‹ Les tréteaux de Charles Monselet: avec un frontispice dessiné et gravéChapitre 10 sur 44 · LA RÉSERVE. — M. MAGNIN. — M. RAVENEL · texte numérisé non relu

LA RÉSERVE. — M. MAGNIN. — M. RAVENEL

M. KLEIN. — KOLL.

Devant le bureau central, on remarque deux grandes portes vitrées à travers lesquelles on aperçoit les énor* mes pôles de deux sphères gigantesques. — Nous ne pouvons assez plaindre le sort dû visiteur qui, attiré par ces sphères, essaye de pénétrer dans cette salle, affectée spécialement au bureau du prêt et à la lecUfre des livres de la Réserve.

Divers procédés ingénieusement allégoriques sont d'abord employés pour l'en détourner : s'il se présente à la porte gauche, il cherche en vain une poignée à saisir, un bouton à tourner ; la porte n'a point de.serrure. Premier avertissement. — Trois grands frotteurs se tiennent près de là et le regardent avec une curiosité narquoise. Notre visiteur, s'apercevant de cet examen, croit à sa bêtise et promène avec plus de frénésie sa main sur les deux côtés de la porte. Cette minutieuse inspection est infructueuse , et c'est un peu ému qu'il se retire, en disant tout^haut, à l'intention des frotteurs :

— Ah I c'est sans doute la porte à droite 1 Et il se dirige vers la porte à droite. Il la trouve barricadée par M. Chéron.

Le visiteur n'y comprend rien. Pourtant il aperçoit du monde dans cette salle! — Il se décide à remonter vers le bureau des conservateurs, et il se trouve nez à nez avec M. Baudement. Celui-ci le questionne avec intérêt, apprend avec étonnement la cause de sa perplexité, fait un geste de commisération et ordonne à un frotteur d'introduire le suppliant.

C*est alors que la porte de gauche s'ouvre toute seule, à Taide d*un ressort invisible.

Le voilà donc dans la Réserve, — Theureux mortel 1 Il y est entré pâle, il en sortira rouge et furieux de la façon dont il aura été reçu. Mais le coup a réussi, il n'y reviendra plus. Le malheureux ne sait pas qu'on a réuni dans cette salle des employés misanthropes, hy* pocondres, et dont la mission est de faire comprendre au public qu'il y a de l'impertiqence à ne pas se contenter de la grande salle de lecture ; que la sagesse du conservatoire ayant composé un choix des ouvrages les plus connus et les ayant rassemblés dans un local /très-grand et fort bien chauffé, l'esprit humain devait se montrer satisfait, — à moins d'aliénation complète. Personnel de la Réserve :

Deux conservateurs supérieurs, — arrivant à midi, parce qu'ils sont supérieurs, — M. Magnin et M. Ravenel. -

Un employé, M, Klein.

Un domestique^ — Koll ou Colle, peut-être Col.

M. Magnin est marguillier des Petits-Pères et auteur

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d*une Histoire des Marionnettes, Il marche comme si chacun de ses membres était soulevé par un fil d'archal. Plus poli que M. de Coislin, il 6te son chapeau trois fois : la première fois en ouvrant la porte de la salle de lecture, la seconde fois en passant devant le bureau central, la troisième fois en entrant dans la Réserve. Un peu avant trois heures, il part avec un cHquetement d'os et se rend devant la boutique de Chevet, oh chaque belle pièce lui cause un mouvement de satisfaction qui se manifeste par des gestes numérotés.

Un nom de fleur, — M. Ravenel. Il a raccourci Bachaumont, — après Merle. Il a expliqué mademoiselle Âissé. C*est un autre genre de roideur que M. Magnin : la roideur d'un maître d'études.

Non loin de lui se tient, comme un Roustan blanc, un individu silencieux et répondant ou plutôt ne répondant pas au nom de Koll. Il semble que M. Ravenel ait vendu son ombre, comme Pierre Schemil, et que cette ombre se soit matérialisée en Koll. Est-ce un employé? n'est-ce qu'un domestique? — Ténèbres !

Nous allions oublier M. Klein, qui prête les livres aux habitués de la Réserve, — des livres du xv« siècle ordinairement. — M. Klein est un employé du genre Chéron.

En résumé, cette salle, avec ses deux boules et ses bibliothécaires roides comme des pieux, ressemble à un jeu de quilles oh le lecteur est reçu comme... Munito.

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