‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 49 sur 112 · DU CONCOURS GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DU CONCOURS GÉNÉRAL

Jeunes élèves ,

L'année scolaire qui vient de s'écouler a été Toccasion de nouveaux triomphes pour vous et de nouvelles satisfactions pour vos professeurs. Non pas précisément que vous ayez procédé par des chefs-d'œuvre; les chefsd'œuvre ne sont pas absolument le fait de notre époque ; ils sont en outre humiliants pour les Etats voisins ^ qu'ils tendent à rabaisser aux yeux de l'Europe attentive. Nous ne saurions donc, malgré le vif sentiment de notre chère nationalité, vous blâmer complètement de votre abstention délicate; vous avez eu, avant tout, le juste souci de l'équilibre dans nos rapports internationaux; vous avez pensé que, depuis quelque temps,

la France était assez riche eu penseurs et ea artistes pour accomplir une halte qui, elle-même, n*estpas sans gloire. Tel le moissonneur s'arrête au versant d'une colline et contemple avec un sourire de contentement les épis tombés sous sa faucille.

Néanmoins, je ne vous dissimulerai pas, jeunes élèves, que ce n*est point par un caractère spécial de moralité que se recommandent vos compositions. Sans rien vouloir enlever aux mérites de l'imagination et du style, mériter poussés par vous ausû loin que possible, et qui sont d'ailleurs un des brillants apanages de notre époque, il me semble que vous avez un peu relégué dans l'ombre les côtés consolateurs et pratiques de la littérature. C'est ainsi qu'on remarque chez la plupart d'entre vous une insistance inex[diquée à s'occuper des mœurs et des habitudes d'une certaine classe de femmes qui n'ont conservé de leur sexe que la beauté, la grâce, l'élégance et l'esprit.

Prenez-y garde, jeunes élèves I vos âmes, si heureusement douées qu'elles soient, ont surtout besoin de cette direction morale dont le soin fut remis en tout temps aux mains de ces bons critiques, de ces journalistes paternes que vous avez quelquefois le tort de méconnaître. £coutez4eSp ces maîtres dévoués^ ces feuilletonistes du bon Dieu, qui cachent sous leur sévérité apparfiute un ardent amour des lettres largement rémunérées. Ils vous diront que tout n'est pas rose dans leur profession , que tout n'est pas jasmin dans leur existence , et que vous leur avez fait passer des heures iièriement ennuyeuses. Cependant , je n'ignore pas que , dans les accès passagers d'un courrottz qui

prend sa source aux causes les plus futiles, vous avez l'habitude de les traiter comme les derniers des derniers.. Revenez de votre injustice, jeunes et chers élèves ; cessez des récriminations qui n'ont ordinairement pour base que la vanité froissée ; ne voyez en nous désormais que des protecteurs, des amis^ des frères ; et buvez de l'eau.

Jeunes élèves I vous allez rentrer dans vos familles : vous y apporterez ces traditions dont nous avons cherché à développer en vous le culte et l'amour ; cires molles et flexibles entre nos mains vigilantes, vous garderez Fempreinte de nos leçons. En attendant, venez recevoir ces palmes que vous avez su conquérir dans le champ de l'aptitude; joignez-les aux embrassements d'une mère , d'une sœur ; nous jouirons de vos douces larmes, et, soldats pacifiques des conquêtes de l'inteUigence, nous garderons pieusement le souvenir de cette journée , qui aura été le plus beau sabre de notre vie !

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