‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 26 sur 112 · QUATRE HOMMES ET UN CAPORAL · texte numérisé non relu

QUATRE HOMMES ET UN CAPORAL

M. Granier de Cassagnac, soupçonneux. — C'est peut-être un bohème.

'M. Vivier. — Que veniez-vous faire ici?

Le vieux Monsieur. — Je venais m'abonner. {Mouvement général de stu/pewr.)

INous n'avons pas de chance. Nous n avons pas de chance.

M. Granier de Cassagnac. — Il est encore temps; il est toujours temps. Votre nom? votre adresse?

Le vieux Monsieur. — Mon adresse... elle est sur moi, avec toutes mes quittances d'abonnement... du Globe, de r Epoque, du Pouvoir,.,

M. Granier de Cassagnac — Digne vieillard!

Le vieux Monsieur. — Du Constitutionnel; car je suis un fidèle, moi...

M. Granier de Cassagnac. — Nous le voyons bien... Allez-vous mieux ^

Le vieux Monsieur. — Merci... au contraire... Hâtez-vous de m'inscrire... pour un abonnement de six mois. (Il expire,)

M. Granier de Cassagnac — Ahl [Il se penche et pose la main sur la poitrine du vieux monsieur.)

M. Barbey d'Aurevilly, à if. Vivier. — Il lui tâte le cœur.

M. Vivier. — Non; il cherche son adresse.

M. Granier de Cassagnac, aprls un silence. — Mort au champ d'honneur!

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Il vient de mourir un homme, bien connu de M. le baron Taylor, qui laisse après lui des plans bizarres, des projets de toute sorte. Entre autres choses, cet homme avait rêvé une organisation nouvelle pour la Société des Gens de Lettres, organisation fondée sur les habitudes et les mœurs de chacun de ses membres. Pour arriver à un ensemble suffisant d'études, il n'avait pas reculé devant rétablissement d'une petite police particulière, chargée de le renseigner jour par jour sur les illustrations et les quarts d'illustrations de notre temps. Nous avons obtenu communication de quelques-uns de ces rapports ; leur singularité, leur nouveauté nous engagent à les placer sous les yeux de nos lecteurs.

Lundi, M. Paul Foucher est sorti de chez lui à huit heures du matin; il paraissait d'excellente humeur et bourdonnait, en marchant, de manière à rappeler le mot d'Edouard Ourliac : un hanneton crépu.

Le brouillard étant assez épais, M. Foucher alla donner contre une borne-fontaine du boulevard des Capu-

cines; il se confondit en excuses pendant cinq minutes environ, au bout desquelles, reconnaissant son erreur, il continua son chenoiin.

Un ami Taccosta, en le saisissant à bras le corps, comme s*il eût voulu arrêter le jeu d'une mécanique. Rendu immobile, M. Paul Foucher sourit et demanda : — Quoi de nouveau? — Nous étions trop éloigné pour entendre la réponse de Tami ; cependant nous crûmes distinguer les mots d'Henri IV, d'obsèqtAes, Pont-Neuf. M. Paul Foucher tira alors son carnet avec empressement et y traça quelques lignes.

Il entra ensuite au café Cardinal oh il lut tous les journaux, y compris l'Echo de le Métallurgie et l'Azur, gazette des teinturiers. M. Louis Lurine s'étant approché pour lui souhaiter le bonjour, M. Paul Foucher lui mit dans la main une pièce de cinq francs, en disant : — Payez-vous !

Vers midi, il se dirigea vers les bureaux du Pays, toujours pour se procurer des nouvelles. M. Marco de Saint-Hilaire, à qui il s'adressa , lui murmura à l'oreille quelques paroles , parmi lesquelles nous pûmes saisir : Friedland,.., l'aik gauche.., la victoire... M. Paul Foucher le remercia avec effusion. Il ne fit que passer dans les bureaux de la Presse; mais il s'arrêta pendant une demi-heure au Constitutionnel, oli nous pensons qu'il eut un entretien de la plus haute importance avec M. Boniface, car il lui ditau moment de se séparer : — Oui, vous avez raison, l'horizon s'assombrit; pouvez-vous me prêter un parapluie?

A trois heures, il ne restait plus à M. Foucher qu'à terminer ses visites par la Patrie. Un petit désagré-

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ment Vy attendait. M. Delamarre avait depuis la veille transféré son cabinet de rédaction dans un autre corps de logis. N'étant pas prévenu de ce déménagement , M. Paul Foucher se trompa d'escalier, tomba de Tim* primerie dans les docks de la vie à bon marché, et, guidé par sa myopie, demeura enfermé pendant une heure, — on ne sait comment, — dans un de ces réduits où jusqu'alors M. Clairville avait seul le privilège d'égarer la Muse.

C'est ce qui explique pourquoi l'Indépendance belge n'eut pas de correspondance particulière' ce jour-là.

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