‹ Les trétaux de Charles MonseletChapitre 7 sur 45 · LE PARISIEN · texte numérisé non relu

LE PARISIEN

Le Parisien est cet homme, ce fllneur, ce preuiier venu qui passe rue Richelieu et qui s'arrête devant la Bibliothèque, en y voyant entrer successivement plusieurs personnes.

— Tiens! se dit le Parisien, comment se fait-il que je n'aie point encore songé à visiter Vintérieur de ce monumctit ? D est vrai qu'en ma qualité de Parisien je ne connais pas davantage la Sainte-Chapelle, le musée de Cluny et les Gobelins. No laissons pas a'.i moins échapper aujourd'hui l'occasion de connaître la Bibliothèque.

Il dit, et franchit la porte. A sa démarche incertaine, le suisse ou concierge , qui est un ancien militaire décoré, ouvre bruyamment le vitrage de sa loge et lui demande oii il va. Mais le Parisien et le concierge se reconnaissent bien vile : il leur suffit d'un coup d'oeil pour cela, — et d'une grimace. Le Parisien continue d'avancer, lorsqu'un second vitrage s'ouvre à sa gauche; une voix de femme l'invite avec douceur à déposer, selon le règlement, ses armes, canne ou para-

56 LA BIBLIOÏHÈOUE

pluie au vestiaire. — Cher parapluie! faut-il que le Parisien se sépare de toi? — Il hésite un moment, mais l'envie de voir la Bibliothèque est la plus forte. Il dépose son parapluie , de l'air d'un héros qui rend son épée ; il va même plus loin ; il veut être généreux : il offre deux sous, — que madame Rôtie refuse, à son grand étonnement.

Le Rubicon est franchi. — Voici le Parisien dans la cour ; il monte l'escalier de la salle de lecture et se sent aussitôt saisi d'une terreur sacrée à l'aspect des hiéroglyphes et des bas-reliefs qui décorent les murailles. Peu s'en faut que le bruit de ses pas ne l'épouvante. Il n'en pousse pas moins la porte , mais il oublie de la refermer, ce qui soulève un orage de réclamations. Un garçon de salle l'engage du reste à retourner sur ses pas. La porte refermée, le Parisien demeure indécis ; il se décide pourtant à aller au pupitre où M. Combette lit le Musée des Familles.

— Monsieur... murmure timidement le Parisien.

Sans le regarder, sans lui répondre , sans interrompre sa lecture, M. Combette tend vers lui la main. Confondu, et se demandant quels sont ses droits à une marque aussi honorable de familiarité, le Parisien va pour serrer cette main, quand M. Combette lui demande :

— Où est votre bulletin?

— Mon bulletin , monsieur? répète le Parisien , la main toujours avancée.

— Oui, il faut un bulletin; apportez-moi un bulletin ; vous reviendrez quand on vous en aura donné un. Comprenez-vous ?

LA BlBLIOTlliigUE 57

— Mais...

— Parlez au parron de salle, dit M. Combette en se replongeaut dans le Musée des Fauiilles.

Le garron de salle indique au Parisien le bureau central, où plusieurs personnes sont engagées en conversation avec les bibliotlK'îcaires. Le Parisien croit de la [lolitesse d'attendre ; à cet instant, ses yeux tombent sur un avis ainsi conçu : « On est prié de ne pas stationner devant le bureau. » — Il se retire à l'écart, et il y serait encore si un deuxième garçon ne venait à lui :

— Qu'est-ce que vous attendez?

— Un livre, répond le Parisien.

■ — L'avez-vous demandé?

— Non.

— Adressez-vous à ce monsieur à barbe blanche. C'est à M. Richard que le garçon l'envoie.

— Monsieur, dit le Parisien, je désirerais lire les Victoires et Conquêtes.

M. Richard donne au Parisien un petit papier imprimé, avec des blancs à remplir; et, comme il remarque son incertitude, il ajoute :

— Ecrivez là-dessus votre demande.

— Oii? comment? semble dire le regard du Parisien.

— Vous trouverez, sur un de ces pupitres, tout ce qu'il faut pour écrire.

Lo Parisien se rend au pupitre indiqué. Hn chemin, il lit le bulletin qu'il vient de recevoir, et qui est rédigé comme suit :

Page 1