SCENE XXI
Les Même?, ROSALBA , entrant une lettre à la main.*
BOKTEMPS, faisant unsaut en arriére. Comment, c'est encore vous! vous, mon mauvais génie... vour* , mon vampire , qui venez. ..
ROSilLBA. Vétéran, Irève de gros moli j'avais absolument
besoin de vous dire quatre mots de vous à m li... alors conmie votre l'orlière s'ob.siinail à m'inlerdire votre aspect , j'étais sur le pas de la porte à tous guetter, lorsqu'une espèce de domestique en habit bh;u, gilet rouge et boutons blancs ..
HO'STEMPS, e If rayé. Un garçon de l'instruction publique!...
ROSALBA. C'est ça. ..de l'insurrection publique. ..o'estcomme il m'a dit.... il portait à la main une lettre à votre adresse.,... je la lui ai prise afin de m'introduire vis-à-yis de votre individu ... Eh voilà
BO^TWAV^, prenant la lettre des mains de Ro^alba. Donnez... oui — voiià Licn le timbre du ministère... C'est ma destitution sans doute... et il fuut que ce soit encore ccttemaudite femme
qui me l'apporte... Tuile, va Je tremble de tous mes men-
bres. {Tournant la lettre entre ses doigts.) Je n*ose l'ouvrir, ...
ROSALBA. Ah ça, l'ancien, j'ai besoin d'une explicaiion soignée avec vous...
BOMTEMPS. Voulez- vous bien cesser de me martyriser, acrobate...
ROSALBA. Laissons lui lire son poulet... nous commencerons la plaisanterii; apiè.s. ...
Il()s:ill);i passf entre Édmiuid et Bonlcmps à droite, et inad. Giiiirhard place une chaise dcriièrc Bonteinps
* Edouard. M. BonlriKp-, HnsnlLia, maH. Giinchaid, Suz^niK , l'IïiiiS!<i(»t et /es recors dans !<• l'«nd.
BONTEUPS, Oriéaitt le cachet de la lettre et lisant la signature. C'est de mon chef de division. .T. je suis sûr que je n'ai pas un cheveu sur l<» lèle qni ne soit hérissé. Voyons. (^11 UtcCune toix émue.) «Je suis chargé, monsieur, de vous apprendre une chose qui rne fail beaucoup de peine. Vous allez quitter ma division.» j'en étais sûr! être destitué... ne plus ;iller à mon bureau tous les matins, ne plus en revenir tous les soirs!., je n'y survivrai point!., mère Grinchard, je dois être pâle., très pâle... n'est-ce pas, mèreGrinchird, que je suis très pâle...
M.\D. GRIIVGHARD. Non , pas Irop...
FiOS.\LB\, s'approc/tant (le Bontemps. \h\ vieillard... croyezbien. que quoique je vous en veuille, je compatis à vos maux
BO\TEMPS, avec futxe. Eloigne-toi... équilibriste
ROSALBA. Allez loujo rs. ... je respecte vos iuforlunts elvo« rares cheveux gris pommelés.
CaviSSlEfk, à Bon temps. Nuusne pouvonsaltendre plus longlejnps... Nous allons définilivemenl procéder à la ^aisie ino^ bilièrc ..
ROSALBA. Une saisie!!... Ah!... il parait que l'invalide est décidémeol dans le malheur. ... eh bien ca me touche de plus en plus!..
BONTEMPS, 5e tournant de tous cotés. Ah ! madame Grinchard» mademoiselle Suzanne, messieurs les Recors, mes amis, je suis un être perdu.... déshonoré... il ne me reste plusqu'à mourir... une saisie chez moi.... quand je, perds mon emploi... . quand JH suis chassé du sein du gouvernement... [A Edouard. ) Jeune homme, finissez-moi cette lettre
fiOS.\LB\, prenant la lettre. Non, donnez, j'ai été à la mutuelle, etje vais vous conter ça, moi....
BONTEMPS. IVlais... {Il se lève.)
ROSALBA. Laissez donc, les petits services entretiennent l'amitié
BONTEMPS , retombant sur sa chaise. Femme, tu veux donc me faire boire le Câlioe jusqu'à la lie —
Edouard passe à l'autre extrémité du théâtre à côté de Suzanne.
ROSALB.\, lisant et traînant sur lesm^ts. « Vous allez quitter ma division... »
BONTEMPS. Hélas!... c'est bien cela... après.
ROSALBA. Attendez donc... c'est écrit un peu fin • Le
ministre a été cnchanlé de votre travail sur la nouvelle direction à donner à l'éducation des jeune? filles...» (Regardant
Bontemps.) Voyez-vous ça.... le vieux sournois!. .. il s'occupe des jeunes filles . ..
BONTEMPS , se Itvant à demi. Après. . . . après
ROSALBA. Est-il pressé!.. « Leministre a étéenchantéde votre travail sur la nouvelle direction à donner à l'éducation des jeunes filles, et il vous appelle à son bureau particulier avec mille écus d'appointemens. »
BONTEMPS, se levant tout à fait. Hein!... avec mille e'cus.. . soutenez-moi... je m'évanouis... le plai.sir, la joieme suffoquent., il y a dix ans que je n'ai eu d'avancement, et je n'avais jamais espéré qu'un maximum de deux mille francs. .. mais c'est un rêvel.. Ah! l'Opéra-Gomique a bien raison de dire; «unbien- J'ait n'est jamais perdu!...
ROSALBA. Mille écus d'appointemens ! avec des feux sans doute... ah! vieillard, j'ai partagé votre douleur, je partage également votre joie....
BONTEMPS. Voulez-vous bien me laisser tranquille, funambule.
MAD. GRINGHARD, à part. Il 5ora au bureau du ministre... j' vais avoir un neveu presque ministre... (Haut.) Ah ça! M. Bontemps, vous avez toujours ma parole... vous épouserez ma nièce....
ROSALBA. Tiens il se marie, le vieux. ..
BONTEMPS. Madame Grinchard, il est tempsque je vous dévoile un secret qui me pèse.... ce ne sera pas à moi que profitera votre consentement, mais à ce jeune homme dont je réponds sur ma tête
ROSALBA. Non, il parait que c'est le jeune qui épouse... au fait, c'est plus décent —
MAD. GRINGHARD, montrant Edouard. Dès que vous répondez de monsieur.
BONTEMPS. Oui.... et avec joie.... car je suis pour lui un père... je veux dire un .second père .. vous consentez, n'est-ce pas?...
MAD. GRINCHARD. Sans aucun doute.... un homme comme vous, M. Bontemps, ne peutdonner à ma Suzanne qu'un époux vertueux —
SDZANIVE. Quel bonheur!...
ROSALBA. C'est nmusant... voilà queje vois un vrai mariage pour la première fois de ma vie.. ..
ÉDUVMM) y d Bontemps. Ah! monsieur... d'où vient l'intérêt que vous me portez....
....liQNTEWPS. N«; m'iiiU;iiùgC7. p.T;, jeune lioiviinc. .
L'IILISSIER. m. Bontiinps , voil.i Ijitn des nfTairc'J qiij ne nous rcgiirdenl pas — notre patience Cst à lioiil...
DONTEMPS. Que cet homme çft faslidicux... n.i/.?,Ofl
MAD. GRINCHABD. Ah! j'y pcnsc... pendîuit qnenoii.s bavardons là, j'oubliais... 11 y aencoiti là en bas une autre dame qui doit joliiucnl s'ennuyer après vou*, M. Boulemps... |
BONTEMPS. Une dame!... une datnc!... encore une sauteuse | de corde — peut-être. J
ROSALBA. Ah! papa Bontemps, respectez le corps des bJ-^ Icls en général, e: celui delà Gaîté eu particulier. y
MAD. GRINCHARD. Ah! pojr cellc-ià , M. Bontemp?, y a pas de danger... elle est respectable par ses années et par sa toarnure ; et puis , elle a un nom catholique... niad(\p)e Durand...
BONTEMPS. Madame Durand...
ÉDOCARD. Ma mère!
BONTEMPS. Ah! V0U5 avez raison, mère Grinchard... c'est bien difl'érent... me voilà donc enfin débarrassé de mes fonclions paterneUes... c'est-à-di e quasi paterrielles... f^'abdique volontiers pour rentrer dans l'heureux giron du célibat, (Auûs Rec9rs.) Messieurs, vous allez être payés. {A Suzanne.) Suzanne, vous allez être heureuse. (A Edouard.) Ebbien,ôtc3vous content de moi, Edouard.
EDOUARD. Ah! monsieur...
ROSALBA. Edouard! comment ! c'est là votre Edouard?
BONTEMPS. Sans doute.
ROSALBA. Mais c'est que ce n'est pas le mien du tout... ah! je devine à présent... ce maudit créancier avait deux Edouard parmi ses débiteurs, et il m'aura donné le mauvais! je vais courir après l'autre... {F a7isse sortie.) eh bien, non... {Mwiira?it Edouard et Suzanne.) Ce tableau d'amourconjugal me séduit, me subjugue... papa Bontemps, voulez-vous m'époiwer?
BONTEMPS. Arrière, danseuse, arrière... je vous déteste, j'é-» prouve pour vous une sainte haine.
ROSALBA. Heureusement que tous les hommes ne partagent pas votre ébouriffement à mon égard .. c'est égal, je viendrai vous revoir , et par la même occasion je pourrai donnei; de temps en temps quelques conseils à la jeune épouse.
Elle veut passer (lu côté de Suzanne.
BONTEMPS, Carrelant. Danseuse, on vous dispense... quant
a moi , mes avcnhires traujt)urtriiiii me seivironl de leçon, et je jure bien de ne jamais m'embarquer dans les eaux de i'h) oénée... Allons au-devant de mad.in)e Durand qui doit un rieii s'impatienter {À part.) Encore une émotion, ce seia la dernière de ma vie, je l'espère... {Fausse sortie.) Ah! permetez.. . avant de descendre j'ai encore quelque chose à dire ici...