéen (gneiss et schistes), le Yindhyen (Silurien), le Gondwanien (Triasique et Jurassique), et les nappes éruptives (crétacées et éocënes) de trapp et de basalte. Il n'y a pas lieu de s'occuper ici de la latérite, formation superficielle résultant de la décomposition des laves, et dont la présence ou l'absence n'ont pas d'influence sur la séismicité. Les roches archéennes s'étendent sur tout le S. E. de la péninsule, au sud de la ligne allant de Monghyr à Pangim, ou Nova-Goa, sur la côte occidentale, mais avec des intercalations de couches vindhyennes et gondwaniennes dans les vallées du Mahanadi, de la Godavari, et dans les Yellakonda, ou Nilamala Ghats, ou Ghates de Nellore. Les trapps et les basaltes du Dekkan couvrent le N. W. Au Nord, les couches sédimentaires précédentes réapparaissent sur les plateaux montagneux du Yindhya et du Satpoura des deux côtés de la Narbada. Enfin les roches éruptives modernes se montrent de nouveau près de Golgong.
L'Hindoustan forme une vaste pénéplaine, commençant à la crête des Ghates occidentales, ou Sahyadri, abrupte sur la mer d'Arabie et descendant en pente douce sur les Ghates orientales du golfe du Bengale. De la plus grande hauteur des Sahyadri résulte que toutes les rivières courent à TEst, excepté la Tapti et la Narbada, dont les embouchures se trouvent dans le golfe de Cambaye. On verra précisément cette différence jouer un rôle séismogénique. Une seule dépression, celle de Coimbatore, rompt la muraille occidentale. Le centre de la vaste pénéplaine a fléchi, et ses couches diverses n'ont subi que des ruptures avec d'énormes effondrements, surtout entre le Gondwanien inférieur et le Gondwanien supérieur. Quant aux plissements, ils
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sont d'âge extrêmement reculé, antésilurien dans TAravali Range et antépermien dans les Ghates de Yellakonda.
Tous les restes organisés des couches gondwaniennes sont d'origine terrestre et se retrouvent presque identiques en Australie, à Madagascar et dans l'Afrique australe. Leurs grandes différences avec ceux des couches contemporaines de Thémisphëre septentrional ont fait conclure à l'existence d'un ancien et vaste continent austral, dont le démembrement a ici commencé à l'époque jurassique par l'irruption de la mer dans le Sind et le Cambaye, puis s'est continué par des effondrements successifs. Le manque presque complet de plissements, le calme avec lequel les laves crétacées et tertiaires se sont étalées sur le Dekkan, et l'ancienneté même du continent gondr wanien, permettent de présager pour l'Indoustan une grande stabilité, que l'observation conffrme pleinement. Les dépôts vindhyens et gondwaniens ont en grande partie disparu par la dénudation, et leurs lambeaux subsistants doivent leur conservation à leur chute au milieu des fractures du massif archéen, accidents dont l'ancienneté assure l'aséismicité.
L'Hindoustan n'est cependantpas sans ressentir quelques tremblements de terre, et Th. Oldham ^ en a fait le catalogue aussi complet qu'il était possible en l'absence d'observations systématiques. C'est le cas des Ghates de Yellakonda, où ils ne sont d'ailleurs jamais sévères. Là, les couches vindhyennes forment un croissant dont la concavité est tournée vers l'Est. Elles ont étéplissées en conséquence d'une poussée venant de ce même côté, et sont tombées à l'Ouest dans une grande faille de l'Archéen. Les cornes du croissant sont situées à Moonagalik, un peu au nord de la Kistna, et à Tripetty [Tirupati] au N. W. de Madras. Ce plissement, carboniférien, est le moins ancien de la péninsule. Une certaine instabilité se montre dans l'intérieur du croissant, c'est-à-dire du côté de la poussée. Comme partout ailleurs, les cassures de l'Archéen sont stables, et les secousses en question doivent sans doute être attribuées à la continuation du processus de plissement, ce qu'on a si souvent constaté pour ceux de l'époque carboniférienne en tant de points du globe. Là encore, se vérifie la loi de moindre stabilité du côté le plus abrupt du versant d'une chaîne.
La grande instabilité du bas Indus, dont on parlera dans un autre chapitre, cesse presque entièrement dans la presqu'île du Kathiawar pour reparaître, mais bien atténuée, sur la côte orientale du golfe
* A catalogue of indian earthqnakes tvom the earliesi Urnes to the end of A. D. 1869 [Mem. ofthe geol. Survey of India, XIX, Part 3. Calcutta, 1883).
)48 GÉOGRAPHIE SËISMOLOGIQUE
de Cambaye, d'Ahmenabad à Bombay, ainsi que dans Tintérieur, de Malegaon à Dhulia dans le Khandesh. A Udaipur commence une étroite bande archéenne, courant vers TEst, puis se dirigeant ensuite au Nord vers Bundi, le long du flanc oriental de l'Aravali Range. . C'est le bord du vieux continent recouvert par les trapps et les basaltes du Dekkan. La limite occidentale de ces roches éruptives va d'Udaipur à Daman, port au nord de Bombay. La vallée de la Tapti est ouverte dans les strates jurassiques d'Ellichpur àNandurbar, et ces couches, séparées de celles du Cambaye par un rétrécissement des nappes éruptives, doivent exister sous ces dernières. La Narbada traverse, de Jabalpur à Harda en aval de Hoshangabad, les mêmes couches gondwaniennes, mais la lacune entre elles et leurs contemporaines du Cambaye est bien plus large que précédemment. Les couches vindhyennes s*étalent beaucoup au N. E. de Jabalpur, et leurs lambeaux apparaissent au Nord et au milieu des couches gondwaniennes de la vallée de la Narbada, et encore à l'ouest de Harda. Ainsi donc, il est certain qu'à l'époque vindhyenne (silurienne), la mer a envahi la vallée de la Narbada, et qu'à l'ère gondwanienne (triasique et jurassique) une nouvelle vicissitude a permis le dépôt de ces couches d'origine terrestre dans ces deux vallées, où des signes d'exhaussement assez moderne se montrent, ainsi que sur le littoral du Cambaye. Les séismes en question peuvent-ils dériver de ces événements ? C'est assez douteux, vu leur ancienneté.
Les épicentres des secousses, d'ailleurs faibles et peu fréquentes, de Bombay et de ses environs, doivent être recherchés dans la région pénéséismique précédente. On a bien signalé autour de ce port des signes d'affaissement récent ; mais, pouvant s'expliquer par le simple tassement de terrains sans consistance, de tels mouvements ne semblent guère jouer un rôle séismogénique. D'autre part, près de Bombay, à l'est, on a cru découvrir les points éruptifs d'où se seraient épanchées de colossales nappes de trapp et de basalte, qui' couvrent une immense surface du Dekkan entre le IG"* et le 24* parallèle. Presque horizontales, elles ont dû couler en état de grande fluidité, ce qui leur a fait attribuer une origine sous-marine, opinion rejetée maintenant à cause de l'intercalation de dépôts d'origine terrestre. Il n'en reste pas moins que le phénomène s*est accompli sans explosions, ni bouleversements d'aucune sorte. Les séismes de Bombay n'y trouvent donc pas non plus leur explication.
Quelques tremblements de terre agitent la côte de Malabar, surtout dans le Travancore. A Quillon, justement, des couches marines