‹ Les trétaux de Charles MonseletChapitre 9 sur 45 · I.A BlULlOïllkQUE · texte numérisé non relu

I.A BlULlOïllkQUE

Paris. A peine lo dcrnior coup de dix heures a-l-il retenti, qu'il s'élance dans la cour et va boire de l'eau à la coupe de fer. Puis il monte et assiège le bureau central, dont il est la terreur : il dresse des échelles contre M. Pillon, il jette une corde à nœuds par dessus le pupitre de M. de Manne, — Les conservateurs se rendent et lui donnent ce qu'il veut.

Cet Arménien a nom Kasangian. — Il porte une robe brune et une calotte de velours vert. Depuis do longues années, il travaille ù un dictionnaire arabe. On a rcaiarqué qu'à lui seul il usait un exemplaire de Bescherelle par année. — Kasangian se plastronne d'une trentaine de volumes ; mais il n'en est pas moins pour cela toujours en mouvement; il a marqué sa place auprès du bureau central, afin d'avoir les conservateurs sous la main et de pouvoir recourir à eux pour ses renseignements, ce qu'il fait toutes les cinq minutes. Ses préférences s'adressent surtout à M. Pillon, qu'il agace, qu'il tanne.

En dehors de l'arabe, Kasangian n'a qu'un sujet de conversation : les cravates. Il ne comprend pas comment on peut porter des cravates. Il tient, dans son barap;ouin, de longs discours à M. Pillon, pour l'engager à ùter la sienne.

— Vous serez bien mieux, dit-il ; rcgardcz-moi!

Mais d'autres personnes environnent le bureau central. Kasangian essaie en vain de lutter contre le flot njontant. 11 est repoussé avec porte.

Voici le vieux M. Guyot-Defer, l'ancien libraire,

qui copie littéralement , depuis quatre ans , les Mémoires de Saint-Simon, et qui se forme ainsi une petite bibliothèque économique. Il vient de terminer le vingtième volume, et veut absolument avoir le vingt et unième. M. de Manne a toutes les peines du monde à lui persuader qu'il n'existe pas.

— Que vais-je copier maintenant? demande M. Guyot atterré.

— Ce que vous voudrez, répond M. de Manne.

M. Guyot-Defer ne paraît pas satisfait de cette réponse ; son tic nerveux lui fait exécuter plusieurs grimaces successives; après quoi il va consulter son ami le fvotteur, en sentinelle à la porte de la Traverse. — Au bout de cinq minutes de conversation, M. Guyot revient Iriomplialement et demande le premier volume de la collection Petitot. Il en a pour dix ans, cette fois; — mais on suppose qu'afin de ne pas perdre de temps, il demandera la permission do venir travailler pendant les vacances.

Un Particuj-ier, à .)/. Baudement. — Monsieur, voulez-vous me donner les Néréides de Virgile, s'il vous plaît.

M. Baudeme.xt. — Répétez, monsieur.

Le Particulier. — Les Néréides.... de Virgile.

M. Baudement. — Avec plaisir, monsieur. (// prend des notes pour sa collection.)

Un Monsieur souriant, à M. de Manne. — Monsieur...

LA BlBI.10rilÈ(Jl'E 61

M. HK MvN.NK, écrivant une lettre. — Atireï.soz-vuus à côlô.

Le MoNsiEiK SOL RIANT, à M. Rufiard. — Monsieur...

M. Rir.HAHn. — Vous avez demandé quelque chose?

I.E MoNSiEi R soiRiA-M. — Non, monsieur, pas encore. Je désire soulonieiit savoir comment je dois m'y prendre pour faire un ouvrage qu'on m'a commandé sur les moyens de conserver le raisin.

M. Richard. — Etes-vous agriculteur?

Le Mo.nsielr souriant. — Non, monsieur. Mais si vous étiez assez bon pour m'indiquer la marche à suivre....

M. Richard. — C'est embarrassant.

Le Monsieur souriant. — Je le sais bien, monsieur.

M. Richard. — Revenez demain; je ferai faire des recherches.

Kasangian n'y i»eut plus tenir ; il se coule vers M. Pillon ; il fend la multitude.

M. PiLLoN. — Vous voyez bien que je suis encombré.

Kasangian. — Comment prononce-t-on le mot armoire? Bescherelle ne s'explique pas là-dessus.

M. PiLLON. — Eh bien! armoire, parbleu! armoare.

Kasangian. — C'est que, l'autre jour, j'ai entendu une porti«;re dire : armoire.

M. Pii.i.oN. — C'est une faute.

Kasangia.n, incrédule. — En êtcs-vous bien sûr?

M. PiLLON. — Oh! laissez-moi. Il faut que je réponde à tout le monde. Je n'y puis suffire.

Un vieux Monsieur, à M. Baudement. — Eh bien! monsieur, mon livre n'arrive donc pas?

M. Baudement. — Quel livre?

Le vieux. Monsieur. — Celui que j'ai demandé. Voilà une heure que j'attends.

M. Baudement. — Voulez-vous me rappeler le titre de l'ouvrage?

Le vieux Monsieur, avec agitation. — Mais je l'ai écrit sur mon bulletin, monsieur!

M. Baudement. — Je n'en doute pas; pourtant il est utile que vous me le rappeliez.

Le vieux Monsieur. — Dame!... écoutez donc... je ne m'en souviens plus... depuis le temps !

Un Lecteur insouciant, présentant à M. de Manne un bulletin qu'il vient de remplir. — Monsieur...

M. de Manne. — Qu'est-ce que vous avez mis làdessus?

Le Lecteur insouciant. — Vous voyez : mon adresse, mon nom.

M. de Manne. — Oui; mais vous avez oublié d'indiquer l'ouvrage que vous désirez.

Le Lecteur insouciant. — Oh! mon Dieu, le premier venu.

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M. DK Ma.nnk. — Cotuinont! le premier venu!

Le Lecteur insouciant. — Celui que vous voudrez.

M. DE Manne. — Dans quel genre?

Le Lecteur insouciant. — Cela m'est égal; je n'y tiens pas.

M. DE .Manne, impatienté. — Ni moi non plus, monsieur; décidez- vous.

Le Lecteur insouciant. — A votre choix.

Kasangiau profite d'une éclaircio pour venir poser une nouvelle question à M. Pillon.

Kasangian. — Je suis indécis sur la prononciation du mot : acant-hier. Faut-il dire : atan-hier ?

-M. Pii.LON. — Non.

Kasanoian. — Atan-z-hier, alors ?

M. PiLLON. — Non.

Kasangian. — Comment faut-il donc dire?

M. Pillon, haussant les épaules. — Atant-thicr.

Kasangian. — C'est singulier! N'aimeriez-vous pus mieux, comme moi, acan-z-hier ?

M. Pillon. — Circulez, circulez! voici la machine qui m'apporte des livres.

L'histoire suivante est connue. — Mais elle est si magnifique, si magnifique, que nous ne pouvons nous empêcher do la rééditer. Elle complète si bien lo tableau !

Un Lecteur à im conservateur . — Faites-moi le plaisir de me donner un gros livre.

Le Conservateur. — Quel gros livre ?

Le Lecteur, d'un ton affairé. — Le plus gros, s'il vous plaît.

Le Consi:rv.\teur, surpris. — Mais pourquoi faire ?

Le Lecteur. — Pour m'asseoir dessus.

Autre trait.

Un matin, avant d'entrer, nous relisions le règlement, — qui est placardé sur la porte, comme nous l'avons dit.

Nous fûmes distrait par une scène entre un lecteur et un frotteur.

Le lecteur était planté devant une de ces petites portes qui communiquent avec les combles; ils fourgonnait tranquillement dans la serrure avec la pointe d'un couteau.

Un frotteur était survenu, épouvanté.

Le Frotteur. — Que voulez-vous faire, monsieur?

Le Lecteur. — Vous le voyez bien... monter au balcon.

Le Frotteur. — Comment ! comment ! monter au balcon 1 Mais le public ne monte pas au balcon, monsieur.

Le Lecteur. — Je voulais épargner cette peine au.x employés, en allant chercher mon livre moi-même.

Le Frotteur. — C'est impossible, monsieur.

LA UlUl.lUTlIÈQUE «)5

Le Lec.tklu. — Je sais bien oli il est, iiiuii livre; voilà vingt-cinq ans que je viens à la Bibliolhè(;ue.

Le Frottelii. — Je ne dis pas non.

Le Lecteir. — Je la connais parlailenient, la Bibliotht''que ; je la connais mieux que personne, parbleu !

Le Frottelr. — Oui, monsieur, mais...

Le Lecteir. — .Mon livre est dans les R, au balcon, salle du Parnasse, un peu à gauche de l'oreille droite du buste de .M. Van Prai-t, en tirant vers le dessus des cercueils des momies égyptiennes.

Le Frottelr. — J'entends bien, monsieur, mais vous ne pouvez pas aller chercher votre livre. Voyons, laissez cela.

Le Lecteur. — Ce serait l'affaire d'un instant.

Le Frottelr. — Laissez cela, vous dis-je !

Le Lecteur, en soupirant. — C'est dommage...

Ce lecteur obstiné appartenait évidemment h cette classe d'individus qui considèrent la Bibliothèque comme leur bien, leur propriété, leur immeuble, — qui se flattent d'en connaître les moindres détours, et à qui peut s'appliquer le mot de .M. Victor Hugo sur Ouasimodo : « La cathédrale rugueuse était sa carapace. »

Une demi-heure plus tard, en cfl"et, nous le retrouvâmes auprès de M. de Manne.

— Pourquoi avez-\ous mis un B au bas de votre bulletin, monsieur? lui deniandait M. de Manne.

— C'est pour indiquer que ce livre se trouve au balcon. Oh ! je sais bien où il est, allez; je le vois

d'ici, et si vous vouliez me permettre d'aller le chercher, ce serait l'affaire d'un instant...

C'est entre une heure et une heure et demie que la salle de lecture offre l'aspect le plus animé.

On doit à la vérité, — à la triste et cruelle vérité,

— de déclarer que les habits sordides, les collets plantureux, les chemises brunies, les pantalons frangés et luisants sont en majorité. Il y a là des vieillesses qui font mal à voir, des énergies sexagénaires plus douloureuses que des résignations. Certains corps, courbés par l'âge, amaigris par la misère, tordus, pitoyables, n'ont conservé de vivant et d'intelligent que les yeux ; et quelles flammes souvent ! — Ah ! je conçois qu'un père de famille, venu par hasard à la Bibliothèque; s'épouvante de ce spectacle et déchire en rentrant chez lui les manuscrits de son fils !

Pauvres gens ! braves gens ! innocents monomanes, fous candides , génies inconnus ou stupides chercheurs, amants de la Lettre ou de l'Idée, vous que rien ne rebute, qui attendez la justice jusque sur le bord de votre fosse et assistez aux triomphes des jeunes gens en vous contentant de dire avec un soupir :

— J'aurai mon tour ! touchants rêveurs , qui vous voyez vivre dans l'avenir parce que vous vous voyez mourir dans le présent, travailleurs féconds ou stériles, je vous salue, mes frères !

Il n'y a pas que des infortunés dans la salle de lecture : — il y a des sergents qui viennent compléter

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leurs éludes ; il y a des clercs de nolairc ou d'huissier qui écriveul leurs actes sur papier timbré ; — il y a des adolescents chevelus qui rimout des drames historiques. Ce sont d'honnêtes et charmants habitués, ceuxlà ; ils ne gênent personne, et no s'occupent exclusivement que de leur travail. Mais combien d'autres qui sont insupportables ilc tout point ! L'un so penche sur votre épaule et veut absolument connaître l'ouvrage que vous lisez ; — l'autre vous prend votre plume dès que vous la déposez au bord de l'écritoire, et c'est à grand'peine qu'il consent à vous la rendre; il croyait, dit-il, qu'elle appartenait à la Bibliothèque ; — celui-ci a un tic nerveux; — celui-là occupe une place énorme avec un livre géant; — ceux-ci causent tout haut, ils se sont reconnus, les voilà enchantés :

— Vous ici !

— Comme vous voyez.

— Et qu'y venez-vous faire ? Quel hasard ! Y a-t-il longtemps que vous avez vu Lémouchet ?

— Je l'ai vu dimanche ; il est définitivement en traité pour acheter la pharmacie de son frère.

— Pas possible! c'est une boulette qu'il va faire... Mais mettez-vous donc là... Monsieur aura la complaisance de se reculer un peu.

Monsieur, c'est vous.

Et la conversation dure une demi-heure ; si vous réclamez le silence de ces deux importuns, ils parleront à voix basse, ce n'en sera que plus fatigant.

Il v a au.ssi des femmes.

Ce sont pour la plupart des personnes habillées d'une

robe collante, coiffées d'une capote, maigres, vieilles et mornes.

Il n'y a pas d'exemple qu'une crinoline ait jamais été vue dans la salle de lecture.

LA RESERVE. — M. MAGNIN. — .M. RAVEîSEL. — M. KLEIiN. — KOLL.

Devant le bureau central, on remarque deux grandes portes vitrées à travers lesquelles on aperçoit les énormes pôles de deux sphères gigantesques. — Nous ne pouvons assez plaindre le sort du visiteur qui, attiré par ces sphères, essaye de pénétrer dans cette salle, affectée spécialement au bureau du prêt et à la lecture des livres de la Réserve.

Divers procédés ingénieusement allégoriques sont d'abord employés pour l'en détourner : s'il se présente à la porte gauche, il cherche en vain une poignée à saisir, un bouton à tourner; la porte n'a point de serrure. Premier avertissement. — Trois grands frotteurs se tiennent près de là et le regardent avec une curiosité narquoise. Notre visiteur, s'apercevant de cet examen, croit à sa bêtise et promène avec plus de frénésie sa main sur les deux côtés de la porte. Cette minutieuse inspection est infructueuse , et c'est un peu ému qu'il se retire, en disant tout haut, à l'intention des frotteurs :

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— Ah ! c'est sans doute la porte à droite !

El il se dirige vers la porto à droite. 11 la trouve barricadée par M. Choron.

Le visiteur n'y comprend rien. Pourtant il aperçoit du monde dans cette salle! — Il se décide à remonter vers le bureau oes conservateurs, et il se trouve nez à nez avec M. Baudement. Celui-ci le questionne avec intérêt, apprend avec étonnement la cause de sa perplexité, fait un geste de commisération et ordonne à un frotleur d'introduire le suppliant.

C'est alors que la porte de gauche s'ouvre toute seule, à l'aide d'un res.?ort invisible.

Le voilà donc dans la Réserve, — l'heureux mortel I

Il y est entré pâle, il en sortira rouge et furieux de la façon dont il aura été reçu. Mais le coup a réussi, il n'y reviendra plus. Le malheureux ne sait pas qu'on a réuni dans cette salle des employés misanthropes, hypocondres, et dont la mission est de faire comprendre au public qu'il y a de l'impertinence à ne pas se contenter de la grande salle de lecture ; que la sagesse du conservatoire ayant composé un choix des ouvrages les plus connus et les ayant rassemblés dans un local très-grand et fort bien chauffé, l'esprit humain devait se montrer satisfait, — à moins d'aliénation complète.

Personnel de la Réserve :

Deux conservateurs supérieurs, — arrivant à midi, parce qu'ils sont supérieurs, — M. Magnin et M. Ravenel.

L'n employé, M. Klein.

l'n domestique, — Koll ou (]olle, peut-être Col.

M. .Magnin est marguillier des Petits-Pères et auteur

d'une Histoire des Marionnettes. Il marche comme si chacun de ses membres ét.iit soulevé par un fil d'archal. Plus poli que M. de Coislin, il ôte son chapeau trois fois : la première fois en ouvrant la porte de la salle de lecture, la seconde fois en passant devant le bureau central, la troisième fois en entrant dans la Réserve. Un peu avant trois heures, il part avec un cliquetement d'os et se rend devant la boutique de Chevet, où chaque belle pièce lui cause un mouvement de satisfaction qui se manifeste par des gestes numérotés.

Un nom de fleur, — M. Ravenel. Il a raccourci Bachaumont, — après Merle. Il a expliqué mademoiselle Aissé. C'est un autre genre de roideur que M. Magnin : la roideur d'un maître d'études.

Non loin de lui se tient, comme un Roustan blanc, un individu silencieux et répondant ou plutôt ne répondant pas au nom de Koll. Il semble que M. Ravenel ait vendu son ombre, comme Pierre Schemil, et que cette ombre se soit matérialisée en Koll. Est-ce un employé? n'est-ce qu'un domestique? — Ténèbres!

Nous allions oublier M. Klein, qui prête les livres aux habitués de la Réserve, — des livres du xv* siècle ordinairement. — M. Klein est un employé du genre Chéron.

En résumé, cette salle, avec ses deux boules et ses bibliothécaires roides comme des pieux, ressemble à lin jeu de quilles où le lecteur est reçu comme... Munito.

LA SALLK DL PARNASSE. — LE CARINET DES >fÉD\ILLES

A l'extrémitr de la salle de lecture, — derrière le bureau de l'employé qui aime tant les images, — on arrive à une petite porte [)erdue dans un vitrage immense. Dès qu'on presse une pédale du parquet, cette porte s'ouvre et donne accès dans la salle du Parnasse de Titon du Tillel. Là, sur un rocher de bronze, Louis XIV, en costume d'Apollon, fait la grimace à mesdames Deshoulières, de Scudéry et de la Suze, qui figurent tant bien que mal les trois Orilces. Une série de personnages célèbres se déroule au-dessous; Corneille, avec une flamme sur la tête, a l'air d'un chandelier, et Molière est en conversation avec un satyre, — on n'a jamais su dans quel but.

Les Trotteurs de cette salle, soit conviction, soit malice, ne manquent jamais d'affirmer aux visiteurs que ces petits bonshommes représentent les conservateurs de la Bibliothèque.

A quelque distance du classique monticule, le portrait d'Aménophis III regarde amoureusement, — avec un œil de face sur une tête de profil, — une peinture oîi des papillons s'ébattent dans un champ do lotus.

La salle du Parnasse aboutit au cabinet des Médailles, qui se repose maintenant de la lutte terrible qu'il eut à soutenir avec le Chapitre de Sainl-Donis, au

sujet du fauteuil du roi Dagobcrt. Le Chapitre prétendait à la possession de fameux fauteuil, que, de leur côté, les administrateurs de la Bibliothèque s'obstinaient à regarder (peut-être témérairement) comme une médaille, et à vouloir retenir comme tel dans leur cabinet. — Les débats furent longs et vifs; un autre Boileau y aurait vu le sujet d'un autre Lutrin.

11 n'y a qu'une manière de trancher ces différents, elle est vieille comme le monde, et ce fut celle là que le Musée du Louvre employa. Il confisca à son proût le fauteuil du roi Dagobert, et se contenta d'en envoyer une copie en fonte à ceux qui avaient crié le plus haut, c'est-à-dire à messieurs du Chapitre de Saint-Denis

Le cabinet des Médailles recouvre un mystère soigneusement caché par tous les employés, mais qu'il est, au bout du compte, utile do dévoiler dans l'intérêt de l'art. Il n'y a peut-être pas à Paris deux cents personnes, parmi les amateurs et praticiens, à savoir qu'au cabinet des Médailles il existe un premier étage, et que ce premier étage renferme une collection excessivement curieuse d'antiquités chinoises, égyptiennes, etc. Pourquoi dérobe-t-on ce musée à tous les yeux? Telle est la question, dirait Shakspeare, — en français.

Nous engageons vivement nos lecteurs à insister, les mercredis ou les vendredis, pour visiter le premier étage du cabinet des Médailles.

LA SALLE DES MAMSl.RlTS. — UNE CORRESPONDANCE AMOIREISE.

Co qui frappe d'abord au département des Manuscrits, c'est l'absence de la plupart des employés. Cela se comprend, du reste : ces messieurs sont /o».s membres do l'Institut, et le droit au cumul n'a pas encore entraîné pour eux le don d'ubiquité (I).

Les hommes qui ont restauré avec tant d'intelligence et d'éclat la façade do la Bibliothèque sur la rue Vivienne, devraient bien pénétrer dans cette grande salle et lever les yeux sur le plafond de Romanelli. Si l'on ne s'en occupe bientôt, ces magnifiques fresques finiront par être complètement détruites.

Nous nous demandons également pourquoi les conservateurs ensevelissent sous des rayons de manuscrits les peintures de Grimaldi Bolognese, — qui font face aux paysages des croisées.

Et le plafond de Simond Vouet, dans la chambre à coucher du cardinal Mazarin, convertie aujourd'hui en salle des manuscrits chinois? Il est aussi dans un état déplorable.

Touchons aussi délicatement que possible deux

[\) La nouvelle loi a déclaré les fonctions <lc hibliotliécaire iiirompatiblus avec tout autre emploi.

mots d'un petit scandale à l'eau de rose qui réjouit singulièrement encore les habitués de ce département. Nous voulons parler d'une collection de lettres amoureuses récemment semées par une main maligne à travers les feuilles des Manuscrits. L'auteur de ces épîtres où la passion le dispute à la poésie, et qui se reconnaissent toutes à une vignette représentant deux cœurs percés d'une flèche, ne serait rien moins, d'après la chronique intime, qu'un des gros bonnets de l'endroit. De qui émane cette vengeance empreinte d'un raffinement tout littéraire? C'est ce que chacun ignore. Toutefois, rien de curieux comme l'apparition subite, au milieu des plus vénérables parchemins, de cet amour moderne, rappelant à la fois la nonchalance créole de Bertin et la verve française, même un peu impie, de Parny. Le signataire est, dit-on, aux abois; ses efforts pour rentrer dans la possession de cette inestimable correspondance sont inouïs ; mais les lettres se succèdent, innombrables, imprévues, oubliées, — et leur flot monte toujours !

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