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LES ÉTATS-UNIS D'AHËBIQUE

cinquièmes do leur nombre total. Kn conséquence, les État3 à esclaves avaient eu définitive trente représentants de plus que n'en avaient les citoyens libres des États du Nord. Comment les règles de la souveraineté populaire pouvaientelles s'accorder avec cette différence entre les possesseurs d'esclaves et les propriétaires de biens d'une autre nature? Puisque cinq nègres conféraient à un État une prérogative égale à celle que lui donnaient trois blancs, les propriétaires s'appliquèrent à augmenter le nombre des esclaves, et regardaient comme un attentat politique toute tentative faite pour discréditer un genre de propriété aussi avantageux.

Ainsi quelques États, où le travail servile passait pour dégrader le citoyen, avaient à eux seuls à peu près la moitié de la représentation politique du pays : en face d'eux, ils avaient d'autres États, avec une population deux fois plus grande, où presque tout individu a le droit de suffrage et jouit de l'égalité politique ; où un travail honnête n'est point regardé comme déshonorant et ne ferme l'accès ni aux emplois ni aux dignités.

Les Nègres qui, en 1790, étaient au nombre de 700,000, avaient atteint en 1860 le chiffre de quatre millions et demi, répartis entre les dix-neuf États du Sud : on calcule que 40 millions d'hommes ont été transportés de l'Afrique. Il est inutile de décrire l'immoralité et la cruauté de l'esclavage, dans les pays où il est sanctionné par des lois comme n'en eurent point les païens eux-mêmes; il est interdit d'émanciper les esclaves, de tes instruire, de légaliser leurs mariages ; il est défendu même d'écrire eu leur faveur, tellement on les croyait nécessaires à la culture du sucre, du riz et surtout du coton dont l'exportation s'est élevée, en 71 ans, de 70 balles à 4,600,000. De nouveaux États à esclaves s'ajoutèrent donc aux premiers pour arriver à avoir la majorité dans les Assemblées ; on proposa même d'acheter l'île de Cuba, ou de s'en emparer; on favorisa des bandes de flibustiers qui tentèrent l'entreprise, et Walker se fit l'émule de Garihaldi; ' la traite des Nègres devint plus active ; on employa la force pour empêcher la population du Kansas d'exclure l'esclavage de son territoire; il y avait même une littérature, une philosophie, une théologie, une physiologie, pour patronner l'esclavage. Les États du Sud veillaient avec un soin jaloux h ce que leur force politique ne diminuât pas par l'accroissement des États du Nord; ceux-ci, de leur ctité, s'efforçaient

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d'empficber ga'on n'élendil à de nouveaux États les privilèges constitutionnels; aussi chaque fois qu'un pays ù esclaves demandait à être admis dans l'Union , un État libre faisait la même demande pour un autre pays sans esclaves ; l'annexion du Kentucky fut compensée par celle du Vermont ; & l'annexion du Tennessee , on opposa celle de l'Obio ; l'adjonction de la Louisiane , du Hlssissipi et de l'Alabama fut équilibrée par celle de llndiana , de l'iltinois , du Maine.

L'anne:iion du Texas amena la guerre avec le Mexique et l'acquisition de la Californie et du Nouveau Mexique. A cette occasion , on proposa de nouveau de réduire la représentation des esclaves aux limites assignées par la Constitution, et, comme il arrive lorsqu'on veut établir un gouvernement sur deux principes incompatibles, il en résulta une guerre civile.

Quand des populations diverses se sont réunies pour former un seul État, est-il permis & un de ces États ou & une nation de se séparer à son gré?

C'est là un des problèmes qui naissent des théories sur la nationalité. La doctrine qui répondait affirmativement rencontra peu de partisans, surtout parmi les membres du cabinet qui visait à abolir l'esclavage. S'ils s'étaient appliqués à développer dans les États du Sud un système de représentation basé sur l'évaluation de la propriété foncière, peu à peu le travail servile-aurait langui et disparu , grâce aux discussions publiques, aux combinaisons politiques, aux démonstrations économiques. Mais l'on ne sut point attendre.

Dans la peur de quelque loi contraire, l'élection des présidents des nouveaux États, et, bien pins encore, l'élection du président de l'Union devenait une affaire capitale. Celle de ce président fut vivement disputée en 18SS ; et Lincoln (1), qui était favorable k l'émancipation , l'ayant emporté , la Caroline se sépara, conduite par JelTerson Davy, et fut imitée par d'autres États; Brown , qui prêchait l'affranchissement des esclaves, fut pendu; et Summer, le plus grand orateur et le plus fervent abolitioniste, recul un coup de canne plom-

II) L«a présidents ont été : 17B9, Washington, réélu; 1T9T, Adams; 1801, JefTersoa réélu; 1809, Modison, réélu; 1817, Monroe, réélu; 1825, Quincj AdimB; 1S29, Jackson, réélu; 1337, Van Burea; ISil, Harriton; à sa mort, il eat remplacé par le vice-prëaident Tjlar; IS45, Polk; 18i», Taylor; à sa mort, il eiC remplacé par Fillmore; 1893, Fierce; 1867, Buohanan; 1S61, Lincoln.

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béo, pendant qu'il parlait dans le Sénat de Washington (1). La Caroline vit se joindre à elle le Mississipi, la Floride, l'Alabama, la Géorgie, la Louisiane , le Texas; et, plus tard, le Tennessee et l'Arkansas : Davis fut le président de la nouvelle confédération. Les fédéralistes et les confédérés, au nombre de huit millions dont les esclaves formaient la moitié, se partageaient la Virginie, le Kentucky, le Delaware qui furent le thé&tre de la guerre de sécession , une des guerres les plus désastreuses qui aient ensanglanté le monde. Pendant quatre ans on combattit avec furie; les deux capitales Washington et,Richmond étaient peu éloignées l'une da l'autre. Il y eut sous les armes jusqu'à 850,000 hommes; et sur mer 437 vaisseaux, jaugeant 840,000 tonnes et portant8,0^6 canons. Le 11 avril 1861 commença l'attaque du fort Sumter; l'armée du Sud l'emporta par sa discipline et sewexcellents" généraux; mais les fédéraux avaient la supériorité sur mer. En mars 1869 se livra la première bataille entre des navires cuirassés, le Monitor, le Merrimac, la Virginie. On ne saurait redire toutes les dévastations causées dans les villes et les campagnes : la culture fut interrompue, on ne pensait à autre chose qu'à la guerre ; il en résulta pour l'Europe une crise funeste, par le manque des matières premières et surtout du coton. Les «^cestionni's/es ne manquèrent pas d'écrivains s'efforçant de montrer l'hypocrisie qui se cachait sous ce mot d'émancipation. Ce mot a été, disaient-ils, une arme entre les mains du président : il voulait affranchir les esclaves de l'ennemi, mais non les siens. Quel est aujourd'hui le vrai dictateur du monde? L'opinion publique, c'est-à-dire le peuple souverain. Eh bien, le peuple témoigne une invincible répugnance pour la race de couleur, et jamais un blanc ne permettrait à un nègre de prendre place à ses cAtés dans une assemblée délibérante, ou à la tribune d'où l'on proclame l'abolition de l'esclavage , ou sur les bancs de l'église

(i) Charlea Sumnar (ISlMSTi), lûgiate remarqqnble, eut sourcnt i traiter des questions trèi importanleB en politique, comme lurent l'an-

nezioD du Teias, lei frontières du Caoada, l'acquisition des territoires du Nebraska et du Kanau, qu'il cberchs par des moyens légaux i prëserrer de Tesclavage. Ce fut préciBéraent aoa lirre aur le Délit contre le Katuat qui lui attira, de la part de Brooke, le traitement brutal dont noua avons parlé; il en demeura malade pluaieura années. Summer resta A la télé du parti républicain contraire à l'eaclBvage; il s'oppoaa i la réunion d'une des Antilles, ce qui lui &t perdre la faveur du peuple; mois :" avant «a mort, qui fut un deuil public

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où l'on prie le Dieu de tous les hommes. On ft-émit et on a ri lorsqu'il a été question de former des régiments de nègres. Affranchir les nègres, c'est bientôt dit; mais qu'en ferons-nous? II est impossible de les transporter ailleurs, de les rendre à une patrie que, pour la plupart, ils ont oubliée, et oîi ils ont été pris el vendus par leurs compatriotes. Les chasserons-nous à l'intérieur du territoire? Ce serait donner un ennemi à des pays dont la fortune est précisément de n'avoir pas de voisins menaçants. Qu'on ne parle pas de les transformer en citoyens indépendants , avant que réducalion les ait préparés, et qu'on ait assuré leur existence par quelque expédient économique. Le temps seul peut résoudre ce grand problème social comme le temps seul l'a posé. Du reste , ce n'est point la vraie ni l'unique cause de la conflagration actuelle. Entre le Nord qui consomme, traQque et est pj-oiectionnisCe , et le Sud qui s'adonne à. la culture et favorise le libre échange, il n'a jamais régné une harmonie bien sincère. Outre la division des intérêts , il y a encore celle du climat, des mœurs, de la race même, car, au Nord, ce sont les Anglo-Saxons ; au Sud , les Français et les Espagnols. La séparation n'a donc pas de quoi étonner: au contraire, on peut s'étoaner d'avoir vu un siècle d'union.

A la fin les fédéraux eurent le dessus, mais Lincoln fut assassiné parla vengeance des vaincus. Le vice-président Johnson, qui lui succéda , avait la lourde charge de pacifier et de réparer les ruines. La dette qui , au commencement de la guerre, était de 64 millions de dollars (le dollar vaut5fr. 42 c), montait en 1865 à 2 milliards 757 millions de dollars. Les imp&ts durent s'élever jusqu'au 1,000 pour 100; mais l'augmentation de la richesse et de la production, qui reçut par la paix une immense impulsion , permit à la dette fédérale de s'amortir de 5 ou 600 millions de dollars par an, sans toucher aux impôts et aux services publics des différents États : la caisse d'épargne de New- York reçut, à elle seule, 644 millions. Aujourd'hui la dette totale est de 3 milliards 180 millions de dollars, l'armée régulière compte à peine 50,000 hommes, avec 135 vaisseaux de guerre et 1,39S canons.

L'Angleterre fut accusée d'avoir favorisé les sécessionistes en couvrant de son pavillon leurs bâtiments de commerce, et en recevant leurs corsaires dans ses ports. De là, des réclamations, surtout à propos de VAlabama qui, sorti des ports anglais , causa de grands dommages aux fédéraux ; on

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exigeait une compensation et l'on menaçait d'une guerre : . mais la guerre fut évitée, gr&ce à un congrès de cinq arbitres, qui se réunit à Genève, et condamna l'Angleterre h payer une indemnité de 13 millions et demi de dollars.

Beaucoup , en voyant la sécession , annonçaient la ruine ^ de ces institutions^ la fin de la république de Wasbington; un avenir de coups d'État, de pj'onunciamientoa militaires , de dictature, ou, au moins, de centralisation. El cependant l'Union s'est sauvée par elle-mSme, sans trouver nécessaire de suspendre un seul jour l'exercice des libertés publiques; et les généraux, vainqueurs dans ces guerres do factions jusque-là sans exemple, ne songèrent point à violer la Constitution de leur patrie. Cette loyauté et ses magnifiques victoires valurent l'bonneur de la première magistrature de son pays k Grant, qui avait triomphé de Lee , et qui , modeste dans sa victoire , se renfermait dans tes devoirs d'un simple citoyen. Tandis qu'il aurait pu, comme on le fait on Europe, s'emparer du pouvoir souverain par l;i force et la surprise, il le reçut du vote de ses concitoyens, avec la grande mission de rendre le calme au pays, de réconcilier les deux partis, de couronner par une politique franche l'œuvre qu'il avait commencée par l'épée et conduite par de merveilleuses combinaisons.

La Constitution de 1867 dut accroître les allributions du gouvernement central à la façon du l'Europe. L'émancipation des esclaves, qu'on avait voulue immédiate comme un expédient de guerre, au lieu de l'efFoctuerpar degrés, désorganisa la fortune des cultivateurs ; elle portait aux affaires et introduisait dans les Chambres des hommes entièrement inexpérimentés; ils avaient grandi dans l'esclavage et voulaient la vengeance, ce qui produisit l'anarchie et la tyrannie. Des hommes prudents redoutaient de là de grands maux : toutefois la supériorité du nombre reste encore aux Yankees qui, pour ces raisons, favorisent l'immigration des blancs.

L'activité dans ce pays est étonnante. A l'&ge de 14 ou de 15 ans, le jeune homme est lancé dans le monde : quelquefois il est très pauvre, ou possède à peine la faible dot qu'on donne aux filles; mais à travers les risques, les obstacles, les tentatives, des spéculations étendues comme l'univers, on voit se créer des fortunes dont notre rieux monde n'a même point l'idée. Si quelque utopiste voit là une preuve qiie vouloir c'est pouvoir, le moraliste bl&me

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